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L?argent ?

13 mai 2007, 00:00

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En tant que métal, en Occident, l?argent a précédé l?or. Alors que ce sera la découverte du Nouveau Monde ? en particulier la conquête de l?Amérique du Sud par les Conquistadores espagnols (l?empire Inca est soumis par Pizarro en 1532) ? qui répandra l?usage de l?or en Europe, l?argent était exploité par les peuples celtes en Europe centrale. De nombreux bijoux, objets décoratifs et d?usage courant ont été retrouvés dans les sépultures germaniques, britanniques gauloises et les pays d?Europe du Sud et d?Afrique du Nord.

Au plan symbolique, l?argent est lunaire, blanc, féminin. L?or est solaire, jaune, masculin. Le mot « argent » est issu d?une racine sanscrite signifiant « blanc et brillant ». Il a la limpidité de l?eau et l?éclat du miroir. Dans de nombreuses croyances, il est symbole de pureté.

Lorsque le mot est devenu synonyme de moyen de transaction, il a complètement perdu ce sens primordial.

Ce sens de monnaie d?échange remonte pourtant à la lointaine Grèce antique, puisque le philosophe grec Aristote établit une théorie de l?économie visant à remplacer le « troc » par le système du numéraire, qui permettrait une comptabilité des biens, précise où la notion de « prix » élimine discussion et contestation. Pour Aristote, il ne s?agit nullement d?entasser des richesses aux fins de spéculation, mais d?utiliser la monnaie comme un moyen commode d?échanges.

Le développement des échanges marchands a très vite fait oublier ce rôle premier de l?argent, pour en faire un but, un moyen d?accumuler destiné à des opérations de puissance, de pression, de chantage. La perversion de l?argent n?a pas cessé de prospérer depuis qu?il est devenu une force indépendamment du travail et du mérite : la richesse pour elle-même.

Le règne de l?argent n?a jamais été aussi florissant. Marx a très bien montré comment le capitalisme s?est détaché de la « valeur d?usage » de l?économie pour passer à la « valeur d?échange » de la spéculation qui alimente le capital? Pour tenter de « socialiser » ce système de sacralisation de l?argent, certains États ont expérimenté une « économie mixte », mi-dirigée, mi-libérale qui tente d?appliquer un certain contrôle dans les échanges du grand capital. Après les divers essais d?un socialisme autoritaire qui s?est révélé désastreux, à la fois pour le développement d?un pays et le bien-être du consommateur, il ne semble pas que l?on puisse avantageusement sortir du libéralisme? Il ne reste plus qu?à le « moraliser ».

Guy Sorman, définissant le néolibéralisme, et partisan de la thèse d?Hayek, (économiste anglais, prix Nobel d?économie) écrit : « La libre entreprise, le libre-échange qui sont à l?origine de la croissance, n?ont pas été décrétés mais expérimentés. Nous sommes, dit Hayek, ?tombés?dans l?économie libérale et nous y sommes restés parce que nous avons constaté que tel était le moyen d?échapper à la pénurie? La croissance est un accident non programmé, résultat hasardeux et expérimental des initiatives individuelles et de la politique de liberté qui régnaient dans les cités européennes de la Renaissance. » Toute étatisation ne peut qu?entraver cette libre entreprise.

Mais si l?argent, c?est celui que l?on gagne ? ou que l?on vole ? c?est aussi celui qu?on perd. Perpétuellement couvert de dettes, Balzac, en forçat de l?écriture, passait ses nuits à écrire, remonté au café et poursuivi, d?appartements en maisons, (il déménageait constamment !) par une meute de créanciers. Ivre de luxe, vêtu comme un prince, se commandant gants de peau par douzaines, achetant des élevages et manufactures, mille projets coûteux et fantaisistes, il jouait son identité à plusieurs adresses. Dans l?une d?elles, à Passy, au flanc d?un coteau, on entrait d?un côté au rez-de-chaussée, pour sortir de l?autre côté à un rez-de-chaussée qui était en fait un troisième étage. Un jour, l?huissier le retrouva à une nouvelle adresse, ainsi libellée : « À Monsieur de Balzac, dit Madame Veuve Durand, homme de lettres, rue des Batailles. »

Comme disait Alfred Capus, un humoriste du « Chat Noir » : « Que voulez-vous, quand on n?a pas les moyens, on est bien obligé de vivre au-dessus. »

Cette importance de l?argent dans la vie de chacun est bien soulignée par le vocabulaire de l?argot, d?une? richesse considérable quand il fait passer la monnaie : le fric, le pèze, le pognon, l?oseille, le blé, les picaillons, la braise, le beurre, les briques, le grisbi, les fafiots, le « talbin », la galette, le flouze, etc. La liste ne demandant qu?à s?enrichir !

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