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Le dernier mot pour Nalbandian
Le dernier match de l?année a été celui de trop pour Roger Federer. Le numéro 1 mondial, qui était arrivé à Shanghaï tout juste remis d?une entorse à la cheville mais en manque de compétition, a touché à ses limites physiques en finale de la Masters Cup face à David Nalbandian. Après avoir empoché les deux premières manches à l?arraché, l?Helvète n?a pas pu résister au retour de l?Argentin qui s?impose, 6-7, 6-7, 6-2, 6-1, 7-6. Nalbandian a tremblé jusqu?au bout pour enlever la plus belle victoire de sa carrière.
En effet, Nalbandian a enfin remporté le grand titre qui lui manquait. Le dernier match de la saison 2005, en dehors de la finale de la Coupe Davis, aura été le plus inattendu, le plus fou. David Nalbandian a mis fin à l?exceptionnelle série de Roger Federer qui avait remporté ses 24 dernières finales. Un exploit en soi qui prend encore plus de valeur au vu des circonstances incroyables de la fin de match. L?Argentin, qui a toujours été un adversaire coriace pour Roger Federer, est passé par tous les états, mais il n?a jamais cédé.
Et pourtant, il aurait pu se croire maudit au cours des deux premiers sets alors qu?il faisait plus que tenir la dragée haute au Suisse. Federer, comme c?était le cas depuis le début de la semaine à Shanghaï, n?était pas aussi impérial qu?à son habitude et il était vraiment secoué dans l?échange par un Nalbandian sans complexes. Mais le numéro 1 mondial tenait le coup et c?est au tie-break, sur les points les plus chauds, qu?il faisait la différence, bénéficiant également de décisions de l?arbitre discutables. Il empochait ainsi la première manche 7 points à 4 dans le jeu décisif.
Dans le deuxième set, déréglé en revers, Federer était pilonné par Nalbandian mais le Suisse, s?il pliait, ne rompait pas. Et dans le tie-break, il allait sauver trois balles de set pour finalement s?imposer encore une fois, 13 points à 11, de façon presque inespérée après 1h18 de lutte. 1h18+58 minutes pour le premier set, les batteries de Roger Federer commençaient à être dans le rouge. Et malgré ses deux manches de retard, Nalbandian refusait de s?avouer vaincu. Il s?accrochait et il avait bien raison.
Federer avec son bras et sa tête
Dès l?entame du troisième set, Federer donnait de sérieux signes de fatigue, dû à son manque de compétition en raison de la blessure contractée juste avant cette Masters Cup. Deux double-fautes et l?Argentin faisait le break d?entrée. Le Suisse encaissait même un deuxième break. Mené 5-2, il laissait filer le set non sans tenter de faire courir au maximum son adversaire, au cas où? La quatrième manche allait être encore plus à sens unique en faveur de Nalbandian alors que le Suisse faisait appel pour la première fois au kiné pour se faire masser les cuisses.
Le numéro 1 mondial avait les jambes dures, il ne courait plus. Au bout du rouleau, il était incapable du moindre effort pour aller chercher les balles et laissait filer, impuissant, la manche, 6-1.
Le retour désespéré de Federer dans le 5e set n?aura, cette fois, pas suffi. Le public assistait alors à un triste spectacle de ?hourrah tennis?, Federer n?ayant plus d?autre choix que de tenter des coups sur une frappe avec le déchet qu?on imagine. Si bien qu?il allait alors encaisser la bagatelle de dix jeux d?affilée pour être mené 4-0 dans le cinquième set! C?était le moment où Nalbandian allait commencer à réfléchir. Roger Federer n?avait plus de jambes mais il lui restait son bras, diabolique, et sa tête. Suffisant pour stopper l?hémorragie et mettre le doute dans le crâne de l?Argentin, crispé, qui en perdait son tennis, jouant court et commettant des fautes directes. L?Helvète, de son côté, recherchait le relâchement et entamait une remontée à laquelle plus personne, et vraisemblablement même pas lui, ne croyait.
Nalbandian, 31 ans après Vilas
Federer était revenu à 4-4 et le match, que l?on croyait plié, était relancé, surtout quand il s?emparait du service d?un Nalbandian tétanisé, avec service à suivre pour le gain du match. Mais le scénario allait être hitchcockien jusqu?au bout. D?un coup droit croisé rageur, l?Argentin refaisait son retard et s?offrait un sursis, un tie-break.
Une nouvelle fois le match avait basculé et cette fois, Nalbandian, averti une première fois, ne tremblait plus pour s?imposer après 4h33 de jeu, 7 points à 3.
Pas de 25e finale remportée d?affilée pour Roger Federer. Pas de troisième Masters Cup de suite comme Ilie Nastase et Ivan Lendl en leur temps. Et le Suisse était privé de la possibilité d?égaler le record de John McEnroe (82 victoires pour 3 défaites) établi en 1984. Federer ne pourra se targuer pour 2005 ?que? d?un bilan de 81 victoires pour 4 défaites?
Quant à David Nalbandian, souvent placé mais jusque-là jamais gagnant dans les événements majeurs, il signe évidemment sa plus belle victoire et succède à Guillermo Vilas, dernier Argentin vainqueur du Masters en 1974.
Et par la même occasion, le natif de Cordoba regagne les galons qu?il croyait perdus de principale bête noire de Roger Federer, contre qui il est l?un des rares joueurs du circuit à posséder un bilan positif de six victoires pour quatre défaites? Les deux hommes affichaient, en tout cas à la fin du match, un profond respect l?un pour l?autre et Nalbandian, tout en savourant sa victoire, savait qu?il n?était pas passé loin du cauchemar.
?Ne t?en fais pas, Roger, tu gagneras plein d?autres tournois, alors laisse-moi celui-là?, plaisantait-il alors que Federer, très fair-play, saluait la victoire de son adversaire: ?Je tiens à féliciter David pour être revenu de deux sets à rien, ce qui n?était pas facile. Il m?a eu. Sa victoire est totalement méritée.?
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