Publicité

Le dur réveil des fêtards

7 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Mo pa kone ki mo finn fer ek mo kass? » Qui de vous n?a pas entendu cette phrase au moins une fois ce mois-ci ? Ils sont en effet nombreux à se mordre les doigts pour avoir dépensé de manière inconsidérée le boni et le salaire de décembre. Achats à crédit, bonne bouteille de vin, charcuterie, chocolat, bûches de Noël, bijoux, cadeaux? Il est humainement impossible de résister à toutes ces offres alléchantes du mois festif. Résultat : beaucoup de salariés se retrouvent à sec au mois de janvier.

Ce n?est pas pour rien que ce mois est réputé pour être le plus long de l?année. Et pour cause, la magie des bulles de champagne s?est vite évaporée. Place maintenant à la dure réalité. Dans les boîtes aux lettres, les factures commencent à s?amonceler. « Pas pou peye sa moi-la », soupire Rudy qui ne regrette pourtant pas les petites folies que sa femme et lui ont faites.

Il faut aussi songer à payer la chaîne hi-fi achetée à crédit. Les derniers sous sont partis dans l?acquisition des manuels scolaires, uniformes et autres cartables pour la rentrée des classes cette semaine. Beaucoup attendent avec impatience la date fatidique du 28, quand le salaire sera versé.

Trop d?acheteurs impulsifs

Il y a trop d?acheteurs impulsifs, constate laconiquement Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs. « En décembre, les Mauriciens se retrouvent avec un surplus de liquidité. Certains ont tendance à acheter de manière irréfléchie et, bien-sûr, les commerçants capitalisent sur ces achats inconsidérés. » Loin de lui l?idée de jeter la pierre à qui que ce soit. Pour beaucoup, l?année écoulée a été marquée par des privations. « C?est un peu normal qu?on se fasse plaisir après plusieurs mois où l?on s?est serré la ceinture. Mais parfois, les achats de décembre ne sont pas planifiés. Il n?y a pas vraiment de budget établi. »

Il n?y a qu?à voir la foule qui se précipitait encore entre les rayons du supermarché Sik Yuen le jour de la St-Sylvestre. À 14 h 30, la direction a dû prendre la décision de fermer les portes pendant une demi-heure, sinon le supermarché était submergé par des consommateurs frénétiques. « Cela a duré jusqu?à 23 heures », affirme Jean-Marc Sik Yuen, le directeur.

Rebelote le 1er janvier où foie gras, charcuterie fine, saumon fumé, fruits de mer, bouteilles de whisky et de vin ont été emportés par un raz-de-marée de fêtards. « Nous n?avions pas importé une énorme quantité de produits festifs. Les gens ont cependant bien dépensé à partir du 28 décembre. »

Même constat dans les magasins de ventes à tempérament. Si IBL Domestic Appliances concède que le public, contrairement aux années précédentes, a dépensé « intelligemment », il est un fait que les ventes ont dépassé les espérances en ce qui concerne le petit électroménager. « Les fers à repasser, les mini-grils, les fours à micro-ondes sont partis comme des petits pains. On a aussi vendu une bonne quantité de gros électroménager », observe un responsable du département des ventes. Il remarque aussi que les achats à crédit sont de plus en plus boudés. « 60 % des achats ont été payés cash. Auparavant les gens s?endettaient, mais aujourd?hui ils sont devenus plus prudents. »

Pour certaines banques, cette masse de salariés sans le sou est un phénomène ponctuel. « En janvier, le nombre de demandeurs de soft loans monte en flèche », s?exclame une employée d?une grande banque commerciale. Autant en profiter. Bientôt, les banques se lanceront dans des campagnes de publicité vantant les facilités offertes, notamment des emprunts sans garantie pouvant atteindre 8 à 10 fois le salaire.

Les tendances ont été respectées

À la Mutual Aid, on s?attend à recevoir des demandes d?emprunt vers février. « Janvier est peu mouvementé. La plupart de ceux qui empruntent, utiliseront l?argent pour payer les frais d?examens du School Certificate de leurs enfants. On retrouve parmi eux une majorité de petits salariés », explique le directeur financier Maxime Duval-Latreille. À défaut d?espèces sonnantes et trébuchantes, beaucoup se tourneront vers les cartes de crédit. « C?est durant cette période que le plastic money s?avère très utile », souligne un employé de la banque des Mascareignes.

En tout cas, les tendances ont été respectées. La grande majorité des consommateurs a acheté « les yeux fermés » pour reprendre le slogan d?un magasin de vente à crédit. Maintenant, c?est le dur réveil. « Ceux qui n?ont pas réfléchi avant d?acheter, payent maintenant les conséquences », conclut Mosadeq Sahebdin. Courage, encore 20 jours et vous pourrez enfin toucher votre salaire !

Publicité