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L?art et la manière

22 août 2008, 00:00

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RELIGIONS

<B>Le paradoxe chinois</B>

Cinq millénaires d?histoire. Cela finit par alimenter une pluralité de croyances et de pratiques sociales et religieuses. Malgré des ères politiques, sociales et culturelles différentes, voire parfois antithétiques, les Chinois ont préservé un lien atavique aux traditions. Notamment aux traditions religieuses. Aujourd?hui, c?est une forte dose de syncrétisme qui nourrit cette pensée religieuse malgré des classifications sommaires.

A commencer avec la religion populaire aux pratiques multiples. Lorsqu?on en parle, il existe une tentation de la ramener à des traditions orales qu?héritent les classes les moins aisées. Le fondement demeure le culte des ancêtres. L?hymne aux proches décédés est le socle de la structure familiale. Les rites souvent se rapportent aux différentes étapes de la vie de l?individu. Enfin la géomancie et les techniques divinatoires occupent une place prépondérante dans la religion populaire.

Le confucianisme est l??uvre du Maître Kong (Kongfuzi). C?est un philosophe qui a, selon toute vraisemblance, vécu entre 551 et 479 av. J.C. Il ressort que son nom a été latinisé par les jésuites en Confucius. Entre religion et philosophie, ils sont plus nombreux à utiliser le deuxième substantif pour qualifier sa pensée. En fait, le confucianisme consacre le principe d?une relation entre l?ordre de la société et celui du monde. Par exemple, l?ordre du cosmos est en rapport avec l?ordre familial. Dans cette logique, l?autorité s?établit selon des déterminismes qui ont toujours eu cours. Au sein de la famille, la piété filiale est fondamentale. Le fils, à travers des rites, rend toujours hommage au père. L?empereur, de son côté, pratique des rites destinés au ciel. Le confucianisme ira, avec le temps, influer sur une conception de l?Etat.

Le taoïsme procède des cultes populaires et intègre des croyances et de pratiques anciennes. Au IIe siècle de l?ère chrétienne, le taoïsme acquiert des attributs proprement religieux, avec un panthéon, des cultes, des prêtres et des moines. Les textes fondamentaux du taoïsme ont été rassemblés en un «canon taoïste» au XVe siècle, qui ne contient pas moins de 1 500 ouvrages. Le tao est un principe, ou «souffle» fondamental, qui unit deux principes opposés, le yang (pur, élevé, lumineux, relatif au ciel) et le yin (impur, inférieur, opaque, relatif à la terre). Ils sont présents dans le monde et dans le corps humain, avec une prédominance du yang chez l?homme et du yin chez la femme.

Le bouddhisme est aujourd?hui une philosophie universelle. Originellement, elle est importée de l?Inde. Donc, elle n?est pas d?origine chinoise, comme certains ont tendance à le croire. Elle apparaît lors des premiers siècles de notre ère. Le bouddhisme consacre, entre autres, de l?impermanence de l?être. La réalité absolue n?est pas concevable. A la différence du taoïsme, le bouddhisme introduira le concept de cycle des renaissances et le «karma»,, soit les actions qui permettent de s?échapper du défini.

Il faut savoir que le bouddhisme fut introduit en Chine au premier siècle de notre ère. Il se répandit à partir du quatrième siècle et devint peu à peu la religion la plus influente. Le lamaïsme, une des branches du bouddhisme chinois, s?est surtout répandu au Tibet et en Mongolie intérieure. Actuellement il y a, dans l?ensemble du pays, 13 000 temples bouddhiques et près de 200 000 bonzes et bonzesses. Le bouddhisme de la langue tibétaine, le lamaïsme, est pratiqué par 7 millions d?habitants répartis entre différentes ethnies.

Le syncrétisme religieux procédera par la suite à un dialogue et un échange des croyances et des pratiques traditionnelles. Le régime communiste, pour sa part, se signalera, au nom de la révolution culturelle, dans un exercice de minimisation du rôle des religions. Les assimilant souvent à des formes de superstition. C?est ainsi que les prêtres taoïstes et bouddhistes allaient être surveillés et rééduqués, alors que les moines étaient dispersés. De nombreux temples ont été détruits. Des campagnes idéologiques ont été menées contre le confucianisme. Au Tibet, les attaques contre les lamaseries visaient également à affaiblir les bases d?une culture non han.

