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Le blues des vieux
«Les personnes âgées sont des êtres émotionnellement très fragiles et il suffit de vraiment très peu pour les déstabiliser dans leur quiétude », observe le directeur de la maison de retraite « Grand-père et Grand’mère », Percy Benyett.
A voir la panique que le formulaire du ministère de la Sécurité sociale a créée dans la communauté du 3ème âge, on mesure le manque de psychologie de certains. Le ministre de tutelle, Sam Lauthan, a certes essayé de réparer les dégâts en repoussant au 15 septembre prochain le délai pour le retour du formulaire. Le Premier ministre, Paul Bérenger, a même présenté, hier, ses excuses aux personnes âgées, mais le mal est déjà fait.
Emprisonnement pour formulaire mal rempli
« Je n’ai jamais eu maille à partir avec la justice, pensez-vous que, à mon âge, je vais me mettre hors la loi ? », fulmine Sylvestre François, policier à la retraite, aujourd’hui âgé de 80 ans.
Chacun y va désormais de son couplet sur l’angoisse qui a étreint l’un de ses proches âgés, en apprenant le risque d’une amende de Rs 5 000 et d’un emprisonnement pour un formulaire mal rempli. « La tête fatigué ! », se plaint laconiquement Camille Paya, retraité.
Mais au-delà de cette pagaille, c’est le manque éhonté de considération pour nos aînés qui a fait surface. Le vernis a craqué.
Voir les vieux subir d’interminables queues, sous les intempéries, aux abords des bureaux de poste pour « toucher » leur maigre pension, est devenu, aujourd’hui, un spectacle banal. Malheureusement, ils font la queue partout, dans l’indifférence générale : aux caisses, à l’arrêt d’autobus, dans les dispensaires et hôpitaux, dans les banques. « Il est très rare de rencontrer quelqu’un qui vous propose de vous asseoir en attendant de passer », se plaint Ado Paya, membre actif d’un club de 3ème âge.
Si ce n’était que cela. A entendre certains vieux, l’on s’imagine aisément leur mal vivre. « Personne ne rit plus dans la rue. Il n’y a plus cette chaleur d’antan », déplore Goinsamy Chinapah, président de la Fédération des clubs du 3ème âge de Beau-Bassin-Rose-Hill. Il côtoie la misère de ses semblables. « Que ce soit dans la rue, dans le bus ou dans l’administration, les personnes âgées font très souvent la triste expérience du manque de considération des autres ! »
La majorité de nos 120 000 vieux voyagent en bus. Ils s’en plaignent énormément, selon Goinsamy Chinapah : les hautes marches pour y accéder, l’impatience et l’irritation des conducteurs et des receveurs, et les remarques désobligeantes et sarcastiques du public voyageur. « Le pire, c’est que certains autobus individuels ne s’arrêtent même pas, parce que nous payons moitié prix ! » s’offusque Ado, qui aime bien rendre visite à ses proches aux quatre coins du pays.
Besoin de se sentir aimé et entouré
Toutefois, ce dont souffrent le plus nos aînés, c’est la solitude. Celle-ci ne se résume pas seulement à l’absence de leurs proches, mais surtout à cette misère affective qui les afflige. « Les vieux ont souvent le sentiment d’être des êtres mal compris ou incompris », explique le Dr Bassoodev Goolaub. L’ancien président de la République, Karl Offman abonde dans le même sens : « Le vieux a besoin de se sentir aimé et entouré, pour son équilibre et son épanouissement ! »
Chez les vieux, ce manque d’affection débouche souvent sur une dépression, constate la directrice de la Medical Unit du ministère de la Sécurité sociale, le Dr Veenoo Basant Rai. « Les vieux vivent mal l’éloignement de leurs
proches. »
La déchéance physique handicape davantage, et graduellement, la plupart des personnes âgées. « Toutes les vieilles personnes sont malades », affirme, avec conviction, Goinsamy Chinapah.
« La vieillesse diminue les facultés mentales et physiques, c’est pour cela que les soins médicaux et les loisirs sont si importants pour les vieux », dit le Dr Veenoo Basant Rai.
Mais tout cela coûte cher ! Cette semaine seulement, dans une lettre aux autorités, le fils d’une patiente s’est plaint que des médicaments contre la maladie d’Alzheimer, le Rivastigmite ou l’Exelon, ne sont pas disponibles à l’hôpital, et coûtent Rs 2 150 la plaquette en pharmacie.
De plus en plus de personnes âgées souffrent de cette maladie dégénérescente à Maurice. Une bonne hygiène de vie permet de retarder cette déchéance. « Le vieux a besoin d’une nourriture appropriée, d’exercices, et d’une bonne hygiène », avance le Dr Veenoo Basant Rai.
Certes, le ministère de la Sécurité sociale offre une panoplie de facilités aux personnes âgées, mais il va sans dire que d’être entourées et soutenues, c’est ce dont elles ont le plus besoin. Ne l’oublions pas : nous sommes tous des futurs vieux !
« Je n’ai jamais eu maille à partir avec la justice. Pensez-vous qu’à mon âge je vais me mettre hors la loi. »
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