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Lamy allergique au mot ?compensation?

13 juillet 2004, 20:00

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?Compensation? est un terme que le commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy, ne veut pas entendre. Alors que le collège des commissaires européens examinera aujourd?hui la proposition de réforme du régime sucrier, qui implique une baisse de 37 % du prix du sucre, Maurice et le groupe des pays des régions Afrique, Caraïbe, Pacifique (ACP) réclame une compensation pour toute perte de revenus qu?occasionnera une baisse de prix.

Interrogé sur la possibilité pour les pays ACP d?obtenir une telle compensation, Pascal Lamy a été très clair. ?Compensation est un mot que je n?utilise pas car il a des implications juridiques précise?, a-t-il répondu lors d?un point de presse au centre de conférence de Grand-Baie où s?est tenue, hier, la réunion ministérielle du G 90.

Par contre, compte tenu de l?esprit des relations entre l?Union européenne (UE) et les pays ACP, et de celui de l?accord de Cotonou et du protocole sucre, ?l?UE doit proposer des modalités d?amortissement sur le plan économique et social, dit-il. On ne peut pas se limiter à dire que le prix baissera chez nous, qu?il baissera donc pour les autres aussi, et débrouillez-vous avec cela.?

Pascal Lamy indique avoir quelques idées pour veiller à ce que le choc de la baisse des prix et des revenus soit amorti autant que possible. Il en a parlé avec le Premier ministre Paul Bérenger lors d?une rencontre hier après-midi.

Par ailleurs, depuis que la proposition de réforme du régime sucrier du commissaire européen a l?agriculture, Franz Fischler, a été officieusement rendue publique, Maurice et les pays ACP insistent également pour que les producteurs des ACP reçoivent une compensation qui soit à parité avec celle qu?obtiendront les producteurs des régions ultra-périphériques de l?Union européenne, notamment l?île de la Reunion et la Guadeloupe.

<B>Position ?catégorique?</B>

Maurice argue que les pays ACP connaissent les mêmes problèmes que les regions ultra-périphériques et qu?il serait juste qu?ils obtiennent le même niveau de compensation. Pascal Lamy ne voit pas du tout les choses ainsi.

?L?UE, c?est l?UE, dit-il. Les régions ultra-périphériques font partie de l?UE. Le régime sucrier européen s?étend aux régions ultra-périphériques. On ne peut pas s?attendre ipso facto que ce qui s?étend à la Réunion soit étendu à Maurice.?

Les responsables de l?industrie sucrière trouvent la position de Pascal Lamy ?catégorique?.

Néanmoins, le commissaire européen au Commerce laisse entendre qu?en raison de la proximité entre les Etats ACP et les régions ultra-périphériques, ?cela pourrait nous inciter à faire en sorte que le differentiel ne soit pas excessif?.

Pascal Lamy, dont l?objectif de la visite à Maurice est la tenue de la réunion du G90, a en outre eu plusieurs sessions de travail avec le G90 ainsi qu?avec les pays ACP. Le G90 est un groupe qui suscite un grand intérêt de la part des plus importants acteurs de l?OMC, notamment l?UE, les Etats-Unis et le G20. Tous étaient présents à la réunion ministérielle du G90 qui s?est tenue hier.

Pour Pascal Lamy, l?essentiel était de voir à quelles conditions le G90 serait prêt à donner son accord pour remettre le ?Doha Round? sur les rails. Le conseil général de l?OMC se rencontre fin juillet pour tenter de relancer les négociations bloquées depuis Cancun.

Pascal Lamy estime que des progrès ont été accomplis, notamment sur le dossier agricole, qui est important pour le G90. ?Le groupe des pays en développement souhaite des disciplines strictes sur les aides agricoles de l?UE et des Etats-Unis. C?est faisable?, dit-il.

Le commissaire européen à l?Agriculture Franz Fischler fera, pour sa part, connaître aujourd?hui au collège des commissaires européen, ses propositions au sujet de la réforme du régime sucrier de l?UE.

La Commission européenne (CE) veut en effet apporter des réformes pour toutes ses productions agricoles, avec pour résultat de voir les pays ACP risquer de payer les pots cassés. Si les propositions annoncées de Franz Fischler demeurent inchangées, cela sonnerait le glas de l?industrie sucrière d?un bon nombre de pays ACP. Et la possibilité de voir ces propositions modifiées par la CE seraient très minces.

