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Le cuivre sous toutes ses teintes
LES cuivres font honneur à l?orphéon municipal comme à l?orchestre plus distingué. Mais si leur son est pur, le métal dont ils sont faits ne l?est pas. Il se révèle alliage de cuivre et de métaux blancs comme étain ou zinc. On pourrait ainsi s?étendre sur les flonflons des fanfares mais contentons-nous d?une allusion au cor qui sonne le soir au fond des bois.
Le mérite des alliages du cuivre est aussi chanté par des statues ornant les villes du monde. Les disparus qu?elles commémorent ont eu parfois le seul mérite d?avoir existé ou d?avoir, du haut d?un grade militaire, abrégé l?existence de divers concitoyens. Dans ces cas on peut se contenter d?admirer le talent de l?artiste et d?oublier le personnage.
Le métal coulé pour la circonstance est le bronze, mais au lieu du simple mélange de cuivre et d?étain on lui adjoint un peu de zinc. Le temps recouvre la statue d?une patine verdâtre qui lui ajoute de la distinction. Hélas des autorités ayant plus de bon vouloir que de savoir recouvrent parfois ces oeuvres d?horribles couches de peinture.
La statue n?est pas un bloc compact de bronze. L?artiste concrétise d?abord son inspiration en argile puis la copie en plâtre. Cette création plus ferme devient à son tour modèle pour un moule en terre réfractaire dont l?intérieur, qui est le reflet de l?oeuvre, est enduit d?une épaisse couche de cire. Couche ne voulant pas dire bloc compact, le vide central est finalement rempli de terre réfractaire. La cire est fondue, perdue, laissant entre masses intérieure et extérieure un espace qu?occupera le métal. Des passages sont aménagés pour permettre à l?air de s?échapper. S?il restait emprisonné il affaiblirait la pièce ou donnerait à la surface l?air de souffrir de petite vérole. Une fois le métal coulé et le moule éliminé, la création, chef-d?oeuvre peut-être, est découverte.
Au lieu du ménage à trois qu?est ce bronze où le zinc est minoritaire, d?autres usages demandent plutôt l?union plus respectable à deux où le zinc est l?unique partenaire du cuivre. Ce métissage éclaire de bien des façons les subtilités des alliances. La couleur du mélange varie selon l?apport du métal gris. A dix % de zinc le résultat est d?un rose agréable; à 15 % la teinte atteint celle de l?or. En grimpant jusqu?à 30 %, le zinc favorise le jaune qui devient envahissant mais en perdant l?éclat doré. Qu?advient-il quand le métal gris augmente d?importance et s?accumule jusqu?à 40 % ? Le mariage voit alors la vie en rose ou tout au moins se pare de cette couleur. Enfin quand le zinc est partenaire majoritaire et détient plus de 50 % de la place, il impose sa couleur grisâtre au mélange.
Honneur au simili or
Le métissage qu?a le plus en horreur la dame BCBG est celui qui imite l?or. Mais la midinette désargentée qui tient quand même à un semblant de brillant, fait honneur au simili or où le zinc est présent à 15 pour cent. Un ersatz de cette teinte était jadis fabriqué à Mannheim, d?où une étiquette, or de Mannheim. Mais dire que cette ville en a l?exclusivité serait chercher querelle d?Allemand.
Le mélange à teinte jaune se dit laiton et colore aussi bien la connaissance que des articles plus concrets. Dans le passé des instruments scientifiques luisaient d?un jaune de bon aloi et des musées conservent de vieux microscopes tout de laiton parés. L?imagination montre Pasteur, l?oeil rivé à l?oculaire d?un tel instrument. Par ailleurs, des touristes anglais voulant rapporter des souvenirs de leurs voyages exotiques achetaient autrefois en Inde des articles de laiton connus sous le nom de vaisselle de Bénarès et réputés artisanat local. Ils étaient en réalité, fabriqués en masse à Birmingham.
Les soldats qui à cette époque gardaient l?Inde, le joyau de la couronne impériale, portaient des uniformes dont les boutons de laiton devaient bien briller. Une plaque astucieuse du même laiton permettait de polir les boutons in situ sans salir la veste. Les bidasses pouvaient ainsi astiquer sans être asticotés.
La gent féminine associée à la soldatesque de l?époque disposait aussi de pièces ou trônait le laiton. Les chefs mettaient ces dames dans des catégories bien distinctes et parlaient d?officers and their ladies, NCO?s and their wives, other ranks and their women. Ladies, wives ou peut-être aussi women admiraient le laiton sous forme de cache-pot perchés au sommet de sellettes du même métal. Il existait suffisamment de native servants pour maintenir leur éclat.
La liste de nos dettes envers le cuivre peut devenir lassante. On se délasse alors en se prélassant dans l?immense lit légué par la grand-tante Agathe. Ses montants carrés, lourds de colonnettes, torsades, sphères et autres garnitures, sont d?un laiton brillant reluqué par maint brocanteur. Mais on aime conserver la pièce car sur son sommier sommeille le souvenir des nombreuses tentations dont il s?est fait complice.
?Le métissage qu?a le plus en horreur la dame BCBG est celui qui imite l?or. Mais la midinette désargentée qui tient quand même à un semblant de brillant, fait honneur au simili or où le zinc est présent à 15 pour cent.?
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