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Laissez-les tranquilles !
de Nazim ESOOF
?Vous devez choisir entre un n° 2 musulman ou un n° 3?, affirmait Rashid Beebeejaun à une réunion nocturne travailliste à Port-Louis, hier. Que M. Beebeejaun se réjouisse à la perspective d?être n° deux d?un éventuel gouvernement PTr, c?est tout ce qu?il y a de plus légitime. Mais qu?il plaide auprès d?un certain électorat pour le soutenir à cause du symbole qu?il est susceptible de devenir, cela relève d?un ridicule absolu. Les dirigeants politiques ont toujours recherché un équilibre ethnique artificiel. C?est la symbolique obsessionnelle de la représentativité ethnique. M. Beebeejaun n?invente donc rien. Sauf que de tels propos commencent franchement à énerver dans une île Maurice dite moderne.
Certes, les électeurs ne sont pas exempts de critiques. Certains d?entre eux iront même jusqu?à chercher le mot d?ordre politique dans des lieux de culte. Ceux-là croient dur qu?il suffit d?avoir un correligionnaire à un poste honorifique pour trouver un sens à leur participation au jeu démocratique. Absurde ! Mais tel est le cas.
Il importe de rappeler que le poste de prestige qu?occuperait un éventuel n° 2 ou n° 3 relève du fantasme, voire du fanatisme ethnique. Comment l?électeur est-il valorisé par le fait que M. X soit n° 2 ou 3 ? Qu?y gagne-t-il ? Un chauffeur ? Un policier devant sa maison ? Un salaire astronomique ? Une retraite dorée ?
Cessons donc de rendre encore plus malade cette République encore convalescente des différents coups qu?elle reçoit quotidiennement des racistes, des frustrés et des pyromanes du vivre-ensemble. De tous ceux qui, avec le bagout d?un prêcheur, espèrent pouvoir enfermer davantage les gens dans le repli ethnique.
Il faudrait donc simplement rappeler aux futurs élus qu?ils ne sont pas pas là pour être un symbole pour leurs coreligionnaires. Ils ne sont pas là pour travailler pour telle ou telle communauté tout en assurant qu?ils oeuvrent pour l?ensemble de la nation. En un mot, seront-ils capables d?arrêter l?encensement de ce dangereux sentiment d?appartennance ethnique ?
Il faut croire que le naufrage politique soit vraiment irréversible pour que, sur l?océan des idées, les politiques n?entrevoient que la religion comme bouée de sauvetage. Auraient-il un jour la décence de cesser d?utiliser ce qui est strictement du domaine du privé, soit la foi, pour calculer leurs équations électorales ? Aux électeurs également d?assumer leurs responsabilités citoyennes. Les politiques les manipuleront aussi longtemps qu?ils les sentent vulnérables.
Entre-temps, ces recettes politico-religieuses qu?on nous sert sont comme autant de menues croyances concoctées ?à la carte? d?une cuisine électorale nauséabonde.
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