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Le droit de grève sous pression
● Radakrishna Sadien, il aura fallu 30 ans pour abolir l?Industrial Relations Act (IRA) ?
Bon, ce n?est pas encore fait, ne l?oublions pas. Mais mettons les choses dans leur perspective. L?IRA a pris naissance dans une période assez difficile de l?histoire des relations industrielles. Le Premier ministre actuel, qui était le conseiller d?un corps central syndical à un moment, a été lui-même victime de l?IRA, de même que l?actuel ministre du Travail. Avec l?IRA, vous avez aussi le Public Order Act, qui s?appelle maintenant le Public Gathering Act, qui restreint le champ de man?uvre des syndicats.
Donc en 1982, avec le MMM au gouvernement, la première chose à faire devait être de révoquer l?IRA. Mais nous savons que cela n?a pas pu se faire. Il y a eu plusieurs tentatives pour remplacer l?IRA. En 1982, il y avait un select committee? suivi de la grande cassure ! Toutes les tentatives depuis ont échoué.
● Pourquoi cela ? S?agit-il d?un manque de volonté politique ?
Parfois, je pense que la cassure s?est faite au mauvais moment, ou encore parce que les partenaires n?ont pas été sur la même longueur d?onde par rapport aux propositions. Et quand il y a un problème de ce genre, le plus facile est de le mettre au frigo. C?était le cas pour le Trade Union and Relations Bill. Mais dans ce cas précis nous avons soumis nos propositions au gouvernement et cela a abouti à ce White Paper.
● Si je suis votre logique, White Paper c?est bien, mais Bill c?est mieux ?
Tout à fait. Je vous le dis franchement, quand on avait parlé de White Paper, j?ai eu peur. Surtout que le gouvernement est presque à la fin de son mandat et que nous entrons maintenant dans une logique de campagne électorale. Dans un tel contexte, le gros capital dans le secteur privé peut facilement, s?il le veut, avoir une emprise sur le gouvernement?
● Que voulez-vous dire ?
Ecoutez, il est important de se rappeler que pendant que la révocation de l?IRA est à l?étude, il y a aussi celle qui concerne le financement des partis politiques. Tout va être un rapport de force. Qui finance les partis politiques ? Le patronat. Il faut souligner que ce même patronat qui dit ne pas avoir assez d?argent pour augmenter les salaires de ses travailleurs donne par millions aux partis politiques. Et je dis que quand le patronat donne, il reçoit quelque chose en retour. Donc, il faut espérer que les pressions que l?employeur fera ? et il y en aura ? n?aura pas de conséquence sur la décision du gouvernement. Il y aura toutes sortes de trafic d?influence qui pourra impacter sur le projet de loi. C?est un give and take situation.
● Pourtant, la déclaration d?intention du White Paper va se transcrire en un projet de loi d?ici l?année prochaine?
Oui, heureusement. D?ici mars, apprenons-nous. L?on ose espérer que cela devient une priorité du gouvernement. Jusqu?ici, cela n?a pas été une priorité. Mais je dis qu?il ne faut pas donner de prétexte au gouvernement pour qu?on retourne avec l?IRA.
● Vous pensez que c?est une possibilité ?
Disons que c?est une crainte. C?est pourquoi je dis qu?il faut que les syndicats s?unissent et que tout le monde discute. J?aurais préféré tomber d?accord sur 95 % de nos demandes et lutter pour les 5 % restants après, plutôt que n?avoir rien du tout.
● Quelles sont vos premières réactions sur le «grand évènement» de Showkutally Soodun ?
Bon, on nous dit que le Livre blanc a eu le soutien du Bureau international du travail (BIT). Il faut voir. Déjà une bonne chose, le White Paper recommande un minimum de 30 membres, au lieu de 7, pour créer un syndicat. C?est une bonne chose. Avant, le ministre avait un contrôle sur les dépenses des syndicats, ce qui n?était pas normal ; cela a été enlevé. Encore une bonne chose.
