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L?autre actualité
Dans la préface à l?édition complète des romans de Samuel Beckett en anglais, l?écrivain Salman Rushdie écrit : ?On sent poindre? la conscience que ce qui se dit est dit avec difficulté parce que ce n?est pas facile à dire, or dire le difficile n?est pas sans importance, en ces temps confortables nous aimons trop, nous chérissons la facilité.? Tous les jours, chaque heure, à la litière de chaque minute, une actualité. Toujours dans l?événementiel, là où les mots n?ont de sens que dans des actes volés, innommables, tabous. On ne peut plus se passer des histoires des autres. Tant il y a du mal-être à être avec soi-même. Que dire dans le silence ? Quoi trouver dans la quête ? Quoi chercher ? La jeunesse éternelle à travers la chirurgie esthétique. L?esprit de révolte dans des généralités. Cacher l?hypocrisie de la peur devant la mort. Des mots qui cognent contre la paroi du cerveau parce qu?ils veulent exprimer le déjà-dit.
Pourtant un temps, il faut s?arrêter. Loin du rite. Eloigné du culte. Sans tous ces carêmes. Dévoiler le voile du mensonge. Affronter un monde qui n?est plus divisé entre le bien et le mal. Regarder l?humain qu?on est. Qui désespère d?être. Ou plutôt qui s?est réfugié dans l?avoir. Dire cet être aujourd?hui, c?est raconter la sempiternelle histoire de renonciations, de récupérations et de compromissions. Une vieille rengaine pour masquer sa propre faiblesse. De cette faiblesse qui devient une excuse. Qui en devenant une excuse libère les fantasmes de l?utile. Pourquoi donc se lamenter de cette essence si inessentielle en cette époque où le temps est argent, où le bonheur se conjugue trop avec le plus-que-parfait des aspirations éteintes ?
Sans doute, il faudra se réjouir, comme le disent certains, qu?on soit en permanence dans cette petite île en période de jeûne et d?autres interminables séquences de prières. Sans doute, il faudra s?estimer heureux qu?on ait choisi de ne toucher ni à la langue, ni aux religions. Mais, si en un instant, une parenthèse du doute s?ouvrait dans l?infini de nos certitudes insulaires et historiques. Si la coexistence pacifique n?était que l?expression d?un refus ? Refus d?aller vers l?autre dans sa dimension ethnique. Refus de transcender vers la proposition spirituelle de l?autre. Et si aussi ce n?est que dans le vase clos qu?on semait les graines de l?intolérance ?
Puritaine et bigote, la société mauricienne ? Ce serait un regard trop sévère. Elle aime la prière autant qu?elle s?éloigne de la spiritualité. Préférant les stéréotypes à toute épreuve herméneutique qui l?amenant à s?ouvrir à l?Autre le rendrait, à son avis, quelque peu vulnérable. Alors elle affiche allégrement sa religiosité ostentatoire. Elle fait la politique au nom de la religion. Elle offre des emplois sur des critères de représentativité ethnique. Il n?y a que les athées et les agnostiques qui se sentent le superflu dans cette histoire.
Pourtant, il y a la belle promesse spirituelle. Celle qui se vit en dehors des limites du religieusement correct. Celle qui ne figure pas dans une quelconque taxinomie cléricale. Celle qui a fait de l?incertitude sa principale philosophie. Et cela non dans un rapport de force mais dans un dialogue incessant avec le religieux. Car s?il y a une institution qui survivra à toutes les autres, c?est bien celle de la religion. C?est à elle d?inventer son actualité?
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