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Le «ranking» fait son come-back

6 janvier 2006, 20:00

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par Patrick HILBERT

C?est la stupeur dans le secteur de l?éducation. Alors que l?on croyait être définitivement débarrassé du ranking, qui mettait une grande pression sur les écoliers du primaire, en 2002, voilà qu?il ressurgit sous une forme différente. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres hier.

Il a donné son aval aux critères d?admission en Form I qui seront appliqués à partir de la fin de cette année «sur les meilleures performances dans quatre matières au niveau national», comme indiqué dans le communiqué du Conseil des ministres. Tout comme à l?époque du ranking, ce seront ceux qui auront eu les meilleurs points qui iront dans certains collèges précis.

Ce mode d?admission concerne cependant cette fois-ci uniquement les neuf derniers collèges de Form VI qui seront rebaptisés collèges nationaux. Ils admettront de nouveau des élèves en Form 1 dès 2007.

Si un écolier veut être admis dans un de ces établissements, il devra figurer parmi les 1 200 à 1 300 meilleurs «performers» aux examens du Certificate of Primary Education (CPE).

Des zones d?ombre demeurent

Ces établissements nationaux sont Queen Elizabeth College, les deux collèges Royal (Curepipe et Port-Louis), Droopnuth Ramphul, John Kennedy, Mahatma Gandhi, Gaëtan Raynal, Sookdeo Bissoondoyal et Maurice Curé.

L?option présentée au cabinet par le ministre de l?Education, Dharam Gokhool, et qui avait été évoquée par l?express dans l?édition du 30 décembre dernier, a finalement séduit le gouvernement. Il ressort cependant que le grading demeurera inchangé. En revanche, il appartiendra au Mauritius Examinations Syndicate (MES) de départager les candidats.

Le MES qui calcule déjà pour chaque élève, le pourcentage exact des performances en sus des grades appliquera ce critère pour référer les meilleurs aux collèges nationaux, indiquent plusieurs sources. Il ressortirait toutefois, mais l?information n?a pu être confirmée, que ces pourcentages demeureront en interne.

Plusieurs zones d?ombres demeurent. Comment se fera le choix de référer un élève à un des collèges nationaux parmi les neuf autres ? Le gouvernement enverra-t-il les meilleurs des meilleurs dans un des établissements ou appliquera-t-il un autre critère ?

Le ministre de l?Education ayant laissé savoir qu?il était «très fatigué» hier soir, aucun éclairage officiel n?a été fourni et les questions restent donc sans réponse pour le moment.

L?autre question qui n?a pas encore reçu de réponse officielle concerne les matières qui devront obligatoirement figurer dans les «four best». Ceci a été un grand débat au Conseil des ministres. Alors qu?à l?époque du grading, seules quatre matières étaient comptabilisées, depuis 2004, chaque participant au CPE a la possibilité de composer cinq matières, dont les langues orientales, mais seul les quatre meilleures seront retenues à la comptabilisation. Jusqu?ici, plusieurs associations ont insisté sur le fait que les écoliers qui prennent cinq matières partent avec un avantage. Ce débat risque fort de refaire surface.

Une chose est cependant quasiment sûre : le critère de proximité du domicile par rapport au collège ne sera pas appliqué. Et rien ne change pour l?admission dans les collèges régionaux suivant notamment des critères actuels de régionalisation, des choix des parents, du grade aggregate et de la proximité de résidence.

Steven Obeegadoo, ex-ministre de l?Education

«Un jour noir pour l?enfant mauricien»

«C?est dramatique. Ce jour restera gravé comme un jour noir pour l?enfant mauricien. Nous avons passé les 20 dernières années à débattre sur les moyens d?éliminer le «ranking» et la supercompétition qu?il représentait. En 2002, nous y étions parvenus. Maintenant, retour à la case départ. Dès lundi, pour l?enfant qui entre en «Std I» ou en «Std VI», la course aux grands collèges est rouverte. Même si le gouvernement n?appelle pas cela «ranking» pour des raisons évidentes, c?est bien de cela qu?il s?agit. Je suis triste pour l?enfant mauricien. Pourquoi fallait-il revenir à un système de sélection pointue à la fin du cycle primaire, alors que ça n?existe nulle part au monde ? Il n?y avait aucune justification à cela.»

Hervé de St Pern (directeur du BEC)

«Cette solution n?est pas valable»

«C?est triste ! Cette solution n?est pas valable pour trouver l?élite mauricienne. C?est un retour vers les «crash courses», les leçons particulières à outrance. Les élèves qui démarrent plus lentement seront pénalisés. La finalité ne sera pas l?éducation, mais les résultats aux examens. C?est vraiment chagrinant. Il y aura à nouveau une compétition à mort au CPE. Tant qu?il en sera ainsi, nous ne pourrons avoir de changement valable ni au niveau pédagogique ni au niveau du curriculum. 26 000 participants au CPE vont à nouveau concourir pour 1300 places. Nous, au niveau du BEC, allons continuer à essayer de donner de l?attention à tout le monde.»

Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers? Union

«Une place selon les habilités de chaque enfant»

«La réforme dans son vrai sens devient complète. Ce qui est proposé par le gouvernement revalorise le rôle de l?enseignant du primaire. Même au niveau de la régionalisation, il y avait de la compétition. Sans compétition dans l?éducation, nous ne pourrons devenir compétitifs au niveau international. Dorénavant, chaque enfant aura une place selon ses abilités. A l?école et aux parents maintenant de jouer leur rôle et de comprendre la capacité de chaque enfant.»

Harris Bachwa, Fédération des managers des collèges privés

«Nous sommes perplexes»

«Nous sommes tout simplement perplexes. A aucun moment nous n?avons été mis au courant de quoi que ce soit. Tout ceci reste flou pour tout le monde et pourtant, tout le monde est concerné par ce sujet. Le ministre de l?Education avait quelque chose en tête et il a agi en fonction. Maintenant comment ira-t-il de l?avant avec son projet ? Je pense également aux parents et aux écoliers qui participeront aux examens du CPE cette année. Comment réagiront-ils ?»

Denis Grandport (FPTAEC)

«C?est très obscur»

«Nous sommes toujours dans le flou et le ministre doit venir s?expliquer très clairement. Tout ceci est très obscur. Trop de questions restent encore sans réponses. Aura-t-on à nouveau une ruée vers les collèges d?élite et une compétition effrénée ? »

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