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Le ciment s?enlise

1 février 2006, 00:00

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On prévoyait une crise, mais c?est finalement une véritable catastrophe qui guette le marché du ciment. Lafarge Mauritius Cement (Baobab) et Holcim Mauritus Ltd (Kolos), qui importent pour plus de 70 % des besoins du pays en ciment, envisagent d?arrêter leurs activités.

Les deux opérateurs persistent et signent dans leurs revendications. Ils réclament la mise en place d?un système automatique d?indexation du prix du ciment et la révision de la marge des importateurs. C?est un véritable bras de fer qui oppose l?État aux opérateurs.

Cette fois, c?est le directeur d?Holcim, Pascal Naud, qui monte au créneau pour s?expliquer. Il appelle les autorités à prendre connaissance du dossier d?une façon plus approfondie pour trouver une issue favorable.

Son message est clair. ?Nous ne pouvons plus opérer dans des conditions du marché actuel. Si nous n?arrivons pas à payer nos fournisseurs, nous serons dans l?obligation de cesser nos activités à Maurice?, lâche le directeur d?Holcim.

Serait-ce un moyen de pression qu?utilisent les opérateurs sur le gouvernement pour obtenir une augmentation du prix du ciment ? ?Pas du tout. Nous voulons instaurer un dialogue constructif basé sur la réalité économique?, affirme Pascal Naud, dont la société prévoit des pertes de l?ordre de Rs 40 millions pour 2006.

Le consommateur paiera les conséquences

La situation n?est guère mieux pour son concurrent Lafarge Mauritius Cement, qui importe pour plus de la moitié des besoins du pays en ciment. Déjà en décembre, son directeur général, Hédi Rafaï, avait lâché un pavé dans la mare en déclarant ?que la continuité de nos activités sur le territoire mauricien est remise en question?.

Le groupe avait même envisagé d?arrêter ses opérations dès janvier 2006. Une demande a été faite pour que le prix du sac de ciment de 50 kg passe de Rs 135 prix usine à Rs 145. Une série de réunions a eu lieu avec les autorités pour décanter la situation. Ces réunions se sont soldées par des ?non décisions?.

Lafarge Cement Mauritius qui écoule près de 380 000 tonnes de ciment sur le marché local, est en passe de franchir une étape cruciale de son existence à Maurice. Il compte prendre une décision radicale. ?Nous attendons une position officielle et claire de la maison mère au plus tard vendredi, pour décider de l?arrêt de l?approvisionnement en ciment à Maurice?, déclare Hédi Rafaï. Ainsi une lettre officielle sera envoyée au ministère du Commerce, pour faire part de cette décision qui risque d?avoir des conséquences graves pour le pays.

Lafarge Cement Mauritius possède actuellement un stock en ciment de 25 000 tonnes, permettant d?assurer l?approvisionnement du pays pour un mois. ?À partir du début du mois de mars, nous cesserons l?approvisionnement. Nos activités seront en sommeil?, déclare le directeur général du groupe.

Ce dernier réclame un prix de vente du ciment permettant d?avoir une rentabilité de ses activités. La compagnie est même prête à soumettre tous ses comptes à des experts économiques indépendants, qui viendraient confirmer ces propos. Une lettre a été envoyée au ministère du Commerce il y a 15 jours pour que l?Etat définisse une position claire autour du prix du ciment.

Du côté des autorités, dont nous n?avons pu obtenir aucune déclaration, il semblerait que cela soit resté lettre morte. ?La situation à laquelle nous sommes confrontés n?est pas dans le style de notre société?, affirme Hédi Rafaï.

La State Trading Corporation importe autour de 150 000 tonnes par an, qu?elle vend aux groupes Lafarge et Holcim qui se partagent le marché. Ces entreprises importent également leurs propres ciments vu que la consommation annuelle du pays tourne autour de 630 000 tonnes. Le groupe Lafarge vend 380 000 tonnes sur le marché contre 250 000 tonnes pour le groupe Holcim.

Les opérateurs font mention que leur marge qui est de Rs 506 la tonne est restée inchangée depuis 2002. ?Ce n?est plus supportable car nous avons à couvrir nos frais d?emballage, d?électricité, de carburant dont les prix ont monté en flèche. Ajouter à cela, la roupie qui ne cesse ne se déprécier?, affirme Pascal Naud. Toutefois, en attendant qu?une issue soit trouvée, c?est le consommateur qui risque d?en faire les frais.

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