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Lagon de l?île-aux-Cerfs, une bombe à retardement

14 mai 2005, 20:00

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L?accident qui a provoqué la mort de Philippe Darène, un touriste français, le 6 mai, dans le lagon de l?île-aux-Cerfs met en lumière le capharnaüm qui y règne. La victime se trouvait sur une bouée tractée avec son ami Kamel Hamida, lorsque la corde reliant la bouée au bateau s?est rompue. Les deux malheureux ont été projetés contre le ponton menant au terrain de golf de l?hôtel Touessrok.

Il faut savoir que le chenal de l?île- aux-Cerfs grouille tous les jours de catamarans, pirogues et hors-bord; de skieurs, véliplanchistes et adeptes de kite surf ou encore de mordus de parasailing. Une journée sans accident ici, relève vraiment du miracle?

Nul besoin d?être un expert pour comprendre qu?une telle concentration d?activités nautiques dans un lieu aussi restreint est dangereux pour les usagers de la mer. « Nous risquons d?avoir un accident à chaque seconde qui passe dans le chenal de l?île-aux-Cerfs. Une centaine d?embarcations venant de Mahébourg, de Belle-Mare, ou de Palmar convergent quotidiennement vers cette passe pour se rendre sur l?île ou vers la Grande-Rivière-Sud-Est. En outre, toutes les activités nautiques se font également ici », s?indigne Christian Tonta, propriétaire de bateaux de plaisance et membre de l?île-aux-Cerfs Pleasure Craft Association.

Le chenal fait entre 50 et 60 mètres de large et, à marée basse, il se réduit à une vingtaine de mètres. Ce qui est nettement insuffisant pour pratiquer des sports nautiques. « Ce chenal devrait être uniquement utilisé comme passage et il est inadéquat pour la pratique d?activités nautiques », s?insurge Prem Beerbaul de la Trou-D?eau-Douce Pleasure Craft Association. Les bateliers critiquent également le fait que, depuis l?accident, aucune mesure n?a été prise pour suspendre la pratique de la bouée.

À l?évocation du drame, on sent poindre un malaise à peine voilé dans le milieu des skippers. Mais chacun y va de sa petite phrase toute faite, sans oser faire face aux réels problèmes qui minent le secteur des plaisanciers : « Nou bien sagrin enn dimounn inn mor, me se enn maler ki finn arive », « boug-la, dapre lord, ti check so lekipman, me lakord la finn sofe et linn kase. »

Comment cet accident s?est-il produit ? Certains sortent de leur réserve, tentent de fournir une explication sous le couvert de l?anonymat. « Parski ena boukou zafer kapav ariv moi. » Selon notre interlocuteur, qui dit détenir ses renseignements de personnes crédibles, ce drame est le résultat d?une série d?infractions aux règlements élémentaires.

Pour commencer, toute activité nautique doit être pratiquée à 100 mètres du rivage. S?il y a un ponton, c?est l?extrémité de la construction qui doit être considérée comme le début du rivage.

« Or, affirme notre interlocuteur, cette distance n?a pas été respectée. Si tel avait été le cas, la bouée ne se serait pas écrasée contre la structure. »

Le troisième accident en mer cette année

La bouée, un sport nautique assez nouveau, est réputée pour les sensations fortes qu?elle procure. Tirée à toute vitesse grâce à une corde de 25 mètres, cette bouée sans gouvernail est à la merci du skipper. « La moindre fausse man?uvre peut être fatale. Et, dans le cas qui nous intéresse, il se trouve que le skipper a eu un moment d?inattention lorsqu?il a reçu un appel sur son portable? », souligne notre interlocuteur.

Pour lui, il est évident que ce sport devrait être pratiqué dans une zone dégagée. « Mais la plupart de ceux qui offrent de tels loisirs prennent leurs clients dans les bouées au bord de l?eau près du rivage et les tirent dans le chenal. »

Selon lui, le bon sens veut que les skippers prennent leurs clients à bord du bateau, les emmènent dans un lieu qui n?est pas encombré avant de les placer sur les bouées. « Seulement, ils préfèrent la facilité sans se soucier de la sécurité de leurs clients. »

Rencontré à son domicile à Trou-d?eau-Douce, David Domingue, le skipper impliqué dans l?accident, semble sortir d?un mauvais rêve. Hésitant, arguant qu?il a dit « tout seki ena pou dir », il s?efforce de répondre : « J?ai respecté la distance requise entre le rivage et le lieu où nous avons fait évoluer la bouée. Et je maintiens qu?à aucun moment je n?étais au téléphone. J?ai pris les touristes à l?Île-aux-Cerfs. Nous avons mis la bouée à l?eau, ils y sont montés et je les ai tirés jusqu?au chenal. »

Nous voilà donc revenus au fameux chenal. « Il est grand temps de délocaliser les sports nautiques », martèlent les propriétaires de bateaux de plaisance. « En attendant, il ne faut pas mettre tous les skippers dans le même panier. Des brebis galeuses, il en existe dans tous les domaines ».

Mais c?est pourtant le troisième accident en mer, cette année. Souhaitons que la Tourism Authority puisse professionnaliser le secteur des activités nautiques avant que le malheur ne frappe encore.

Des points de litige

Entre la Tourism Authority et les propriétaires et opérateurs de bateaux de plaisance, le torchon brûle. La dernière dispute en date a eu pour origine les amendements au Tourism Act, notamment les mesures qui exigent la présence d?un boatman dans une embarcation dépassant 5 mètres, le marquage des bateaux de plaisance à vocation touristique et privée et le renouvellement annuel des permis de navigation. Après une grève de courte durée, les opérateurs ont eu gain de cause. L?application de la première mesure a été reportée à 2006.

Quand la mer prend l?homme?

● Le 9 mai, soit trois jours après l?accident de l?île-aux-Cerfs, un touriste russe se fracture le crâne en faisant une chute. Il pratiquait le kite surf à la Pointe-du-Morne, un endroit réputé dangereux, car parsemé de coraux. Selon les professionnels du métier, ce sport doit être pratiqué dans un lieu où il n?y a pas de coraux afin de limiter les dégâts en cas de chute. Actuellement, aux soins intensifs de l?hôpital Victoria, le touriste se trouve dans un état comateux. Selon les médecins, il est brain dead.

● À Trou-aux-Biches, en janvier, un étudiant est blessé à la jambe lorsqu?un hors-bord lui fonce dessus sans le voir. Le skipper imprudent a été inculpé pour n?avoir pas respecté la zone de baignade.

● La plongée fait aussi son lot de victimes. Un touriste allemand de 67 ans succombe en septembre 2004 à une embolie gazeuse, après une séance de plongée à Trou-aux-Biches. La marche sous l?eau peut aussi être fatale pour les personnes âgées. La même année, un touriste polonais de 74 ans succombe à une crise cardiaque après avoir pratiqué l?undersea walk.

● La priorité en mer est souvent ignorée. En février 2002, deux skippers entrent en collision, blessant une touriste française.

● La méconnaissance du code de la mer est la principale cause des accidents. En mai 2001, à Belle-Mare, un skipper ignore le pavillon bleu et blanc qui signale la présence de plongeurs. Il fonce tout droit et blesse un touriste qui refait surface.

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