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Le centre Chrysalide est éclos

12 novembre 2004, 20:00

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Sa raison d?être est la réhabilitation des «usagères» de drogue, devenues aussi des travailleuses du sexe. Ce centre, baptisé Chrysalide, est opérationnel depuis lundi, mais seulement pour partie, faute de moyens.

Et pourtant, Chrysalide a tout pour réussir. Ses bâtiments, aux façades orangées à l?extérieur et aux murs sable chaud à l?intérieur, disposés en ligne, sont spacieux.

Dans le premier bloc, un salon jouxte la réception et le bureau de Marlène Ladine, la responsable. Puis, la bibliothèque. Les livres reçus en dons sont encore dans des cartons, mais les étagères sont déjà montées. Dans la cuisine spacieuse, une cocotte-minute sifflote sur le feu. La salle à manger s?ouvre sur une véranda couverte, caressée par un vent rafraîchissant.

Au rez-de-chaussée du bloc suivant, le dortoir de huit chambres avec lits superposés ? celui du bas étant double pour les femmes accompagnées de leur enfant ? quatre salles de bains et autant de toilettes. A l?étage, l?aménagement est identique. Dans la cour, les employés du ministère de l?Environnement posent la clôture et préparent les parterres.

Depuis lundi, sept femmes dépendantes à l?héroïne ont été accueillies, après une fouille corporelle minutieuse, pour contrôler la drogue. Pour l?instant, elles vivent à leur rythme mais sans drogue, ni alcool, ni expressions vulgaires ou violentes.

D?ici deux semaines, elles devront assumer des responsabilités : nettoyer, cuisiner, planter (légumes et plantes médicinales), élever des poules. Pour réduire les dépenses alimentaires et médicales. Tout surplus sera vendu à ceux qui passent dans le voisinage.

Ces femmes suivront des thérapies pour retrouver l?estime de soi, la ré-appropriation de leurs corps. Des psychologues bénévoles les aideront pour les «déblocages psychiques ». Puis, elles seront formées à l?artisanat, l?esthétique, l?informatique, dépendant toutefois de leur niveau d?éducation. «Une école hôtelière est disposée à en prendre quelques-unes. Nous aiderons une autre à réussir l?examen de Form V», déclare Audrey d?Hotman, directrice de Chrysalide et également du Centre de solidarité. «Nous allons capitaliser sur leurs rêves. »

<B>RESPONSABILISER</B>

Ces formations acquises, elles seront encouragées à trouver du travail, un logement. Avec le soutien du centre.

Ce projet de réhabilitation a abouti, même partiellement, grâce à des organismes déjà cités dans la presse. Le ministère de la Femme s?apprête à débourser sa contribution de Rs 100 000. Mais pour agir pour le plus grand nombre, Chrysalide doit trouver encore Rs 100 000. Audrey D?Hotman a quand même préféré ouvrir, car les «usagères» de drogue n?en pouvaient plus d?attendre une promesse qui ne se matérialisait pas.

Et surtout, ce démarrage officieux a été rendu possible par la diminution volontaire des salaires de la responsable et des six animatrices. Présentes 24 heures sur 24, elles ne touchent plus que Rs 6000. Héroïque, n?est-ce pas?

Un autre problème se pose à Chrysalide : trouver un médecin du privé. Chrysalide a demandé, par écrit, au ministère de la Santé, un médecin délégué au centre tous les 15 jours. Le ministère est resté muet. Lundi, un généraliste de Rivière-Noire les a auscultées à bas prix, et leur a prescrit calmants, antidépresseurs et autres anxiolytiques, contre les douleurs liées au sevrage. Mais la prescription était pour trois jours seulement.

Pour obtenir d?autres médicaments et éviter la rechute, ces femmes ont été conduites à l?hôpital. Là, elles ont attendu, au vu et au su des regards souvent critiques et porteurs de jugements. «Kan ounn travay dan lizinn fermetir Eclair ou figir vinn inoubliable. Dimounn pa les ou viv an pe», déclare une interne, cassée en deux par des douleurs de ventre.

Et dire qu?après ça, nous nous targuerons d?être un pays qui combat la drogue et, surtout, qui sait prendre soin de ses citoyens les plus démunis?

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