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L?anti-Fihavanana

15 octobre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Fermer un aéroport pour empêcher un homme de fouler son sol natal. Faire pression sur des compagnies aériennes pour les dissuader de transporter Pierrot Rajaonarivelo alors même qu?il est supposément recherché par la justice. Le pouvoir en place à Madagascar adopte une posture qui ne fait pas honneur à la région.

Nous ne sommes pas en mesure d?arguer sur les trois condamnations judiciaires, par contumace, dont fait l?objet l?ancien vice-Premier ministre de la Grande île. Condamnations intervenues, pour rappel, dans le sillage des événements de 2002, à la suite d?une période difficile de transition politique, durant laquelle la Grande île comptait, aux yeux confus de l?opinion internationale, deux présidents de la République.

En revanche, il convient de s?attarder sur les récentes man?uvres des autorités malgaches. Car ce qui se passe à Madagascar nous interpelle directement. Si la Grande île n?arrive pas à décoller (économiquement s?entend), c?est toute la région indo-océanique qui continuera à en pâtir. On connaît le refrain des forums régionaux : Madagascar, avec ses 18 millions d?habitants, possède la masse critique susceptible de booster l?économie de la zone. Mais encore faut-il que la bonne gouvernance y règne?

Alors pourquoi fermer l?aéroport de Tamatave, paralysant ainsi toute une région à cause d?un homme ? Pourtant, cet homme ne porte aucune arme, et il s?est dit disposé à rentrer au pays, quitte à se faire arrêter à sa descente d?avion, dans le but avoué de pouvoir faire acte de candidature à la présidentielle.

À Maurice, l?ambassade de Mada-gascar reste étonnamment silencieuse, malgré les deux conférences de presse de deux opposants au régime actuel (Ratsiraka et Rajaonarivelo), au cours desquelles les agissements de Marc Ravalo-manana ont été décriés. Un haut responsable basé à Floréal, qui tient à conserver l?anonymat (pour des raisons évidentes de bon sens diplomatique) continue à justifier l?injustifiable.

Dans un joli discours officiel, il s?est fait fort de nous rappeler que le visa de l?encombrant Pierrot à Maurice expire bientôt et que le « dénouement idéal serait qu?il retourne en France », et ce, non sans avoir évoqué le risque ? inutile, selon lui ? de mettre, à cause de l?épine « Pierrot », en mal les relations entre nos deux pays.

Justement ces « relations amicales » avec Madagascar exigent qu?on fasse état du traitement infligé à ceux qui osent s?opposer au régime Ravalomanana. Il n?y a pas que le cas de Rajaona-rivelo. Depuis quelque temps, le régime en place tolère de moins en moins les voix discordantes ? plusieurs radios ont été interdites d?ondes par l?État depuis le début de 2005 ? et instaure son propre réseau de communication. Outre son empire agro-alimentaire Tiko, qui continue sa faramineuse expansion, le président Ravalomanana a lancé des radios dans les six provinces de la Grande île. Chaque station émet les mêmes émissions en même temps. Soulignons que la couverture nationale sur tout le territoire malgache demeure jusqu?à présent l?exclusivité de la télévision et de la radio nationales qui rivalisent avec les chaînes de Ravalo-manana pour le couvrir d?éloges à chaque pas qu?il fait.

Deux récents cas illustrent le sort réservé à ceux qui pensent et disent autre chose que la voix officielle. Olivier Peguy, correspondant de RFI à Madagascar, n?a pu continuer à exercer son regard critique. Son permis de travail n?a pu être renouvelé et ce, malgré des démarches en haut lieu entre la France et la Grande île. Une « expulsion déguisée », pour reprendre les termes de RFI. Plus récemment, Christian Chadefaux, rédacteur en chef des « Nouvelles », après 40 ans d?écrits sur la vie politique malgache, s?est vu tout à coup abolir son visa. Il a dû faire ses valises et quitter Madagascar en 48 heures.

Ces atteintes sont légion à Mada-gascar. Pourtant dans ce pays qui vit sous perfusion internationale, la bonne gouvernance aurait dû être le mot-clé de tous les actes ? et non pas des seuls discours.

C?est connu que Madagascar est le pays du « Fihavanana » (soit le règlement des conflits en toute fraternité). Ce n?est pas en s?entre-déchirant, encore une fois, que la Grande île pourrait attirer ou retenir ses investisseurs ? dont bon nombre sont des Mauriciens.

Le cas Rajaonarivelo a été mal géré. C?est de notre devoir de crier : gare à l?anti-Fihavanana !

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