Aujourd?hui, la politique du gouvernement chinois, surtout depuis la libéralisation économique, assure pratiquer le respect et la protection de la liberté religieuse. Il entend garantir les pratiques religieuses normales et celles-ci sont égales devant la loi. C?est ainsi que des temples ont été reconstruits ces derniers temps et que les montagnes sacrées accueillent à nouveau des pèlerinages.

Les religions pratiquées en Chine comptent plus de 100 millions de fidèles. Y sont présents, outre le confucianisme et le taoïsme, des courants connus comme l?islam, le catholicisme et la religion orthodoxe.

GASTRONOMIE

<B>Les restaurants se multiplient, la cuisine traditionnelle se perd</B>

Si aujourd?hui, on compte près d?une centaine de restaurants chinois à Maurice, si ce n?est plus, dont près d?une trentaine à Chinatown même, les débuts de la gastronomie chinoise sur le territoire ont été plutôt modestes. Au début des années 1920, les restaurants privilégiaient davantage la cuisine européenne. Ce n?est que pendant la Deuxième guerre mondiale, avec l?arrivée d?un plus grand nombre de Chinois que le besoin d?un restaurant chinois s?est fait sentir. Alors, pour contenter les ressortissants chinois, les restaurateurs s?y sont mis. Le but était également d?initier les Mauriciens à la gastronomie chinoise. Pari réussi : ils en raffolent.

La cuisine, elle, est toutefois restée, presque la même qu?à son introduction. Si ce n?est le fait qu?aujourd?hui, on utilise moins de sel et moins d?huile dans la préparation des mets. Les restaurateurs expliquent que c?est parce que les jeunes ne mangent plus aussi salé qu?avant. Ils font davantage attention à leur santé, consomment donc moins d?huile. Ce qui occasionne malheureusement la disparition de certaines traditions culinaires. Comme le traditionnel «doubled cook stewed pork», qui est frit à deux reprises avant d?être cuit à la vapeur. Considéré trop gras, il ne titille plus autant les papilles des consommateurs.

Et puis aujourd?hui, les gens n?ont plus autant de temps à consacrer à la cuisine. Alors, les recettes où les ingrédients qui doivent mijoter des heures durant n?ont plus cours. Les restaurateurs expliquent que la cuisine chinoise aujourd?hui, c?est, pour la plupart, une cuisine «rapide». «Facile à faire» et «pas cher» aussi. Un wok, une cuillère en bois, un poignet solide et le tour est joué. Il y a toutefois des aficionados de la cuisine traditionnelle même s?ils ne sont plus très nombreux. Car dans les restaurants chinois où ces recettes traditionnelles figurent encore sur la carte, on en commande que très rarement.

Le Happy Dragon, à Port-Louis, est un de ces restaurants où les traditions ne se perdent pas. Et si vous le voulez, Li Xingao, l?un des deux chefs chinois du restaurant, peut vous préparer une soupe au melon d?hiver. Un plat pas si difficile à préparer mais long. Très long. Trois heures, au moins, au bain-marie pour ce qui au final sera un potage de calebasses agrémenté de poulet, de porc, de crevettes, de b?uf et de champignons. Délicieux, il paraît.

Les aliments apportent également avec eux leur lot de superstitions. C?est ainsi que si vous voulez que la chance vous sourit, on vous conseille le Fat Choy, une algue qui n?a «aucun goût». Celle-ci est particulièrement recherchée lors de la Fête du Printemps.

Si aujourd?hui, la plupart des restaurants chinois d?une certaine importance font appel à des cuisiniers chinois, cela est certes pour leur savoir-faire mais aussi et surtout, selon les restaurateurs, parce que plus aucun Mauricien ne veut travailler en cuisine. La plupart de ces cuisiniers viennent, comme la plupart des Mauriciens d?origine chinoise, de Guangdong, une province du sud de la Chine dont Canton est la capitale. C?est d?ailleurs pourquoi, à Maurice, la cuisine cantonaise est la plus répandue. Mais également la plus prisée. C?est la première que les Mauriciens ont goûtée. Celle qu?ils ont adoptée. Tellement bien, qu?aujourd?hui, il est difficile de leur imposer des mets chinois d?une région différente.

