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Le choix des hommes
Avant toute chose, l?heure est à la dédramatisation. Surtout en ce dernier jour, où la pression sur les électeurs s?accroît pour atteindre son paroxysme. Le mode impératif s?impose : il faut relativiser. Deux mois de campagne intense pour le choix d?un gouvernement de cinq ans, en principe. C?est à cela que se résume la situation actuelle. Quel que le soit le vainqueur ou le vaincu, une chose demeure : l?île Maurice continuera à vivre à son rythme. Mais évidemment, à l?heure du choix, l?important est de parvenir à évacuer du champ de la réflexion cette dose de passion qui risque d?aveugler l?électeur. Il s?agit bien de définir un modèle de société pour un pays et non d?utiliser l?isoloir pour exprimer uniquement des frustrations personnelles ou des égos blessés.
L?électeur sera demain un président d?honneur d?une entreprise, parce qu?il n?a de pouvoir que celui qu?il exerce une fois chaque cinq ans. Et là, il a la responsabilité de récruter une équipe qui est plus à même de garantir la rentabilité et la performance de l?entreprise. Demain, l?électeur qui se retire dans l?isoloir sera ce chef d?entreprise. Il a un choix à faire.
Sa compagnie se trouve à un moment de son histoire où les défis et les enjeux sont énormes. Mais cela est aussi vrai à chaque moment de son histoire. A chaque instant de son évolution, cette entreprise a été confrontée à des moments décisifs. En 1976, son conseil d?administration initial échappait de justesse à une sanction populaire. En 1982, les aspirations profondes d?une société égalitaire se traduisit dans le renouvellement du conseil d?administration. En 1983, dans un environnement socio-économique nouveau où les théories égalitaires étaient mises à l?épreuve de la réalité, un premier schisme provoquait la plus grande fracture que cette entreprise n?ait jamais connu depuis sa création. En 1987, le ralliement derrière un leader historique qui militait pour un changement radical était insuffisant pour provoquer un retour aux affaires de l?équipe qui bénéficiait du soutien d?un nombre élevé de salariés. C?est à ce moment que l?histoire se met en marche en empruntant une nouvelle direction. L?entreprise se rationalise et se normalise à tous les échelons. Désormais et à ce jour, cette société a un establishment qui se partage le pouvoir à tour de rôle avec une parenthèse entre 1995 et 2000 où la progéniture d?un autre leader historique prit le contrôle de l?entreprise. En 2000, un nouvel actionnaire se joint au conseil d?administration. Fils d?un autre leader historique, il se positionne et s?oppose directement à l?ancien dirigeant de 1995 à 2000.
Aujourd?hui, ce sont ces trois chefs qui réclament la légitimité pour diriger l?entreprise. En cette année 2005, cette compagnie, elle-même, n?est ni au bord du précipice ni florissante comme l?une ou l?autre équipe veut le faire accroire. L?une plaide pour la continuité et l?autre pour le changement. La première équipe veut poursuivre le travail entamé depuis 2000, alors que la deuxième vend une vision plus égalitaire voire ouvriériste de la compagnie.
C?est sur fond de bataille des mots que le président d?honneur de la société devra trancher. Son choix ne sera pas déterminé par la guerre de personnalité que se livrent ceux qui aspirent à la direction de l?entreprise. Question projets et programmes, il sait que les deux équipes seront soumises à des impératifs et des contraintes qui les dépassent. Les enjeux sont autant macro-économiques qu?ils concernent le microcosme de la vie interne de la compagnie. Son choix sera déterminant mais pas irrémédiable? en attendant le retour aux affaires courantes et la politique de rigueur qui, invariablement, sera mise en place quelle que soit l?équipe qui dirigera l?Etat-entreprise mauricien. Encore faut-il que l?électeur ait des hommes de choix...
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