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Le blanchiment identitaire

8 juillet 2007, 00:00

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Je pensais avoir pris assez de précaution, au début de mes commentaires sur l?exposé de Catherine Boudet sur l?évolution de la communauté franco-mauricienne (voir l?express-dimanche du 24 juin 2007), de préciser qu?il ne s?agissait pas d?un compte rendu fidèle, mais de mon point de vue sur la question. Je lui attribue toutefois et de bonne foi des propos qu?elle récuse.

C?est son droit de relever mes bourdes. Je plaide coupable. Je dispose toutefois de circonstances atténuantes : un exposé vespéral aussi intense, en plein air dans ce réfrigérateur qu?est Curepipe. Certaines n?aiment pas être flashées. D?autres sont allergiques aux chambres froides. Ses dénégations, loin de calmer mes doutes concernant sa vision de la communauté prétendument franco-mauricienne, les renforcent, en fait.

Pour recommencer, qu?est ce Franco, non espagnol ni franquiste ? S?il s?agit de francophonie et de culture française, cette communauté doit immédiatement confier la présidence honoraire à un Sudhir Hazareesingh, à un Joseph Tsang Mang Kin, à un Jean Georges Prosper, à une Shénaz Patel, à une Ananda Devi, à un Sedley Assonne. S?il s?agit d?une origine française, que deviennent ces Blancs de souche britannique, hollandaise, germanique, portugaise, helvétique, italienne que nous connaissons et estimons ? Il conviendrait mieux ici, et sans s?égarer dans le mythe nazi de pureté de la race, de parler, de Mauriciens d?origine européenne même si, comme dans le tourisme, les Francs l?emportent sur les Euros.

À son dire, la franco-mauricianité ne varie ni ne gagne en élasticité. Elle se contente de s?adapter « grâce à la mobilisation de certains marqueurs identitaires » dont la fameuse « culture française et l?antériorité sur le sol mauricien ». Aie ! Et moi, qui naïvement pensais que Wilhem Lechenig et des esclaves fugitifs vivaient à Maurice avant l?arrivée des premiers Français. Cette insistance sur l?antériorité pourrait donner des idées à quelques descendants d?esclaves.

Il n?y a donc pas « un » Franco mais un? « corpus identitaire », se nourrissant du discours identitaire des prophètes Adrien d?Epinay, Hervé de Rauville, Adolphe Duclos et N.M.U. Pourquoi pas Charles Maurras ou Jean-Marie Le Pen, pendant qu?on y est ? Devant ces spectres de l?Ancien Régime et de la défunte oligarchie, tout Martial que je suis, je crie : Fuyons ! Il y a de ces dimanches matins où l?on se demande si finalement le Dr James Burty David, le déboulonneur et le cisailleur téméraire que l?on sait, n?a pas finalement raison !

Catherine Boudet nous rassure tout de suite : le discours identitaire décrète et impose l?identité franco-mauricienne. De « grandes figures intellectuelles ou politiques » (où sont-elles ?) surviennent en période de crise (tels les présents risques de dépouillement de campements et de deux mille arpents). Il n?y a plus qu?à les attendre.

Si les zigzags historiques de l?identité franco-mauricienne, chemin tortueux par excellence, relèvent d?un déterminisme historique, je reperds mon latin. Je suis ravi d?apprendre, en revanche, qu?un discours identitaire, sans élasticité et ne variant pas d?un iota, échappe heureusement à cette tare. Il n?y a donc pas de variations, mais une « sédimentation ». Pourquoi pas une fossilisation pendant qu?on y est ? C?est bon pour l?antériorité comme pour le moral du corpus identitaire. Ce n?est plus de l?histoire, mais de la préhistoire. Voilà, en tout cas, un limon dans lequel je ne voudrais pas patauger, me traîner, ni m?enliser.

Un constat et une menace pour conclure. 1. Je ne sais si N.M.U a fait et fait toujours l?unanimité au sein de la communauté blanche. Je suis convaincu que son allergie viscérale pour le Mauricien hindou est la cause principale de la disparition du Cernéen, en décembre 1981, par des Blancs et pour des Blancs. Tous, il est vrai, n?ont pas l?âme d?un corsaire. 2. Si des Franco-Mauriciens, en quête d?adhésion à un corpus identitaire et sédimentaire, doivent se référer à la pensée des réactionnaires et même racistes précités, je me réserve le droit de les interroger sur les spécificités des Missions à Londres, de l?Ile de France légendaire et contemporaine, de L?évolution nationale mauricienne, du discours hostile au Docteur Croupion, et même de graver leur binette sur pellicule si mes questions les plongent dans la perplexité la plus totale.

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