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Le 9 h-16 h, un horaire révolu

13 avril 2008, 00:00

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Le 9 h-16 h, un horaire révolu

D?abord, une évidence : la nouvelle économie tourne 24 heures le jour et 7 jours la semaine. Le capitalisme financier et commercial y a contribué. Et face à ce temps mondialisé, il importe d?adopter de nouveaux comportements. A l?instar de Dubayy et de Singapour, dont la machine économique fonctionne à flux tendu, sur une base permanente de 24/7. Hélas, à Maurice difficile de sortir du carcan 9 heures-16 heures. Ce sont les sacro-saintes « heures de bureau ».

Pire, beaucoup d?employeurs se plaignent de ne pouvoir recruter des professionnels pour le travail du soir.

« On est trop ancré au 9-16. On constate des difficultés à recruter dans les nouveaux piliers économiques tels l?offshore et les centres d?appels où il faut travailler en heures décalées avec des marchés internationaux », analyse Dr Kaviraj Sukon, spécialiste en ressources humaines.

C?est dans cette optique que le Human Resource Development Council (HRDC) a décidé de prôner un nouveau mindset dans le contexte d?une économie nationale qui ambitionne d?être 24/7. « Nous préparons un projet parce que beaucoup d?employeurs se plaignent tant du secteur des finances que du BPO/Call centre. Prenez, par exemple, le secteur du seafood hub. Parce que les Mauriciens rechignent à travailler le soir, il a fallu faire venir des Bangladeshis. L?attitude des Mauriciens est comme une barrière et freine le développement.

À travers une campagne d?information qui débute le mois prochain, nous souhaitons les amener à changer d?attitude », annonce Vinod Seegoolam, directeur du HRDC.

Pour la psychosociologue, Paula Lew Fai, le défi est gigantesque. « Pour développer une telle culture, il faut que les gens puissent sortir de chez eux le soir, faire du shopping nocturne et qu?il y ait une véritable culture de la nightlife. Pour le moment, il y a une stigmatisation du travail nocturne. On croit que les gens qui travaillent le soir ont une vie légère. Il faut une acceptation et une valorisation du travail de nuit et une animation qui tient la route. Si Maurice reste comme au siècle dernier, où les gens se couchent avec les poules, rien ne va changer. Il faut aider les familles à adopter un mode de vie différent et encourager le travail de nuit », explique-t-elle.

Mais, alors que l?on ambitionne de devenir le « Singapour de l?océan Indien », il n?y a pas de cours du soir à l?université, il n?y a pas de crèches au sein des entreprises, les transports publics ne roulent que jusqu?à 20 heures, le sentiment d?insécurité après la tombée de la nuit est des plus prégnants. Après 20 heures, il n?y a pas un chat dans les rues. Et selon Peter Gilmour, manager de Harris Wilson, compagnie qui vend des produits griffés, entre autres, dans la région de Grand-Baie :

« L?infrastructure publique et l?aménagement territorial doivent être revus. En décembre, nous travaillons d?habitude jusqu?à fort tard le soir. Or, nos employés doivent se déplacer en taxi faute de transport public de nuit. »

L?adoption du 24/7 est d?autant plus importante dans un contexte où l?ambition est d?accueillir 2 millions de touristes sur notre sol d?ici 2015. « Les touristes profitent généralement de leur journée sur la plage pour s?adonner à des activités balnéaires. Ce n?est qu?après 17 heures, dans l?après-midi, qu?ils partent faire du shopping. Or, à partir de 18 heures, tous les magasins sont fermés. C?est clairement une perte de recettes touristiques », juge Vinod Seegoolam.

« Encourager la polyvalence et la flexibilité »

Mais le travail 24/7 signifie-t-il forcément une dégradation de la vie sociale des employés ? Les témoignages (voir hors-texte) que nous avons recueillis indiquent que tel n?est pas le cas. Dans le secteur des centres d?appels, on travaille aux heures européennes ou américaines. Dans le secteur de l?hôtellerie, au Touessrok par exemple, on assure un service continu 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

« À Maurice, à part quelques secteurs, le concept de 24/7 est nouveau. Généralement, on a plus l?habitude de travailler sur un modèle de shift ou d?overtime. Pour favoriser une culture 24/7, il faut encourager la polyvalence. Cela dit, peut-être que les nouvelles législations du travail encourageront la polyvalence et la flexibilité. Cependant, il faut admettre qu?on est loin de Singapour. La culture du travail est différente de Singapour. Ici, il nous faut éduquer la population à adopter une culture plus professionnelle », indique Vishal Ragoobur, économiste à la Mauritius Employers Federation (MEF).

Qui dit culture 24/7, dit augmentation de la productivité et de la richesse nationale. Historiquement, dépendant des évolutions de l?économie, le rythme et les horaires de travail ont changé. Ainsi, à l?époque de l?ère agricole, on travaillait de 5 heures à 10 heures. Puis, à l?ère du textile, on a commencé à travailler de 6 heures à 18 heures.

À l?ère de l?économie administrative, on est passé de 9 heures à 16 heures. Désormais, à l?ère de l?économie tournée vers les services, le 24/7 paraît inéluctable.

TEMOIGNAGES

Asha Luchanah,

Télé-agent, « Teleforma »

La trentaine, Asha Luchanah a un accent british. C?est normal, elle travaille avec des marchés et des clients américains. « Je suis mariée et j?ai eu le meilleur shift, celui de 15 heures à minuit. Le matin, je m?occupe de mes trois enfants, des tâches ménagères et j?aide mon époux à se préparer pour le travail. » Son travail consiste à faire du ticketing pour les avions américains. « Nous travaillons comme agents de réservation on-line. Quand il est 15 heures là-bas, il est 6 heures du matin ici. Alors, avec le décalage horaire, il a fallu s?adapter », explique-t-elle. Le fait d?être une femme dans ce secteur a-t-il été plus difficile? « Au début, c?était dur d?autant que j?avais un bébé. Mais avec le soutien de mon époux et de ma famille, les choses se sont arrangées. Je trouve que travailler le soir n?est pas plus fatiguant que de bosser de 8 heures à 16 heures. »

Nathaniel Thomas,

« Assistant Manager », « Touessrok »

Nathaniel Thomas adore son métier. « Au contraire, le soir à l?hôtel, il y a de l?ambiance. Il m?a fallu connaître tous les différents départements de l?hôtel et là, ça tourne 24 heures sur 24. On a trois shifts : 8 heures à 16 heures, 16 heures à minuit, et minuit à 8 heures. Mais pour réussir dans ce métier, il faut passer par tous les shifts. Si je ne sais pas ce qui se passe à l?hôtel pendant le shift de minuit, je ne serai pas en mesure de gérer », explique-t-il. Quid de sa vie de famille ?

« Le fait de travailler le soir a eu un impact sur ma vie. Par exemple, j?aurais souhaité passer du temps avec mes parents le week-end. Mais je ne me plains pas, car les clients font aussi partie de ma famille et après tout, j?aime ce que je fais », déclare Nathaniel.

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