Publicité
Le « British Council » glorifie l?autodérision
Par
Partager cet article
Le « British Council » glorifie l?autodérision
Si Bergson professe que le rire est le propre de l?homme, l?humanité doit à la nation anglaise l?invention de l?humour qui se doit d?être typiquement British, si l?on peut pardonner ce pléonasme. Fort de ce constat, la maison-mère du British Council a pris l?initiative d?organiser une exposition internationale itinérante consacrée à l?humour et à l?autodérision exprimée graphiquement et publiquement par voie d?affiches, de campagnes médiatiques ou encore à travers les caricatures qui brisent le sérieux et l?austérité de nos meilleurs journaux, mais faisant quand même grise mine, en aidant à rendre leur lecture plus plaisante et parfois même amusante.
Comme la plupart des grandes aventures humaines, cette célébration de l?humour sous toutes les latitudes et longitudes, à travers le Commonwealth anglophone, l?exposition Upfront and Personal part de Londres. Elle nous offre une sélection des meilleures affiches et caricatures anglaises des trois dernières décennies. Avec une férocité débordante, elle nous montre les politiciens ayant dominé l?arène (mais pas la reine) politique anglaise de ces trois dernières décennies.
Pour la partie anglaise, l?exposition retrace successivement le graphisme et la caricature d?ordre politique, les campagnes civiques anti-guerre, la solidarité planétaire, les consensus locaux, le corps et l?âme de la nation anglaise, les luttes écologiques et anti-globalisation. Le visiteur peut, au passage, contempler des caricatures déformantes des chefs des partis politiques britanniques en 1993 (encore plus disgracieux que Muppets et Guignols), la Dame de Fer à poil et en perte de popularité, un portrait plutôt conservateur d?un Tony Blair ayant emprunté la perruque et les boucles d?oreille de Maggy Thatcher. La campagne pacifique nous vaut un porte-missile au milieu d?un paysage de John Constable (un summun du sacrilège), un Tony Blair coiffé d?une tasse de thé en guise de casque de protection afin de nous faire comprendre qu?il faut « make tea not war ».
Consécration de l?humour et message humaniste
La solidarité planétaire joue en faveur du Nicaragua avec un graphisme aztèque d?une rare beauté. L?affiche en faveur du Chili de ce menteur de Pinochet n?en est pas moins belle. Margaret Thatcher, l?alliée de l?apartheid honni (un mauvais Marc pour elle), a des livres sterling à la place des yeux et une cellule de Robben Island en guise de bouche. Les consensus britanniques font dire à une Maggy Thatcher déguisée en Marie-Antoinette :
« Que les chômeurs bouffent des briques ! »
Ils demandent si les empreintes digitales sont blanches ou noires. À ce sujet, l?exposition Upfront and Personal désormais accessible au public mauricien au nouveau centre commercial Quality Living Centre, route Royale, Castel, Ph?nix, met en évidence un poème de Benjamin Jeph Anaya faisant dire que l?homme blanc peut être rouge de colère, vert de peur, bleu quand il s?asphyxie, jaune quand il rit, cramoisi sous les rayons du soleil, gris quand il est réduit en cendres.
Le Noir reste noir en toutes circonstances ce qui n?empêche pas d?être traité « d?homme de couleur ». On peut aussi se demander ce qu?aurait pensé Mohandas Karamchand Gandhi en voyant ce visage féminin peint aux couleurs et au design de l?Union Jack mais avec la narine gauche percée à l?indienne par une boucle ornée de perles et retenue par une chaîne en or. The Jewel of the Crown.
Le graphisme féministe est encore plus accablant. L?épouse, par exemple, est femme au foyer et par conséquent ne travaille pas. Mais 20 petits tableaux la montrent, à toute heure du jour, jouant les pédiatres avec le bébé, la serveuse de café, la cuisinière pour les repas, la lavandière devant la machine à laver, la femme de ménage, la repasseuse, la garde d?enfants, la fille de joie et ainsi de suite sans week-end, sans vacances, sans repos, sans retraite, sans salaire, sans avenir, sans plan de carrière, sans voix au chapitre. Et tout cela dans une simple affiche.
De Londres, cette consécration de l?humour, en tant que message d?humanisme et de philosophie politique, descend en Afrique du Sud. Aussi bien celle de l?apartheid honni que celle d?une nouvelle Afrique du Sud, présidée par cet autre Mahatma qu?est Nelson Mandela et par son successeur, Thabo Mbeki.
