Publicité

Le développement de l?Afrique peut-il passer par la technologie ?

17 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Des initiatives telles que le tout nouveau laboratoire informatique de Dipichi peuvent ouvrir la voie au développement et réduire la pauvreté en Afrique, estiment le géant informatique américain Hewlett-Packard et le président sud-africain Thabo Mbeki. Réduire l?écart technologique entre pays riches et pauvres, les organisations humanitaires et les gouvernements d?Afrique n?avaient que ce mot à la bouche pendant la bulle internet qui a commencé à la fin des années 1990, mais l?idée est tombée dans l?oubli après que d?innombrables centres informatiques ruraux mal conçus soient restés inexploités.

Les multinationales qui commencent à investir en Afrique du Sud et sur le continent le plus pauvre du monde considèrent, elles, que la technologie est la solution miracle aux problèmes de développement. Selon Hewlett-Packard, l?initiative de Dipichi créera des emplois, améliorera l?agriculture et l?éducation. ?J?ai sauvé quelqu?un d?une morsure de serpent vénéneux après avoir appris le secourisme grâce à l?ordinateur,? explique Rosina Ledwaba, qui s?occupe des malades du village dans sa chaumière, où elle vit avec son mari et ses cinq enfants.

A côté des conteneurs maritimes qui abritent le centre informatique, Viviane Marakalala fait étalage de la parcelle de légumes appartenant au village, remplie de choux verdoyants depuis qu?un groupe de femmes à appris la méthode de l?irrigation au goutte à goutte à l?aide d?un programme informatique. ?Je n?avais jamais vu un ordinateur de ma vie, mais maintenant je sais m?en servir,? se réjouit Marakalala, âgée de 27 ans. ?Nous avons fouillé dans l?ordinateur et il nous a appris dans notre langue comment mieux utiliser notre eau.?

Mbeki et l?ancienne directrice générale de HP Carly Fiorina ont lancé le projet i-Community en 2002 à la Conférence mondiale du développement durable à Johannesbourg. Il s?agit d?un des deux seuls projets du genre au monde, l?autre étant situé à Kuppam, en Inde.

Installer des centres informatiques

Le projet se déroule dans la municipalité de Mogalakwena, dans la province de Limpopo, où 53 % de la population est au chômage et ils sont plus nombreux encore à vivre sous le seuil de pauvreté. Géré conjointement avec le gouvernement, il vise à connecter à internet les bibliothèques, les centres municipaux, les cliniques et les écoles de Mokopane, la ville principale. Un centre de réparation pour PC, un centre d?appels téléphoniques et un établissement de microcrédit font aussi partie du projet.

Le projet permet aussi d?installer des centres informatiques dans des communautés rurales telles que Dipichi, où jusqu?à récemment, il n?y avait ni eau courante ni électricité. A Dipichi comme dans bien d?autres endroits, les ordinateurs fonctionnent par satellite, et les habitants espèrent que l?initiative encouragera les autorités locales à relier ces villages au réseau électrique du pays.

Miriam Segabutsa, l?une des directrices du projet, admet que la compétence informatique n?est pas une priorité qui coule de sens pour un continent affaibli par la famine et la maladie, mais elle reste persuadée que cela peut néanmoins améliorer la qualité de vie des gens. ?Ce n?est pas l?informatique pour l?amour de l?informatique, il s?agit de donner aux gens accès à l?information dont ils ont besoin,? a-t-elle dit à Reuters. HP n?est pas la seule multinationale à distribuer des ordinateurs.

Le fabricant de puces Intel finance des centres informatiques dans les townships (bidonvilles) et le géant du logiciel Microsoft met sur pied des ?villages numériques? pour toucher un demi-million de Sud-Africains. Plusieurs opérateurs de téléphones portables ont adapté leur technologie afin de répondre aux besoins de développement. Ainsi ont vu le jour des systèmes de microfinance, de communication des prix aux agriculteurs ruraux et de veille des malades du sida dans les townships.

La technologie du cellulaire a été encensée grâce au déploiement ultrarapide des téléphones portables en Afrique mais certains observateurs doutent que les ordinateurs et l?internet puissent s?avérer aussi pratiques.

Seule une minorité de personnes a accès au web dans le plus riche pays d?Afrique, et l?internet est encore plus rare dans le reste du continent, où les populations sont plus dispersées, les ressources plus rares et l?investissement des multinationales réduite. Même si des ordinateurs étaient disponibles, peu de gens pourraient s?en servir dans des pays qui affichent les taux d?analphabétisme parmi les plus élevés au monde. ?Nous ne pourrons pas nous attaquer au fossé technologique avant d?avoir réglé le problème de l?analphabétisme,? déclare Arthur Goldstuck, à la tête de la société sud-africaine d?étude de marché World Wide Worx. ?Le risque, c?est de (... ) fournir la technologie sans s?assurer que les gens savent s?en servir.?

Illusion

Des projets ponctuels comme la i-Community, qui viennent en aide à une poignée de gens, ne servent à rien lorsque les coûts d?appels téléphoniques ou d?accès à internet sont tellement élevés que la plupart des gens ne peuvent pas s?en servir, a-t-il expliqué. HP et le gouvernement insistent que dans le cas d?i-Community, il ne s?agit pas distribuer de l?aide mais de donner accès à des opportunités, et que le projet peut être facilement répliqué.

?La plupart des projets technologiques sont philanthropiques à la base, mais pour HP le projet ne sera durable que s?il s?inscrit dans une solide logique commerciale,? a déclaré Clive Smith, le directeur du projet pour HP. ?Le projet ne pourra pas durer s?il dépend de subventions.? HP et les autorités locales souhaitent que le projet devienne une entreprise commerciale. A cette fin, ils envisagent de passer le relais à des entrepreneurs locaux. Ils espèrent lancer après cela d?autres projets qui pourraient s?autofinancer dans les pays en développement.

?Dipichi entre dans l?histoire,? a déclaré Mbeki devant les acclamations de villageois lors d?une récente visite sur les lieux du projet. ?Dipichi peut être un exemple en matière de développement pour toute l?Afrique du Sud.? Des plans concrets font pourtant défaut pour transformer le projet bancal en entreprise commerciale et certains observateurs demeurent sceptiques. ?Il est illusoire de penser que ce projet pourra s?autofinancer. On ne peut pas s?attendre à ce qu?une communauté vivant dans la pauvreté assume ces coûts,? a observé Goldstuck.

Rebecca HARRISON

Publicité