Maintenant, la question de time off. L?IRA a un code of practice qui donne des facilités aux syndicalistes. Ceci n?est pas présent dans le Livre blanc. Au contraire, il y a une restriction sur le time off. Dans le White Paper le time off est sujet aux exigences du travail et cela, c?est le patron qui décide. Dites-moi donc, quelle sera la marge de man?uvre du syndicaliste dans ce cas-là ?
● S?agissant du droit de grève, le White Paper ne trouve pas nécessaire d?en faire un droit constitutionnel?
D?abord, les procédures sont compliquées. Il faut un litige, ce qui est normal. Ce n?est qu?après que l?exercice de médiation ait failli que la grève devient légale. Il y a une question importante. Un travailleur ne fait pas une grève parce que cela lui fait plaisir. Les choses ont évolué de nos jours, il est possible de négocier sans avoir recours systématiquement à la grève. En sus, l?on vient vous dire qu?il faut un vote secret par le mediation committee nommé par le ministère du travail. C?est de l?ingérence pure et simple. C?est une intimidation qui rend la grève finalement presque illégale.
● L?intention était pourtant de légaliser la grève ?
Je crois qu?on n?avait pas le choix. Le gouvernement ne pouvait venir dire qu?il n?est pas d?accord avec le principe de grève puisque Maurice est membre du BIT. Mais quand on rend la grève difficile, même d?une façon très diplomatique, cela revient au même, c?est-à-dire de refuser ce droit.
● Pourquoi les syndicalistes insistent-ils pour inclure le droit de grève dans la Constitution ?
L?on n?amende pas la Constitution tous les jours. Si ce droit est inclus dans la Constitution, toutes les lois devront être en conformité avec ce droit ; aucun gouvernement ne pourra le changer selon ses whims and caprices.
● Jugez-vous raisonnables les arguments du gouvernement pour se justifier?
Le gouvernement a ses raisons, mais il est aussi conscient qu?il y a une évolution dans la façon de penser, que ce droit ne sera pas utilisé à tort et à travers. Donc, je pense qu?il aurait du accéder à notre demande. Nous ne demandons qu?une garantie finalement.
● On comprend mal cette réticence des autorités à accorder ce droit de grève?
Je pense qu?il y a un lobby du secteur privé?
● Le Premier ministre et le ministre du Travail sont d?anciens syndicalistes. En 1982, le MMM proposait que le droit de grève soit inclus dans la Constitution. Aujourd?hui, il y a revirement. Pensez-vous, comme Ashok Subron, que c?est une trahison du MMM-MSM sur la question ?
Disons qu?il est trop tôt pour porter ce jugement. Il faut attendre que le projet de loi vienne au parlement.
● A-t-il été plus facile de négocier avec d?anciens syndicalistes ?
Nous n?avons pas eu beaucoup de réunions avec Paul Bérenger. Mais je pense qu?il aurait pu faire un effort et être plus proche des mouvements travailleurs. Et nous aurions du pouvoir dire fièrement que c?est un des nôtres qui est en train de nous défendre. Cela n?est pas le cas.
● Et le ministre Soodun ?
Je dois admettre que le ministre du Travail a apporté beaucoup de changements. Il s?est toujours personnellement occupé des problèmes, au lieu de tout laisser entre les mains des techniciens. Bien sûr, Il n?a pas tout réussi, mais il a une bonne attitude.
«Qui finance les partis politiques ? Le patronat. Il faut souligner que ce même patronat qui dit ne pas avoir assez d?argent pour augmenter les salaires de ses travailleurs donne par millions aux partis politiques.»
«Le gouvernement ne pouvait venir dire qu?il n?est pas d?accord avec le principe de grève puisque Maurice est membre du Bureau international du travail. Mais quand on rend la grève difficile ? cela revient au même, c?est-à-dire de refuser ce droit.»
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