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Le bon et le mauvais exemple

23 octobre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un bon leader doit être un exemple en toutes circonstances, car l'exemple vient d'en haut. Pourtant, c?est au moment où son ministre des Finances réclame des sacrifices et un réajustement de notre train de vie que le Premier ministre choisit de s?offrir une voiture Aston Martin d?une valeur de Rs 6 millions hors taxes. Si on est indulgent, on peut appeler cela de l?insouciance. Si on est plus sévère, on peut qualifier son acte de provocation.

Il y a aujourd?hui une demande sociale de plus en plus pressente dans le pays en raison de la récente cascade d?augmentations de prix. Face à ces revendications, le gouvernement a lancé, avec raison, un appel à la modération. Les effets de la réforme seront longs à venir, prévient-il, et la population doit savoir se munir de patience. En attendant les résultats des réformes, l?économie tournera au ralenti. Pour traverser cette période difficile, les syndicats ont été invités à s?impliquer dans le processus et à réfréner leur ardeur revendicative. Parallèlement, le premier des ministres affiche un goût immodéré du luxe. Il ne rend pas service à la campagne de Rama Sithanen.

Certes, l?Aston Martin est le bien personnel de Navin Ramgoolam. Mais le propriétaire de ce bijou est le chef du gouvernement. Son acte peut être perçu comme une insensibilité au mal-être qui affecte de larges franges de la population. Le fait que le Premier ministre choisit de s?offrir un tel luxe peut affaiblir la résolution des citoyens qui avaient consenti à faire des sacrifices. Le Premier ministre aurait, au contraire, gagné en crédibilité s?il s?était gardé de faire une acquisition si dispendieuse. Quel message envoie-t-il ? Vaches maigres pour les uns et choux gras pour les autres !

L?on pourrait arguer que dès lors que l?argent des contribuables n?est pas concerné, le public n?a pas à se mêler des achats privés. C?est un faux argument. Ce sujet fait l?objet d?une jurisprudence abondante à l?étranger. Celle-ci a établi que ?Les questions patrimoniales concernant une personne menant une vie publique tel un dirigeant d'une grande entreprise ne relèvent pas du domaine de la vie privée ? Cass. Civ. 1ère 20/10/1993 ? Cour européenne des droits de l?homme 21/01/1999).? Si un chef d?entreprise est soumis à une obligation de transparence, un politicien devrait l?être à plus forte raison.

La législation mauricienne reconnaît dans une certaine mesure ce principe car une déclaration de patrimoine est imposée aux parlementaires. On peut regretter, toutefois, que la loi n?oblige pas aux déclarants de la rendre publique. Pire, cette disposition ne s?applique qu?aux politiciens alors que les hauts fonctionnaires, dont certains s?enrichissent de manière ostensible, ne sont soumis à aucune obligation de déclarer leurs avoirs à la fin de leur carrière.

Dans une société démocratique, il est légitime de s?intéresser tant au patrimoine qu?aux comportements des personnes publiques étant bien entendu que cette liberté n?est pas absolue. Tous ceux qui jouent un rôle dans la vie publique doivent mesurer l?influence qu?ils peuvent avoir sur la société et agir en conséquence. Navin Ramgoolam le sait pertinemment bien, car c?est lui qui avait fait savoir à la nation qu?il éteint les lumières et la climatisation en quittant son bureau. Dans ce cas, il avait espéré que son exemple serait suivi.

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