Certains ont essayé de le faire. Sans succès. Un cuisinier chinois venu de la province dû Sichuan a même dû remballer ses marmites et rentrer en Chine. Trop de sucre, trop de vinaigre et trop de piment, le verdict a été sans appel. Certains plats comme le Canard de Pékin, ont quand même leurs adeptes. Mais les restaurateurs notent toutefois que les consommateurs ont tendance à toujours manger la même chose. Les plats qu?ils connaissent déjà et apprécient tels que le chop suey et les viandes à la sauce aigre-douce, aux huîtres ou blackbeans.

Qu?ils soient cuits à la vapeur, à l'étuvée, rôti ou frit, du fast-food, telles les «boulettes», aux mets les plus onéreux, comme la soupe d?ailerons de requin ou le canard à l?étuvée, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Seule faiblesse, les desserts. A part quelques puddings ou gelée fait à partir de riz, rien de fou. Mais une tasse de thé chinois vous fera digérer cet oubli regrettable.

PRESSE

<B>Voix de république populaire</B>

Plusieurs rédactions rythment la vie de Chinatown. Les pionniers : The Mirror et China Times. Rejoints depuis juillet 2005 par Hua Sheng Bao, littéralement Voice of China, mensuel en mandarin de huit pages.

Fondé en 1975, The Mirror, c?est une porte étroite à la rue Emmanuel-Anquetil à Port-Louis. Avec pour unique journaliste en activité de ce journal, Lioung Poon Yow Tse (photo), une institution. Plus connu sous le nom de Poon Yune Lioung, il est le doyen de la presse écrite. Trilingue (anglais, français et mandarin), ses services sont souvent sollicités comme interprète et traducteur. Aujourd?hui il se consacre à The Mirror, en plus de collaborer à deux autres journaux, à savoir le China Times et Sino-News. On peut lire, entre les lignes du visage buriné du vieil homme, ses années d?efforts assis derrière le petit buffet qui lui sert de comptoir. Penché sur son texte pour respecter les heures de soumission.

Son souci : mettre en relief la vie de la communauté. Les mariages, les décès, les inaugurations. Sans oublier les débats au Parlement, les nouvelles reprises de la radio nationale et de la chaîne chinoise CCTV. Le tout pour alimenter les quatre pages de The Mirror, hebdomadaire qui sort tous les jeudis.

Comme des musées. Les locaux de The Mirror abritent les morceaux de plomb qui s?oxydent dans le capharnaüm de cette imprimerie. Débordant de montagnes de tiroirs, ils appuient leur poids contre des chutes de papier et des vieux tubes de colle. Les locaux sont exigus. Les partitions en bois frôlent la tête.

Quand on demande si la relève est assurée, Lioung Poon réplique : «Nou lor soley kousan.» Sans fausse pudeur, il dit : «Mwa mo ena 80 banane. Comme dit l?anglais, «too old to work, too young to die.» Pas de fatalisme chez les voisins. Juste en face, de l?autre côté de la rue, China Times, qui a le même propriétaire que l?usine Esko, Lim Kian Siang, OSK. China Times existe depuis 1953.

Hua Sheng Bao, littéralement Voice of China qui, en 2005, a commencé comme un quotidien, est aujourd?hui un mensuel de huit pages en mandarin. Il compte aussi une page en anglais et une en français. Journal partisan de la Chine réunifiée, il consacre sa dernière page aux nouvelles locales. Hua Sheng Bao construit ses pages en mandarin à partir de son accord avec l?agence de presse chinoise, Xin Hua Net. «Nous reprenons leurs nouvelles, dépendant du degré d?intérêt pour nos lecteurs», explique Noo Lam Cham Kee, journaliste. Un mensuel qui n?est pas vendu mais distribué sur abonnement. L?équipe est constituée d?une dizaine de personnes, employées à mi-temps pour la plupart.

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