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Ladou et Prithee : quand l?enfer, c?est la famille
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Ladou et Prithee : quand l?enfer, c?est la famille
L?enfer c?est les autres, c?est la famille. Pris entre les pressions exercées d?un côté par ses proches et de l?autre, par sa jeune épouse, Prithee, Sailendrasing Ladai a voulu en finir une fois pour toutes avec ces tracasseries.
Samedi dernier, l?officier de police a subtilisé un revolver de la brigade anti-drogue au poste de Quartier-Militaire où il travaillait, et l?a emporté en douce chez lui, à Caroline.
En début de soirée, sous prétexte d?inviter Prithee à dîner au Kentucky Fried Chicken (KFC) de Flacq, il l?a entraînée dans un champ de cannes sur la route de Trou-d?Eau-Douce, lui a tiré une balle dans la tête avant de diriger l?arme vers sa tempe. Il avait 25 ans et elle, 21 ans.
Nul n?est vraiment surpris par ce drame. Sauf, peut-être, par la façon choisie pour mettre un terme à son existence et attenter à la vie de Prithee par la même occasion. Depuis quelque temps, il était clair dans l?entourage de la jeune femme que l?entente dans le couple était vouée à l?échec. Pourtant, leur idylle avait débuté comme l?avaient voulu leurs familles respectives.
Il y a quatre ans, Sailendrasing tout frais émoulu de l?école de police, fait les yeux doux à Prithee Teeluck, étudiante en Upper VI au collège Eden, à Rose-Hill. Après avoir échangé des regards trois jours durant, elle lui lance l?incontournable : « Ki ou l?intention. »
Prithee lui demande ses coordonnés afin que son père, également policier, contacte les siens. Les choses n?ont pas traîné car une semaine après ils étaient fiancés. Et la décision est prise que les deux s?uniront lorsque Sailendrasing aura trois ans de service à son actif, histoire de se faire une position.
Le 22 août 2004, le mariage est célébré en grande pompe. Mais la joie est de courte durée. Le pire est à venir. Originaire de Quatre-Bornes Prithee est dépaysée, mais fait avec. D?une ville grouillante, elle est projetée dans un trou perdu, à Bel-Air-Rivière-Sèche, avec des champs de cannes à perte de vue.
<B>Une famille pétrie de tradition</B>
Comme elle l?avait avoué à son père, une nuit bien avant son mariage, alors qu?il l?emmenait visiter sa nouvelle localité, la distance pour venir le voir égalait deux aller-retours à l?île s?ur. Par amour et par devoir, elle démissionne de son travail chez Shoprite, pour travailler dans la succursale de J. Kalachand à Bel-Air.
À Caroline, elle habite dans une famille pétrie de tradition. Et qui passe trop de temps, à son goût, à jeûner. Du jour au lendemain, la voilà assujettie à un régime végétarien.
Elle en a assez de ses sandwichs au chouchou, à la pipengaille ou aux brèdes qu?elle doit apporter au petit-déjeuner. Elle tente sa révolution, balance son pain à la poubelle et « manz so cou ». La vie à Caroline est une vraie galère pour Prithee. Elle doit se lever chaque matin à 3 heures pour faire le ménage et préparer des faratas. Pour une fille élevée aux biscottes et aux céréales, c?est plus qu?elle ne peut en supporter.
Elle se dit que les choses vont peut-être changer avec le temps, mais elles empirent. Sa belle-s?ur lui chipe ses vêtements, et elle s?attire les foudres de sa belle-mère lorsqu?elle décide de fermer son armoire à double tour. Elle comprend très vite qu?elle vit dans un autre monde?
Sa belle-famille la juge trop « moderne », trop « urbaine », et ne tolère guère ses goûts vestimentaires. Pour envenimer la situation, son mari lui prend son salaire de Rs 4 500, pour ne lui laisser entre les mains que des miettes, qu?elle utilise pour régler ses frais de transport.
Sailendrasing utilise leurs salaires pour régler un prêt qu?il a contracté pour financer le voyage de son frère aîné, parti travailler en Irlande, et un autre prêt qui lui a servi à acheter une moto. Prithee en a plus qu?assez de cette situation et réclame à son mari qu?il leur construise rapidement une maison.
<B>Un officier discret et tranquille</B>
Il y a bien un terrain derrière le domicile familial des Ladai, mais il a été réservé au benjamin. Le patriarche veut bien que le jeune couple construise sa maison dessus, mais Prithee refuse tant que le terrain n?est pas au nom de son mari.
Prithee ira jusqu?à demander à son père, Prithvee, de l?aider. Mais le vieil homme lui explique qu?il ne pourra pas, pour le moment, car il vient de financer son mariage. « Si li ti dimane mwa pu rest kot mwa, zamer mo ti pu refiz li », lâche-t-il.
À Caroline, la tension au sein de la famille Ladai est palpable. Chaque occasion est bonne pour rabrouer Prithee. Elle, de son côté, ne cesse de harceler son mari qui, de son point de vue, n?arrive pas à se libérer du joug de sa mère.
Prithee n?en peut plus de son régime végétarien. Elle en a par-dessus la tête des prières qui se succèdent. Jeudi, il y a un dooga pooja et la famille veut que le couple respecte les rites et ne mange pas de viande, tant que les statues des divinités n?ont pas été immergées.
Prithee n?en a cure et demande le lendemain à Sailendrasing, en présence de sa mère, de l?emmener manger du poulet frit. C?est une énième dispute qui éclate et Sailendrasing laisse échapper : « Mo kwar fine ler pu al reste dan quarters ».
Sa mère lui demande alors s?il fera ce choix à cause de Prithee, et lance: « Ki to pu kit mo lakaz ». C?est un dilemme. Qui faut-il choisir ? Sa famille ou sa femme ? Sailendrasing a de sombres desseins en tête. À midi, samedi, en quittant le poste de Quartier-Militaire où il officie comme station orderly, il emporte un Smith & Wesson dans son sac.
Plus tard, lorsqu?il prend la route de Flacq avec Prithee, il s?arrête dans un sentier à côté du Pont-Cercueil et tire deux fois. De leur côté, la brigade anti-drogue de Quartier-Militaire qui est venue prendre des armes pour une opération d?envergure, constate qu?un des revolvers a disparu.
L?alerte est donnée. Sailendrasing, dit Ladou, est recherché. Il a toujours été un officier discret et tranquille, d?où son surnom? Il sera retrouvé avec l?arme à la main, le lendemain matin, par les hommes de l?inspecteur Vassoo Payen du poste de Bel-Air-Rivière-Sèche, près de douze heures après le drame.
Ladou n?a, semble-t-il, pas voulu d?une énième explication avec Prithee.
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