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Le ?Cernéen? cerne le mal mauricien

4 avril 2005, 00:00

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Louable entreprise que celle du défunt Cernéen, il y a 25 ans, de réunir autour d?une table des personnalités aussi disparates que Gaëtan Duval, René Noël, France Vallet, Guy Ollivry, Charles Yip Tong, le Dr Maudarbocus et Jean Pierre Lenoir. Il s?agissait d?analyser le mal mauricien. On ne parlait pas alors de malaise ni de mal-être. Alain Peyrefitte, qui nous rend d?ailleurs visite en mars 1980, met ce mot à l?honneur en publiant Le mal français. Cette table ronde donne le dialogue suivant :

<B>L?accélération de l?émigration traduit-elle un mal mauricien ? </B>

René Noël : J?accuse l?évolution trop rapide. Nous n?étions pas prêts pour tenir debout sur nos jambes. La démagogie politique complique la tâche. Elle ignore les besoins essentiels de la population et fait fi de la formation civique. Elle légifère même parfois en faveur de la dégradation des valeurs morales.

<B>France Vallet</B> : J?accuse l?absence de réactions pour corriger les maux mauriciens. Elle favorise la mauvaise gestion, la corruption, la magouille. Elle abandonne la politique à des incapables. Elle éloigne les compétences.

<B>Gaëtan Duval</B> : Nous ne sommes pas indépendants simplement parce que nous siégeons à l?ONU. Nous ne pouvons botter les Américains hors des Chagos. Je conseille aux aspirants émigrants de quitter leur île natale. Si je pouvais distribuer des passeports étrangers, je le ferais sans hésiter. Le mal mauricien c?est l?incompétence notoire de nos dirigeants politiques. Il est stupide de vouloir mieux partager une richesse nationale si elle n?existe pas ou si elle est insuffisante. Notre mal c?est notre incapacité de hiérarchiser nos priorités, faute de pouvoir nous libérer de nos préjugés idéologiques. On ne peut concevoir le développement de Maurice en dehors de son adhésion cohérente au monde occidental et à son marché.

<B>Dr Maudarbocus </B>: Le manque de qualifications gouvernementales devient catastrophique. Ce qui fait perdurer les mythes de l?inefficience du secteur public et de l?efficience du secteur privé. Le marasme s?explique en grande partie par l?incompétence des responsables de secteurs nationalisés. Voilà ce qui arrive quand on nomme des incapables à des responsabilités trop importantes.

<B>Dr Charles Yip Tong</B> : La multiplicité des communautés ethniques retarde le consensus identitaire. Les 54 000 aspirants émigrants sont les symptômes d?un mal profond, d?un manque de bonheur. Les Mauriciens sont angoissés. Ils appréhendent leur avenir. Le remède réside dans l?engagement dans la politique active de ceux qui aspirent à une amélioration de notre société. Le changement sera là quand nous saurons mettre la main à la pâte.

<B>Guy Ollivry </B>: Le mal mauricien c?est le manque de mauricianisme. Il n?y a pas encore de nation mauricienne. Il n?y a que des minorités ethniques plus ou moins importantes numériquement. Au lieu de se servir du mauricianisme et de la méritocratie pour bâtir la nation, le Parti Travailliste se contente de protéger une minorité de la communauté majoritaire pour garder le pouvoir. Le mal mauricien pour d?autres c?est l?incertitude économique. On préfère partir avant qu?il ne soit trop tard. Les aspirants émigrants proviennent curieusement de toutes les communautés. Il ne suffit pourtant pas de critiquer ceux qui veulent émigrer. Ceux, voulant rester, doivent s?engager activement. Nos meilleurs fonctionnaires, nos meilleurs cadres, nos travailleurs sociaux, doivent être encouragés à faire de la politique active. Comment nettoyer la politique de l?intérieur avec un apolitisme externe ?

Nous avons survécu à ce mal mauricien du millésime 1980. Nous en étions tous frappés mais nous ne sommes pas tous morts. Le mal mauricien n?est pas éradiqué pour autant. Certains diront qu?il ne peut qu?empirer et d?autres qu?on s?en accommode aisément. Le mal mauricien serait alors devenu, 25 ans après, sa tolérance sans problème aucun. D?où la nouvelle devise nationale : keep cool !

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