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Le dernier des fedayins

13 novembre 2004, 20:00

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Yasser Arafat, 75 ans, président de l?Autorité palestinienne depuis janvier 1996 et chef de l?Organisation de libération de la Palestine (OLP), incarnait depuis plus de quarante ans la résistance palestinienne.

Longtemps considéré comme un terroriste par la communauté internationale, il a été l?un des artisans de la déclaration de principes sur l?autonomie palestinienne, signée en septembre 1993 à Washington. Il avait alors échangé une poignée de main historique avec le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, avec qui il signera l?accord sur l?autonomie en mai 1994.

Il a obtenu le prix Nobel de la paix en 1994 avec Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, alors ministre des Affaires étrangères.

C?est à l?âge de 30 ans que l?ingénieur Mohammad Abdel Raouf Arafat Al Koudoua Al Husseini (son vrai nom), alors employé du département des travaux publics de l?émirat du Koweït, entre véritablement en politique. Au début des années 1950, il a bien fait de l?agitation au sein de l?Union des étudiants palestiniens à l?université du Caire, où il a fait ses études.

Mais c?est seulement en 1959 qu?avec deux camarades, Salah Khalaf (Abou Iyad) et Khalil Al Wazir (Abou Jihad), il met sur pied le Fatah. Fatah est l?anagramme du sigle du mouvement : Harakat al tahrir al watani al filistini (Hataf). Hataf signifie mort et Fatah conquête.

Yasser Arafat dit adieu à la vie facile du jeune homme qui gagnait bien sa vie, amateur de belles cylindrées, plutôt américaines. Il commence un parcours voué à la lutte, jalonné de succès et aussi d?échecs qui, loin de le dissuader, le galvanisent : premières actions de commando, premiers tracts et bulletins clandestins, première reconnaissance par les « frères » arabes, prise de contrôle de l?OLP.

Yasser Arafat devient très vite le porte-drapeau d?un mouvement national qu?il fait naviguer entre les écueils pour empêcher toute hypothèque, avec le souci de ne jamais s?aliéner totalement les pays « frères ».

Sa vie a été jalonnée d?épreuves. Son expulsion et celle de l?Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Jordanie en 1970-1971, le départ forcé de Beyrouth en septembre 1982, puis de l?est et du nord du Liban l?année suivante, la longue traversée du désert qui a suivi, le meurtre de ses deux plus proches compagnons ? Abou Jihad et Abou Iyad ?, sa mise en quarantaine en 1990 pour n?avoir pas su choisir le bon camp lors de l?invasion du Koweït par l?Irak, restent sans doute parmi ses souvenirs les plus amers. Ce n?est pas non plus de gaieté de c?ur, mais par réalisme politique, qu?il s?est résigné à renoncer à récupérer la totalité de la Palestine, pour se contenter d?un petit État aux côtés d?Israël.

Il doit négocier des virages sans jamais s?avouer vaincu, amortir les échecs, gérer les contradictions inter-palestiniennes, quitte à fermer les yeux ? à contrec?ur et dans le seul intérêt de l?unité nationale palestinienne disent ses proches ? sur les actions terroristes auxquelles se livrent certains des siens.

Au début des années 1980, après le désastre du Liban et l?exil tunisien, on le croit « fini »... Il « rebondit » sur la première Intifada de Cisjordanie et de Gaza, qui se réclame de l?OLP et revendique l?unité du peuple palestinien.

Des tendances autocratiques

C?est principalement à cette population que Yasser Arafat doit son retour à Gaza et son élection à la tête de l?Autorité palestinienne. Mais le chef de l?OLP et « les gens de Tunis » ont transposé en Cisjordanie et à Gaza leurs méthodes brutales de gouvernement. Arafat ne souffre aucune critique. Les exigences d?Israël en matière de lutte contre le terrorisme renforcent ses tendances autocratiques.

Dirigeant politique paternaliste et autoritaire à la fois, têtu et méfiant, manipulateur au besoin, le président du comité exécutif de l?OLP (depuis 1969) et de l?Autorité palestinienne centralise tous les pouvoirs. Détenteur des cordons de la bourse, il n?en profite pas pour s?enrichir personnellement, mais entretient généreusement une clientèle. Il laisse aussi se développer autour de lui un système de prébendes et de corruption. Les violations des droits de l?homme se multiplient.

Yasser Arafat se voit reprocher d?avoir mal négocié les accords d?Oslo, de céder trop vite aux exigences d?Israël, dont la poigne, loin de se desserrer, se renforce. Son refus des propositions ? jugées irrecevables ? faites par Israël au sommet de Camp David, en juillet 2000, redore son prestige auprès des siens ; mais la colère gronde en Palestine.

Une visite jugée provocatrice d?Ariel Sharon, alors figure de proue de l?opposition de droite, sur l?esplanade des Mosquées, à Jérusalem, le 28 septembre 2000, est l?étincelle qui met le feu aux poudres. L?Intifada éclate. Yasser Arafat est sans doute le dernier à imaginer que la révolte des siens sera encore aussi vivace. D?autant que des négociations discrètes avec l?équipe gouvernementale du Premier ministre israélien d?alors, Ehoud Barak, à Taba, en Egypte, permettent de réelles avancées.

Politiquement mort

Mais le verdict des élections anticipées en Israël tombe. Ariel Sharon l?emporte, et avec lui la politique de la poigne de fer et de la répression impitoyable. Depuis décembre 2001, il est confiné à Ramallah, où l?armée israélienne l?assiège à plusieurs reprises.

Le président américain, George W. Bush, le déclare politiquement mort en juin 2002. Le cabinet de sécurité israélien a donné le 11 septembre 2003 un accord de principe à son expulsion hors des territoires palestiniens.

Contesté également dans son propre camp, Arafat est sorti victorieux d?une épreuve de force avec son Premier ministre, Mahmoud Abbas, démissionnaire en septembre 2003.

Yasser Arafat était marié depuis 1992 à Souha Tawil, de 34 ans sa cadette. Il était père d?une petite fille depuis 1995.

2004 Le Monde ? AFP Distribué par The New York Times Syndicate

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