Un document ayant officieusement circulé dernièrement au sein de la CE fait état d?une baisse de prix de 25 % à partir de juillet 2005, et de 12 % dès juillet 2007. L?annonce éventuelle de cette baisse des prix du sucre a eu l?effet d?une douche froide pour les pays ACP, dont Maurice, en raison de son impact inéluctable sur les économies de ce bloc. Si cette réduction est appliquée, cela représenterait une baisse de revenus de Rs 3 milliards par an pour le secteur du sucre mauricien, dont le prix passerait à Rs 10 000 la tonne en 2007, contre Rs 15 000 actuellement.

Maurice, à l?instar d?autres pays ACP, continuera sa bataille pour que la réduction puisse être étalée sur une plus longue période et pour que les producteurs sucriers puissent obtenir une compensation adéquate. D?ailleurs, dès l?annonce de cette éventuelle baisse, Maurice a immédiatement entamé un lobbying politique tous azimuts pour faire comprendre notre position sur la question.

<B>Enorme baisse de revenues</B>

Les préoccupations mauriciennes ont par ailleurs été exprimées la semaine dernière auprès des ministres de l?Agriculture belge, autrichien et français par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth et le ministre de l?Agriculture Nando Bodha, lors de leurs déplacements dans ces trois pays.

La question a aussi été évoquée avec le commissaire Fischler. La campagne de lobbying sur le sujet se poursuivra auprès de différentes instances européennes, où ces propositions seront annoncées.

Le groupe ACP a en attendant identifié une série d?actions visant à contrer la proposition de réforme du régime sucrier européen et une éventuelle baisse de prix du sucre exporté vers l?Europe. La possibilité d?une contestation légale du plan de réforme est également envisagée.

Les pays ACP envisagent d?organiser une réunion en octobre entre les ministres de l?Agriculture des ACP et leurs homologues européens. Objectif : présenter les répercussions dévastatrices qu?auront ces réformes sur les économies des pays ACP et des pays les moins avancés.

PROCESSUS DE GENÈVE

<B>Le G-90 se veut constructif</B>

La réunion ministérielle du G-90 s?est terminée hier sur une note positive. Il y a une nette détermination en vue de faire avancer les négociations de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève et de remettre le cycle de Doha sur les rails. Encore faut-il que les attentes, les inquiétudes et les aspirations des Pays les moins avancés (PMA) et des petites économies en développement, comme celle de Maurice, soient tenues en compte. Cependant, il y a une démarche de contribuer positivement au processus de libéralisation du commerce, et dont la réunion à Genève du Conseil général de l?OMC vers la fin juillet serait une étape cruciale. Tel a été le principal message des dirigeants du G-90, réunis à Grand- Baie ces deux derniers jours. ?Nous avons décidé d?avoir cette réunion afin d?avoir une position commune et de l?intégrer au processus à Genève. Cela a été une rencontre très positive. Nous ne voulons pas être perçus comme un groupe ne faisant que bloquer les négociations?, a déclaré Jayen Cuttaree, le ministre des Affaires étrangères et du commerce international lors d?un point de presse à l?issue de la réunion.

Celui-ci a résumé les attentes du G-90 sur la libéralisation du commerce international. ?Si celle-ci est essentielle, elle doit être multilatérale et gouvernée par des règles. C?est là notre principal soucis. Nous ne voulons pas rester en dehors du système de commerce?, souligne le ministre.

Pour bien montrer qu?il est disposé à jouer un rôle plus constructif dans la poursuite des pourparlers, le G-90 a même adopté une approche plus consensuelle au sujet des ?Singapore Issues?. Lors de la conférence à Cancun, les PMA et les petites économies avaient accusé les pays développés de vouloir imposer les ?Singapore Issues? sur les autres car les sujets jouaient en leur faveur. Le G-90 est d?accord pour discuter sur au moins l?un des quatre thèmes. Il s?agit de la facilitation au commerce. ?Nous acceptons le dialogue sous certaines conditions. Il faut clarifier ce que l?on souhaite réellement?, précise le porte-parole des PMA, le ministre tanzanien Makata Nshuti. La réunion a permis aux pays participants de trouver un terrain d?entente sur plusieurs questions cruciales, dont l?agriculture, les services, le coton et les ?Singapore Issues?.

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