Cette Afrique du Sud devenue le porte-flambeau d?un nouveau continent faisant l?admiration du monde entier. Ici, le ton est peut-être plus tragique car le rire, pourtant largement présent, ne parvient pas à nous faire oublier les souffrances humai-nes, les tortures, les humiliations, les emprisonnements, les morts plus ignominieuses infligées au nom d?une supériorité mensongère d?une race sur les autres.
Du graphisme sud-africain ainsi exposé au Quality Living Centre à Castel, Ph?nix jusqu?au 12 novembre, de 10 à 18 heures nous retiendrons plus particulièrement la série « Zapiro », montrant Nelson Mandela esquissant un pas de danse typiquement sud-africain et Mgr Desmond Tutu en quête de vérité, de toute la vérité, rien que la vérité. Il y a aussi Mandela en Superman (caricature très ressemblante et pas mensongère pour un sou, si l?on tient ce héros de B.D. pour un thaumaturge).
L?évolution de la caricature sur trois décennies
La renaissance africaine emprunte certains traits, à juste titre, au David de Michel-Ange. Le visage de « T?es beau Mbeki » assure l?africanité de cette glorification. Les couleurs sud-africaines sont à l?honneur et auraient fait plaisir à un certain Picasso. Terminons par cette main ouverte et levée, la paume portant l?empreinte du continent africain tandis que les cinq doigts rappellent les valeurs morales qui ressusciteront ce continent : unité, moralité, solidarité, africanité et la terre pour tous.
De Robben Island, l?exposition du British Council remonte vers le Botswana et le Mozambique. Deux pays africains comptant autant de différences que de points communs. Mais faute de place, l?exposition fait l?impasse sur la production graphique de ces deux pays.
La section mauricienne est particulièrement réussie grâce à l?engagement total de la directrice de notre British Council, Rosalind Burford et d?une équipe de collaborateurs locaux, professionnellement et adéquatement dirigés par l?agence de communications Odysseus. Les panneaux locaux, scannés, agrandis et ajustés par Digiscan, n?ont rien à envier à ceux réalisés à l?étranger pour le compte du British Council de Grande-Bretagne et des pays africains précités.
La section politique mauricienne fait la part belle aux caricatures de Deven Teeroovengadum de Week-End Scope, d?Abdool Kalla que les lecteurs de l?express connaissent bien et de longue date, tout comme Rog (Roger Merven) l?inoubliable caricaturiste des années 1980 ou encore le bédéiste inspiré de Maumau le Dodo. Il s?agit ici d?un simple échantillon du savoir-faire graphique mauricien qui se compare avantageusement aux talents de l?au-delà du Bell Buoy.
Elle montre surtout l?évolution de la caricature pendant les trois dernières décennies 1975-2005, laissant aux caricaturistes contemporains le soin de participer à un concours pour faire montre de leurs talents. C?est aussi le moment de regretter que notre Media Trust n?organise pas des concours médiatiques annuels pouvant mettre en exergue nos meilleurs journalistes des différentes rubriques, caricaturistes compris.
Mais la section mauricienne est beaucoup plus riche que les nombreuses caricatures exposées, les unes plus désopilantes que les autres. C?est aussi l?occasion de revoir nos meilleures affiches, telles celles promouvant les chaînes de l?amitié, après la mort de Kaya, celle du 35e anniversaire de notre indépendance montrant deux mains recueillant précieusement notre unité dans la diversité.
Il y a aussi les affiches de sécurité routière rappelant que le piéton n?a ni rétroviseur, ni ceinture de sécurité, ni pare-chocs. Il y a surtout les inoubliables posters anti-sida reprenant des films à succès comme Out of Tracas, Zero Zero Sex sans capote et Sida K.O. avec Mett Lee et Al Capote, le Quatrième élément, Dil Chahta Hai. Dans la même veine, des courts métrages montrant des animaux plus intelligents que bien des humains en matière de sécurité sexuelle. Et nous oublions le plus beau : les affiches en faveur de notre environnement, de notre lagon, de l?eau sans qui pas de vie possible.
Une seule consigne : tous à l?expo du British Council. Nul ne le regrettera.
Publicité
Publicité
Les plus récents