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Le cartel des banques : Mythe ou réalité ?
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Le cartel des banques : Mythe ou réalité ?
Les banques commerciales du pays opèrent-elles en cartel ? Existe-t-il une situation oligopolistique dans le secteur bancaire local ?
Telles sont les questions qui ont provoqué un débat animé hier soir au ?Business Forum? organisé par la Jeune chambre economique à l?Alliance française à Bell Village.
Le forum avait pour thème majeur les nouvelles lois financières. Les principaux intervenants étaient Chandan Jankee, Senior Lecturer in Banking and Finance à l?université de Maurice et auteur d?une thèse de doctorat sur les taux d?intérêts dans les pays en developpement et à Maurice, Jacques de Navacelle, Chief Executive de la Barclays Bank et président de la Mauritius Bankers Association (MBA), et Iqbal Rajahbalee, Chief Executive de la Financial Services Commission (FSC).
C?est le chargé de cours de l?université, Chandan Jankee, qui a déclenché les hostilités en soutenant que le système bancaire du pays est caractérisé par une situation oligopolistique. La fixation des taux d?intérêts, à l?emprunt et à l?épargne, est un des problèmes majeurs du secteur bancaire local. ?Dans quelle mesure s?agit-il d?un cartel ou non est la question qui se pose?, a-t-il demandé.
Les banques sont promptes à réduire les taux d?intérêts à l?épargne, mais peu enclines à les relever. Inversement, elles sont lentes a réduire les taux de crédit. Le secteur bancaire n?est pas du tout ouvert à la compétition.
?C?est un problème structurel. En tant que chercheur, je peux le prouver. Le secteur bancaire est oligopolistique?, a insisté l?universitaire. Il a souhaité la création d?une Mergers and Monopoly Commission pour se pencher sur ce problème, pas seulement dans le secteur bancaire, mais également dans d?autres sphères de l?économie.
Reprendre des parts du marché
Jacques de Navacelle n?est pas du tout d?accord. Il est chaque jour confronté à la compétition. ?Dans le quotidien, on se bat du matin au soir pour se concurrencer, pour emporter une affaire. On se bat sur les taux d?intérêts et les commissions. Je vis la compétition tous les jours.?
Le président de la MBA estime que le fait qu?il y ait deux banques qui contrôlent 70 % de parts de marché est un problème. Pour lui, la solution serait que l?économie connaisse un taux de croissance de 10 à 15 %, ce qui permettrait aux autres banques de bénéficier des nouvelles opportunités et reprendre des parts de marché. ?Il n?y a pas de problème de cartel ou d?oligopole. Il y a une situation où il y a deux banques dominantes, et cela complique tout?, précise Jacques de Navacelle.
Intervenant dans le débat, Aisha Timol, Chief Executive de la MBA, a fait ressortir qu?il ne faut pas faire l?amalgame entre cartel et oligopole. Dans un marché oligopolistique, il y a un leader et les autres suivent.
A Maurice il y a deux banques importantes et trois banques d?importance moyenne.?Une position de leader entraîne une réaction de la part de ceux qui suivent. Mais ce n?est pas un cartel qui, lui, voudrait dire qu?il y ait collusion entre les banques?, explique-t-elle.
Reprenant la parole, Chandan Jankee reconnaît que, dans un cartel, il y a effectivement une collusion explicite où les acteurs dominants décident des prix et tarifs d?un commun accord. Dans une situation oligopolistique, le leader dicte le prix avec la collusion implicite ou tacite des autres players, fait il ressortir.
Selon le chargé de cours, le simple fait que le différentiel des taux d?intérêts à l?épargne et à l?emprunt reste élevé, malgré un marché libéralisé, est en lui-même la preuve d?une situation oligopolistique.
Rééquilibrage des pouvoirs
Jean Paul Chasteau, de la Swan, a soutenu que le différentiel entre l?épargne et le crédit doit être à un niveau suffisant pour permettre aux banques de générer des profits et créer des réserves adéquates. Celles-ci assureront la pérennité et la sécurité, considérations clés, du système financier.
Chandan Jankee a également exprimé des réserves sur l?annulation du poste de Managing Director à la Banque de Maurice, et la création de deux postes de Deputy Governors comme le prévoit le nouveau Bank of Mauritius Act.
Selon lui, il s?est passé quelque chose entre le gouverneur de la Banque de Maurice et le Managing Director. Il s?agit là d?un rééquilibrage des pouvoirs, totalement en faveur du gouverneur de la banque centrale, dit-il. C?est une bonne chose, si cela permet une meilleure gouvernance, une meilleure administration et de meilleures politiques. Cela peut améliorer l?efficience.
Un cadre de la Banque de Maurice, M. Konah, est intervenu pour dire que ce n?est pas une bonne chose de laisser entendre, sans preuves concrètes, ?qu?il y a un jeu? entre le gouverneur et le Managing Director de la Banque de Maurice.
Chandan Jankee n?en démord pas. ?Ce que je voulais dire, c?est que, à mon avis, et ayant travaillé à la Banque de Maurice, je connais par expérience le jeu entre le Managing Director et le gouverneur. Peut-être qu?un rééquilibrage des pouvoirs est une bonne chose. Avoir un gouverneur et deux deputy governors est bien pour l?efficience. Mais si nous avons un gouverneur nommé politiquement qui a la main haute sur la Banque de Maurice?? Selon lui, tout dépend de la personnalité du gouverneur et des deux deputy governors.
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