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Le cuivre : petite noblesse rouge
?SA CHEVELURE a des reflets cuivrés?, nous a dit un jour un ami louant les attraits de sa dulcinée. La demoiselle était en effet riche de frisettes et bouclettes auburn avec lesquelles la lumière jouait pour des reflets roux. Mais nous préférions Boucles d?Or, une autre Vénus.
L?or et le cuivre sont les deux seuls métaux à être colorés. Les autres doivent se contenter de variations sur un thème blanc grisâtre, dit argent pour faire plus riche. Mais si le métal rouge est aussi dit noble parce que pas attaqué par des acides dilués, il est plus nobliau que grand d?Espagne.
Sa teinte, en effet, contrairement à celle de l?or, s?altère sous les attaques du milieu. On peut retracer les différentes étapes en examinant une collection de vieilles pièces de cinq sous datant de l?époque de la reine Victoria. Les plus anciennes sont devenues noires par sulfure de cuivre. D?autres objets du même métal exposés au dehors acquièrent une teinte axée sur le vert mais avec des différences se pliant aux contraintes du milieu. Par exemple, la statue de la Liberté, faite de plaques de cuivre sur armature de fer, a des tons bleuâtres dus à des sulfates. En revanche les toits des collèges d?Oxford sont d?un vert plus franc.
Le nom du cuivre remonte à Vénus. Son symbole chimique est Cu mais il serait malséant de le prononcer en compagnie si distinguée. Le nom a été acquis par une voie détournée. La belle naquit à Chypre. Comme ce lieu était source de cuivre, le nom du métal rouge fut aes cyprium, bronze de Chypre. Le mot subit diverses déformations et finit en cuprium qui se stabilisa en cuivre à la fin du XIIe siècle.
Dans l?antiquité, le métal contribuait à des armes et des outils. Il a donc joué un rôle majeur dans la marche de la civilisation, progrès qui se fait autant à l?aide d?idées que d?épées.
Le cuivre est très mou mais durcit sous des coups répétés. Il s?aplatit donc en lames ou en pointes efficaces. Le martelage débuta très tôt, dès l?âge de pierre, car on trouve des morceaux de cuivre tout prêts à être travaillés en pleine nature. D?autres pièces autrement obtenues ont fait des toitures il y a 9 000 ans.
Le marteau produisit aussi des pièces décoratives admirables, par exemple dans la Grèce antique. Après le martelage vint la fonte. Le métal liquide et brûlant était coulé dans des moules, d?abord frustes et grattés dans la roche.
Les ans apportèrent graduellement le talent nécessaire à mieux les façonner. Le travail est aujourd?hui devenu très fin et on étire le cuivre en minces fils.
Chapeau Dame Nature !
Mais avant de voir les emplois créés par l?homme, rendons un hommage aux exemples fournis par la nature. Le métal donne aux mollusques leur sang bleu et au touraco, oiseau américain, le rouge feu des plumes de sa queue. Il agit aussi en mer, et un ver Glycera dibranchiata possède des mâchoires durcies par un apport de cuivre. Les savants s?extasient devant ce rôle unique du métal rouge.
Il ne s?arrête pas là et le cuivre se révèle indispensable au bon fonctionnement de la machine animale. Les carences sont rares mais des commerçants astucieux recommandent le port de bracelets du métal pour une meilleure santé.
A certaines doses le cuivre est toutefois ennemi de bactéries, d?algues ou de champignons. Des préparations le contenant les contrôlent donc. On dit même que des pièces de monnaie et certaines poignées de porte, malgré les manipulations quotidiennes, sont pratiquement vierges de microbes à cause de leur teneur en cuivre.
Après ce coup de chapeau à Dame Nature, tournons-nous vers les hommes. Ils apprécient les compétences du cuivre comme meneur d?électrons à bon port. Ces particules voyagent le long des fils haut tendus parce qu?à haute tension. Ils sont soigneusement isolés du sol car leurs voyageurs ne demandent qu?à y faire un vagabondage dispendieux.
A l?étranger on est distrait près de ces fils à très haut voltage par des murmures persistants. Ce ne sont pas là plaintes d?électrons condamnés au travail, ou confidences livrées comme les roseaux de la fable concernant les oreilles du roi Midas. La mélopée résulte d?une émission d?énergie par les fils quand l?air ambiant accepte de conduire un peu d?électricité. Son bon vouloir est inféodé à son humidité, mais les rugosités de la surface des fils amplifient le départ d?électrons, donc de son.
Le courant des fils arrivant à nos foyers aide à lire comme à cuire ou à rire. En doses subtiles, il transporte des messages, parfois secrets d?Etat ou d?alcôve, d?une bouche discrète à une oreille attentive.
Des assortiments d?autres fils de cuivre disposés en spirales ou simples droites relient des éléments minuscules et trônent dans l?électronique. Sa fille, l?informatique, nous assiste aujourd?hui par ses contributions. Elle nous assassinera demain peut-être par sa suprématie.
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