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L?Alliance française honore les « sirandanes »

1 avril 2006, 20:00

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Pour ne pas être de ce siècle mais du précédent l?exposition, que la Maison de l?Alliance française consacre à ce concentré de saveur pimentée folklorique propre aux îles Mascareignes que sont nos sirandanes, ne manque pas de saveur ni d?intérêt et ce, à plus d?un titre.

Il y a d?abord cette heureuse opportunité de reprendre contact avec l?univers désopilant des sirandanes. Il est étrange que dans une île aussi exiguë que la nôtre mais comptant tant de docteurs ès-kiltir kreol, il nous faille compter sur un centre culturel à demi-étranger pour mettre en exergue ces joyaux les plus purs et les plus étincelants de notre belle culture créole. Ne boudons donc pas ce plaisir sans borne de nous replonger dans cette gouaille si revigorante.

La vingtaine de sirandanes, dûment sélectionnées et élégamment illustrées, bénéficient d?une savoureuse présentation dont on ne saurait contester la créolité. Il suffit de soulever le lambrequin dissimulant les réponses des sirandanes pour que ceux, donnant leur langue au chat, se consolent aisément de manque de leur perspicacité, en usant et en abusant de ce recours à cet accessoire emblématique de notre patrimoine architectural.

Un voyage dans la peinture

L?exposition sirandanes fournit aussi l?occasion d?un intéressant parcours dans la peinture indocéanique, même si n?avons droit qu?à de belles et fidèles reproductions photographiques et même si parfois les points de convergence entre la réponse à la devinette à un lointain rapport avec la vision des différents artistes. On aboutit alors à une sorte de sirandane visuelle (la devinette ne pouvant qu?être du genre féminin), du style : sans perdre la boule, cherchez la sirandane dans ce tableau.

Même si la convergence siran-dane/point focal du tableau est parfois tirée par les cheveux, on ne résiste pas à ce plaisir de déambuler au milieu de reproductions d??uvres de Serge Constantin (une godasse que n?aurait pas dédaignée Mal-colm), de Danielle Hitié (un mariage populaire en l?église de Bambous, ou l?art naïf à l?apogée de sa grâce esthétique), de Fabien Cango (des zougadères ayant un faux air de Cézanne), H. Koombes (un conteur s?exprimant à l?aide de pinceaux), de Donald Adélaïde (un bosquet de bambous de Chine aux allures de rosace), de Nazroo (moins géométrique que d?habitude), pour ne citer que quelques-unes, nous ayant plus particulièrement tapé dans l??il.

Il faut chercher le maillon faible de cette exposition du côté du libellé en créole des sirandanes. Il n?y a rien de plus ennuyeux que des sirandanes aux questions kilométriques, surtout si la langue utilisée est un créole laborieux, abondant dans des expressions empruntées (dans le double sens du mot) à la langue de Molière, si précieuse et si à cheval sur les convenances grammaticales et syntaxiques.

Il faut faire appel, ici, aux critères définissant les sirandanes dignes de ce nom. Il est impérieux que la question, même sous-entendue, soit libellée dans un créole d?une indiscutable pureté et authenticité. En français, on peut faire allusion, par exemple, à notre langue qui reste mouillée même quand elle est à l?abri de notre bouche fermée. Le créole ne saurait accepter l?expression « à l?abri ».

Fatiguons nos méninges (mais surtout pas no méninzes) pour découvrir comment traduire en créole l?expression française « à l?abri » mais qui ne saurait être la simple créolisation de « alla bri ». En cherchant bien, on peut arriver à quelque chose du genre : mo en dan, mo mouillé ? ou mieux encore mo dan sec, mo mouillé ? Réponse : la langue.

Le libellé concis et humoristique

Le libellé en bon créole se doit d?être concis et aussi humoristique que la dernière trouvaille de Volcy (« pour qui sonne le pagla ? » ou encore Fabien Dutout). Le libellé des sirandanes doit être un slogan qui éclate, qui pétille comme le mousseux, s?ils veulent devenir aussi inoubliables que nos « piti batte mama ? », « dilo pendant ? », « dilo diboute ? », etc. On devrait pouvoir fixer un maximum de syllabes au libellé des sirandanes, au-delà duquel le faiseur de devinettes doit revoir sa copie.

D?où la nécessité de reformuler le libellé de quelques-unes des sirandanes exposées. Cela peut donner quelque chose comme : 1. Lizour, la case plein. A soir, la case vide ? 2. Tout dimoune embrasse sa zolie mamzelle ? 3. Kouchou kouchou derrière la porte. (Et non tic tic derrière la lourde ?) 4. La main travaille, lizié manzé (et non dévore) ? 5. Zour mo naissance, mo dans prison. Zotte largue moi, mo mort ? 6. Dans nissa mo rouze. Dans malhèr mo noir ? 7. Dan nissa mo noir. Dans malhèr mo rouze ? 8. Ki faire la mer blé ? 9. Ene sel poto dans mo lacaze ? 10. Dé zimelles, pou ène narien di tout, zotte séparé ? 11. Mi par en dansant, mi révient en plorant (excellent créole réunionnais qui fait penser à si tant calebasse va-t-à-leau, elle pète) ? 12. Soleil cassiette, zenfants sourte déhor ? 13. Plisse to tiré, plisse mo vine courte ? 14. Compté fini, la limière resté ? 15. Mo l?esprit dans mo fesse ? 16. Mi ménace, mi cause pas ? 17. Mo bizoin monter, pas capave déçanne ?

Avis aux amateurs et aux lecteurs

Ces premiers jets de libellé de sirandanes en créole plus acceptable, graphie francisée privilégiée parce que plus lisible, demandent, bien sûr, à être peaufinés. Avis aux amateurs et aux lecteurs. Toute amélioration sera, bien sûr, la bienvenue. On pourrait ajouter aux sirandanes nos plus savoureuses déformations scolaires, du genre : la line, dimoune ; zanana, panier poule ; ou même, femme ; belle, la closse ; etc.

Il est dommage que nos meilleurs journaux n?invitent pas davantage leurs lecteurs à faire assaut de sirandanes et autres traits d?esprit en créole. Des concours seraient les bienvenus. Les revi kiltir sont, bien sûr, trop occupées à dénaturer notre langue créole, se faisant un point d?honneur de n?utiliser aucun mot abstrait, y compris les plus usuels comme gloire, amour, justice, paix, pour faire de la place à nos sirandanes. Le vocabulaire créole se doit d?être des plus restrictifs si l?on veut promouvoir sa pureté et son intégrité.

Heureusement, nous pouvons compter sur l?Alliance française. Nous ne la remercierons jamais assez de nous avoir permis d?apprécier davantage nos 1. souliers, 2. robinets, 3. le balai, 4. l?écriture et la lecture, 5. l?allumette, 6. le grain de café, 7. la crevette, 8. l?encre ancrée ou l?ancre encrée, 9. le parasol, 10. les lèvres, 11. le seau d?eau, 12. les étoiles, 13. la cigarette, 14. re-les étoiles, 15. le gouvernail du bateau, 16. le doigt accusateur, 17. l?âge qui nous conduit à la tombe.

De même, que notre amour pour nos sirandanes nous conduisent aussi inexorablement à l?exposition concoctée pour notre plaisir par notre Maison de l?Alliance française de Bell-Village.

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