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Le barreau demande le droit de sévir
«Plus que son devoir envers son client, son adversaire, la Cour et l?état, l?homme de loi a, envers et contre tout, le devoir de maintenir l?esprit de la loi.» Le ministre de la Justice, Emmanuel Leung Shing tient en ces termes à souligner la ligne directrice qui doit guider tout membre du barreau.
Le ministre s?exprimait hier lors d?une conférence de la Mauritius Bar Association (MBA) sur le code d?éthique pour les avocats, contenu dans lA General Notice 123 de 1997. Cette initiative vient à un moment où la profession légale se retrouve propulsée à la une de l?actualité à la suite d?allégations «d?inconduite grave» de certains membres du barreau.
Le président de la MBA, Sanjay Bhuckory, a déploré le comportement de certains hommes de loi, qui ne fait pas honneur à la profession et il a fait un appel au ministre de la Justice pour que le Mauritius Bar Association Act soit amendé de façon à permettre à l?association de sévir contre les avocats qui déshonorent le barreau. «Donnez-nous le pouvoir et nous allons agir», a-t-il déclaré devant une audience composée d?un nombre important d?avocats, vétérans et novices.
En effet, ils étaient nombreux à s?être mobilisés pour une conférence qui a aussi tourné, à un moment, en séance de réprimande. L?ancien juge Robert Ahnee devait condamner l?attitude de certains avocats, qui utilisent la presse pour se faire de la publicité. «Vous devez servir la justice et vos clients et non pas vos propres intérêts.» Il semble que, dans le passé, il était «choquant» de voir la photo d?un avocat dans un journal alors que cela est si commun de nos jours que c?est devenu banal, a ajouté l?ancien juge.
Les relations presse-barreau ont aussi été évoquées. L?importance de pouvoir trouver le juste milieu entre le devoir de la presse d?informer ? ce qui généralement, se fait avec la complicité de certains avocats et le devoir de l?homme de loi de respecter son code d?éthique et la relation privilégiée qu?il a avec son client, devient de plus en plus d?actualité, a insisté Robert Ahnee.
«AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON»
Le code d?éthique mauricien ressemble à peu de détails près au code anglais dont il est inspiré. Il semblerait cependant que «la retenue anglaise a peu à peu sombré dans la non-retenue française», a déploré l?ancien juge Ahnee.
L?ancien chef juge, Rajsoomer Lallah a, pour sa part, insisté sur la lourde responsabilité d?un juge. «Il est véritablement le garant de la Constitution. En tant que tel, le juge se doit d?être au-dessus de tout soupçon.» Si les politiciens peuvent se permettre d?être arrogants dans leur administration de la Constitution, les juges sont d?autant plus appelés à être sobres et humbles dans l?exercice extrêmement important de leur fonction, a ajouté Rajsoomer Lallah.
Sir Hamid Moollan a déploré le taux d?absentéisme aux cours sur le code d?éthique destinés aux aspirants avocats. «C?est la culture même de notre système d?éducation à Maurice. Tout ce qui ne mène pas à un diplôme est relégué au dernier plan. Or, il est primordial que le code d?éthique soit inculqué aux jeunes dès le départ.» En sa qualité de président du Council of Legal Education, Sir Hamid a évoqué la possibilité que cette matière très peu populaire fasse l?objet d?une certification.
L?effet de la conférence s?est fait sentir pendant la pause café. Aucun avocat n?était disposé à parler à la presse. La retenue anglaise avait envoyé au tapis la non-retenue française ne serait-ce que pendant ces quelques heures?
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