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Le business sucré de Divali

10 novembre 2004, 20:00

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Fête de la lumière?et de roupies sonnantes et trébuchantes. La célébration de la fête Divali sera certes inspirée de valeurs traditionnelles mais son caractère ne cesse d?évoluer. Les temps ont changé. Résultat : la victoire du bien sur le mal profite à des petites et moyennes entreprises (PME).

Les Mauriciens sont en fait obligés de conjuguer tradition et modernité. Occupés par le travail, pressés par des besoins familiaux, où trouver alors la patience et le courage de préparer de petites délices sucrées ? Sans compter qu?ils sont de moins en moins à posséder le savoir-faire ! ?Les Mauriciens veulent avoir une variété de gâteaux pour Divali mais ils n?ont plus le temps ou l?expertise pour le faire. Alors ils sont de plus en plus nombreux à passer des commandes?, explique Ashish Chinatamunee de Magic Sweets.

Fondée il y a deux ans, l?entreprise produira environ 100 000 gâteaux sucrés, issus d?un catalogue comptant une vingtaine de variétés. ?Divali est le moment fort de l?année. Nous recevons beaucoup de commandes dans un court laps de temps. Ce qui nous permet de réaliser jusqu?à 30 % de notre chiffre d?affaires annuel en une semaine?, ajoute Ashok Ramgutty d?Ashoka Sweets.

Au fil des années, l?entreprise est devenue une référence de la pâtisserie indienne à Maurice. Afin de conserver cette réputation, elle emploie deux pâtissiers indiens à plein temps. Après tout, le marché est beaucoup plus sensible à la qualité qu?aux prix. Et le client est disposé à payer ce qu?il faut car son honneur est en jeu.

?La croyance populaire veut que les gens des régions rurales soient plus traditionnels et qu?ils préparent tous leurs gâteaux. La réalité est tout autre?, précise Tara Doomun, propriétaire de Tara Sweets, petite entreprise basée à Goodlands.

Cette semaine, elle se met au four et au moulin avec les autres membres de la famille. Objectif : honorer une commande de quelque 2 500 gâteaux d?ici le jour de Divali. De plus, l?entreprise ne compte pas de points de vente. Sa réputation s?est faite de bouche à oreille.

?Le goût fait maison est essentiel?

?Quand on est petit, on est obligé de miser sur sa réputation. Je prépare les gâteaux comme si j?allais les manger moi-même. Le goût du fait-maison est essentiel?, ajoute Silvaine Totok-shau. Cette entrepreneuse d?Albion est dans la pâtisserie depuis 15 ans mais elle s?est lancée dans le créneau des gâteaux indiens depuis cinq ans. Ses commandes de Divali proviennent essentiellement des gens de la région. Elle peut aujourd?hui fabriquer huit types de gâteaux. La variété est primordiale car le client veut un assortiment de parfums et de couleurs dans la boîte qu?il offrira à ses proches et amis.

Le marché des gâteaux de Divali ne comprend pas uniquement des particuliers. Au fil des années, les entreprises se sont jointes à la légion de clients.

Les hôtels sont de plus en plus nombreux à organiser des Divali Nights. Des soirées au cours de desquelles ils doivent distribuer des confiseries indiennes aux invités. Air Mauritius en propose également à ses passagers.

Les firmes privées adoptent également la tradition de partager des gâteaux pour Divali. Et il n?y a pas que les noms connus comme Ashoka Sweets ou Bombay Sweets qui en profitent. Dans sa petite cuisine, Tara Doomun s?occupe d?une commande de 550 sachets de gâteaux passée par une grande entreprise textile du Nord.

?Les entreprises distribuent des gâteaux à leurs employés, partenaires ou clients. Une boîte de gâteaux devient corporate gift, et du coup, la firme participe pleinement à une fête nationale?, déclare Ashish Chinatamunee de Magic Sweets.

La ruée des Mauriciens vers les gâteaux indiens force les PME du secteur à travailler à plein régime. Elles sont mêmes obligées de recruter des bras supplémentaires afin d?honorer les commandes. Par exemple, Magic Sweets emploie une vingtaine de personnes en sus de ses 15 employés rien que pour la semaine de Divali. Chez Ashoka Sweets, les pâtissiers indiens seront épaulés de trois Mauriciens. Et même dans la petite cuisine de Tara Doomun, des proches ont été sollicités pour l?occasion.

?Il y a un boom pour Divali mais il ne faut pas croire que c?est un travail facile?, lance Ashok Ramgutty. Les intrants coûtent une petite fortune. Le lait, par exemple, coûte de plus en plus cher. L?an dernier, le sac de 25 kilos coûtait Rs 1 400. Cette année, il trouve preneur à Rs 2 000. Il y a également les heures supplémentaires à payer. L?intensification de la concurrence force également les entreprises à innover au niveau du marketing : pubs radio, affichage, mailing?

Et des gulab jamoons en Duty Free qui l?aurait cru ? Les entrepreneurs élargissent en effet leurs perspectives. Depuis l?année dernière, les boutiques hors taxes de l?aéroport proposent des délices indiens aux passagers. Mais demain, jour du Divali, sera spécial.

Compétition entre les ?gato patat?

A l?arrivée comme au départ, les passagers rencontreront des hôtesses habillées en sari qui les convaincront d?acheter un coffret de gâteaux Magic Sweets pour Rs 180.

Entre-temps, chez chaque famille, pour Divali, c?est le ?gato patat? qui est roi. Et la tradition veut qu?au moins un type de gâteau soit fait maison. ?C?est lor gato patat ki Mauricien fer competition. Pou guetter ki sann la so gato patat pli bon?, lâche Ashok Ramgutty.

Comme quoi, les Mauriciens changent leur manière de célébrer Divali mais ils s?agrippent aux racines de la tradition. Et ce n?est pas demain qu?on cessera de voir des montagnes de boîtes de ?mantègue ? dans les hypermarchés !

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