Publicité

Le camarade Darga défend le socialisme du MMM

30 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ceux qui ont vu Amédée Darga, en tête d’affiche, dans un récent dossier de “l’express dimanche” sur les “hommes” de Navin Ramgoolam ou encore ceux qui ont eu le privilège de lire l’interview qu’il vient d’accorder au “Mauritius Times”, fondé en août 1954 par le “die-hard” travailliste Bickramsingh Ramlallah, s’étonneront sans doute des réminiscences qui suivent. Ils auront tort car comme l’a presque dit le bon roi François 1er : “Souvent politicien varie et bien fol qui s’y fie”. Le fait est que l’ancien ministre mauve-fuschia défend, à la fin d’août 1980, le socialisme du MMM, mis à mal par un commentateur anonyme mais perspicace signant Démocrate (voir “l’express” des 11 et 12 août 1980).

Il s’insurge, pour commencer, contre ces “intellectuels” (personnages “non grata” au sein du parti) “s’abreuvant d’anti-marxisme, d’anti-socialisme et d’anti-MMM primitif”. Singulier singulier. Le débat doit se tenir entre “le MMM, tenant d’un socialisme auto-gestionnaire et prônant la cassure avec le capitalisme et les idéologues sérieux de la social-démocratie”. Les autres font évidemment partie des inévitables “sursauts de la droite” et de la bonne gouvernance.

Il s’insurge contre “Monsieur Démocrate” accusant le MMM de 1980 de fonctionner admirablement “selon le principe stalinien du centralisme”. Darga précise : “On croirait revenir à l’anticommunisme primaire de 1970-71”. Cela signifie-t-il que ce communisme primitif a bel et bien existé au sein du MMM ?

La constitution du MMM est là pour prouver qu’il n’y a pas, à Maurice, parti plus structuré et plus démocratique que le MMM. Il faudrait demander à Eric Guimbeau ce qu’il en pense. Le parti est excellent. Le quittent les brebis galeuses, connues pour leurs limites intellectuelles. Et Darga de nous apprendre que le centralisme est un principe, non pas stalinien mais léniniste. Ce qui, pour beaucoup, signifie surtout blanc bonnet et bonnet blanc.

Darga s’en prend aux commentateurs, ne faisant pas partie du MMM, et qui ont une vision “mécaniste” du monde. D’autres parleront plutôt, ici, de “manichéisme”. Mais “what’s in a name !” La réalité est la même. Mécanistes ou manichéistes pensent, en 1980, qu’il y a un capitalisme perfectible et humanisé et un socialisme “ne pouvant qu’être autoritaire, répressif, menant au Goulag”. Et pan ! pour les lecteurs de Glucksman et de Jean François Revel.

Dès 1969, le MMM réfléchit excellemment sur la réalité d’une île Maurice “en proie aux pires divisions racistes, en proie au chômage, au sous-développement et voulant s’engager dans un certain développement”. Il analyse cette réalité sociale et la compare avec celle du PTr/PMSD, cette coalition souhaitée par Paul Bérenger, en août 1967. Pour comprendre cette réalité sociale, le MMM de 1969 a recours à son étude de l’histoire. Il s’agit de comprendre l’évolution sociale des Mauriciens, de la placer dans l’évolution des pays du tiers monde. Les premières bibles mauves furent, non pas le “Capital” de Karl Marx mais les livres de Frantz Fanon, “L’Afrique noire est mal partie” de René Dumont et Gunnar Myrdal.

Le MMM ne nie pas que le marxisme est une de ses références idéologiques. Il croit que certains outils d’analyse du marxisme sont des “outils indispensables pour comprendre les réalités sociales”. Grâce à ces outils d’analyse marxistes, le MMM de 1980, adulé par Amédée Darga, peut se vanter de faire, depuis 1970, “les prévisions les plus justes”. Il est, ne l’oublions pas, le champion incontesté de la “winning formula”. Et ce n’est pas Hurrychand Bhageerutty qui nous contredira sur ce point. Le MMM de 1980 maintient que le système social est bon mais qu’il souffre d’une mauvaise gestion travailliste. Le remède recommandé dans ce cas est un dîner à River Walk. “Un changement de gestionnaire et un grand balai suffirait” pour tout remettre dans le bon ordre. Navin Ramgoolam ferait-il, comme Monsieur Jourdain, du socialisme autogestionnaire sans le savoir ? On comprend mieux la présence d’Amédée Darga parmi les hommes de notre nouveau Premier ministre.

Darga parle de la nouvelle bourgeoisie qui se met en place à partir de 1940 et qui grignote, selon le procédé du “mordé soufflé”, l’ancienne prépondérance oligarchique. La bourgeoisie historique porte, bien sûr, sur ses épaules tous les péchés de Maurice : indifférence à l’égard des forces productives, obsession du profit maximal, facile et rapide, monoculture colonialiste, torpillage des tentatives d’auto-suffisance…

Les élections peuvent éliminer ces bourgeoisies historiques et d’Etat et les remplacer par de bons gestionnaires. Il est cependant indispensable de leur enlever les principaux moyens de production, la maîtrise des rouages de l’économie. “La nationalisation est une précondition indispensable au développement de Maurice”.

Darga s’insurge enfin contre ce Démocrate qui conteste, à tort, le socialisme autogestionnaire. Il en veut pour preuve “l’Algérie qui est, en 1980, beaucoup plus développée que le Portugal, l’Espagne et l’Italie”. C’est sans doute pour cette raison que tant d’Ibères et de Latins se noient de nos jours en essayant de s’introduire illégalement sur le territoire algérien.

Publicité