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Le chantage monétaire américain
La monnaie chinoise, le yuan, est au banc des accusés. La décision américaine de réintroduire les quotas sur certains vêtements fabriqués en Chine traduit une exaspération de Washington devant le refus de Beijing d’ajuster le taux de change de sa monnaie.
Les Américains et les Européens allèguent que les exportations chinoises sont injustement subventionnées par un yuan qui s’échange à 40 % en dessous de sa valeur réelle. Une réévaluation de la devise chinoise leur permettrait de concurrencer à armes égales le géant chinois.
Les restrictions sur les vêtements chinois ne sont les seules mesures de rétorsion de l’administration américaine. Des membres du Congrès américain ont jusqu’à introduire un China Currency Act pour réagir à la “manipulation du taux de change” de Beijing. La loi, si elle est votée, accorde six mois aux autorités chinoises pour négocier une réévaluation avec les États-Unis. Si la Chine fait toujours le difficile, elle verra ses exportations vers son plus grand marché frapper d’un tarif d’entrée de 27,5 %.
<B>Beijing d’accord pour revoir sa stratégie </B>
Ces tentatives de réévaluation (forcée) doivent être vues dans une optique plus large des présentes faiblesses de l’économie américaine. Les États-Unis tiennent la Chine responsable de leur énorme déficit commercial la déferlante chinoise représente 25 % du déséquilibre de la balance commerciale américaine).
Une éventuelle correction du yuan viendra atténuer le déficit, selon les défenseurs de la réévaluation.
Pourtant, un yuan fort n’est pas nécessairement un remède aux maux qui sont imputés à la politique monétaire chinoise. Aux dires des analystes, une monnaie réévaluée ne ferait que déplacer les importations de la Chine vers les pays du Sud-Est asiatique où les produits coûtent plus cher. Le déficit commercial risquerait alors de s’aggraver au lieu de s’alléger.
Beijing est d’accord pour revoir sa stratégie sur le principe mais n’a donné de détails sur les échéances d’une telle action. La prudence est de mise chez les Chinois. Leur système bancaire est encore trop fragile pour se prêter aux pressions volatiles sur le forex.
Déjà, des capitaux spéculatifs étrangers ont afflué vers le système financier dans l’attente d’une éventuelle hausse de la valeur de la monnaie chinoise face aux menaces américaines. Un ajustement brusque du taux de change aura des implications très sérieuses pour l’économie chinoise. Il pourra freiner la croissance, faire chuter les investissements directs extérieurs et augmenter le chômage dans le pays. Un atterrissage imprévu de l’économie chinoise aura également des effets négatifs pour la région Sud-Est de l’Asie.
<B>Des armes de subvention destructives</B>
Une réévaluation est peut-être bénéfique pour les concurrents de la Chine dans le textile-habillement. Mais pour les autres produits industriels plus complexes, l’impact sera mitigé. La Chine s’est fait une réputation de géant manufacturier dans l’assemblage des équipements électroménagers et industriels.
Les différents composants des produits finis proviennent essentiellement d’autres pays asiatiques tels Taïwan et la Thaïlande. Dans beaucoup de cas, la valeur ajoutée dans les usines d’assemblage en Chine ne représente que 20 % de la valeur du produit fini. Un ajustement de la monnaie chinoise aura une incidence limitée sur le prix final de la marchandise.
Toujours est-il, la Chine dispose d’autres armes de subvention tout aussi destructives que sa stratégie forex. Beaucoup d’entreprises appartiennent à l’état et n’ont pas, par définition, une motivation première de faire des profits.
D’autre part, leurs dettes sont souvent rayées par les banques qui, elles aussi, appartiennent à l’état. Les Chinois peuvent donc se permettre de vendre à perte sur le marché mondial.
Ce n’est pas seulement dans le menu monétaire que le dragon chinois peut trouver de quoi satisfaire son appétit d’ogre.
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