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Le beurre, l?argent du beurre
La rentrée en «Form VI» de la cuvée Obeegadoo se fit dans un calme apparent. Les accusations de favoritisme et de passe-droits typiques d?un manque de confiance dans nos institutions n?ont pas été formulées. Le MES a marqué un point. Monsieur Gokhool a peut-être des raisons de se féliciter. Derrière cette apparence de calme, voire d?indifférence, il y a cependant un malaise certain. M. Gokhool n?a donc aucun motif de se réjouir publiquement. Il a le mérite de ne pas l?avoir fait. Notre but n?est pas de faire son procès non plus.
Nous avons été pris à témoin d?un phénomène inattendu : la carotte qu?on a fait miroiter aux parents n?était pas assez juteuse et les Collèges nationaux n?ont pas eu le succès escompté. Il y a eu une ruée vers les collèges de la monarchie. Les autres collèges dits nationaux ont été boudés et beaucoup d?élèves qui n?ont pas eu accès à ces bâtiments non démystifiés ont opté pour leurs collèges Régionaux, SSS de tous genres. Ce qui est plus étonnant peut-être est le bruit fait par les parents des écoles confessionnelles qui ont aussi opté pour les vieux collèges qui ont une tradition d?excellence au lieu de continuer dans leur système.
Monsieur Gokhool a agi en patriote : il n?a pas attendu un verdict du «Privy Council» pour réagir. Dans un esprit d?équité, il a ouvert les portes des écoles convoitées à tous les élèves de l?île et les critères de mérite ont été resserrés. Les écoles privées se sont calmées, mais le revers de la médaille n?a pas tardé à apparaître.
Le malaise et la frustration des élèves ayant décroché sept unités, parfois six dans la filière des sciences, et à qui les portes des écoles convoitées ne se sont pas ouvertes, ont vécu cela comme une vraie injustice. Le malaise a été exprimé par les parents le week-end dernier dans une manifestation demandant des explications.
Le malaise a plusieurs sources : les critères n?étaient pas définis dès le départ :il y a eu tout un mystère autour des critères de sélection. Jusqu?à la veille de la rentrée, les élèves ne savaient toujours pas quel uniforme ils allaient porter. Ajoutez à cela le fait que la combinaison des sujets a été déterminante dans l?accès à ces collèges : alors que plusieurs élèves ayant décroché six unités en sciences se sont vu refuser l?accès à QEC, dans les filières plus rares, 30 unités ont fait l?affaire.
Le malaise a été accentué par l?entrée en jeu des écoles privées. Alors que personne ne discuterait la justice de la décision du ministre, les doigts se pointent vers le fait que ces écoles avaient opté de rester en dehors du système. Elles s?étaient soustraites complètement aux obligations de la nouvelle réforme. Leurs élèves avaient rejoint une école établie avec une mission, une philosophie, un uniforme, une identité, pendant que les SSS se faisaient un chemin dans le bruit et la poussière des chantiers qu?on leur a donnés en guise d?écoles. Les chances, paraît-il, n?étaient au départ, pas égales. En sus de cela, le système public a absorbé les élèves du privé sans distinction alors que le privé a gardé le mutisme sur le présent et l?avenir des places libérées. Seront-elles allouées à ces élèves qui n?ont pu accéder aux écoles convoitées ou accentueront-elles le malaise déjà vécu ? Un geste catholique, de surcroît patriotique, refusant l?iniquité apaisera peut-être le malaise basé sur la perception, réelle ou imaginaire, qu?un côté a eu le beurre, l?argent du beurre et le sourire de la crémière.
Dans ce climat où les bâtiments refusent de se démystifier, n?est-il pas temps d?introduire la vraie réforme du «Nine-Year Schooling» ? N?est-il pas temps que M. Gokhool mette à exécution son plan d?action non-controversé ? N?est-il pas temps de clore ce chapitre à jamais et de commencer à s?atteler aux réformes tant attendues de la qualité de l?éducation ?
Touria PRAYAG
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