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La vogue du « made in jail »

1 novembre 2003, 20:00

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A Berlin, la nouveauté de la saison automne-hiver est le jailwear, ou la tenue du prisonnier. Pas de pyjamas rayés, mais des chemises, des vestes, des baskets en cuir et des cartables à l?élégance un peu sommaire, mais dont la particularité est d?être entièrement fabriqués par de véritables prisonniers, ceux de la maison d?arrêt de Tegel, au nord de la capitale allemande.

Cette prison, l?une des plus grandes d?Europe avec ses 1 660 détenus, qui purgent pour la plupart des longues peines, serait-elle devenue un des hauts lieux de la mode berlinoise ? C?est un jeune publicitaire, Stephan Bohle, de l?agence Herr Ledesi, qui a eu l?idée de créer le label Haeftling (prisonnier en allemand) et de commercialiser, pour l?instant uniquement via Internet, ces produits qui ont connu un succès foudroyant dès le lancement du site de vente.

Une boutique à Berlin

Des internautes allemands, mais aussi en provenance de capitales de la mode aussi prestigieuses que Paris, Milan, Londres ou New York, se sont rués sur le site, qui a enregistré plus de 60 000 visites. « Nous avons été littéralement dépassés par notre succès », se souvient Stephan Bohle. Du coup, la production n?a pas suivi et, aujourd?hui, aucune commande passée après le 30 juillet ne peut être honorée. L?entreprise ne dispose pour l?instant que d?une vingtaine de détenus à Tegel, qui découpent, assemblent et cousent sous bonne surveillance les produits griffés Haeftling. Mais c?est une affaire qui ne peut que se développer, estiment les responsables de la prison qui sont ravis de pouvoir fournir à leur main-d??uvre « pas chère et toujours disponible » un travail valorisant. Stephan Bohle rêve quant à lui d?ouvrir une boutique à Berlin et, pourquoi pas, d?associer d?autres établissements pénitentiaires à son entreprise. « Pour une fois, nous n?avions pas à inventer une histoire pour vendre nos produits, avance ce publicitaire pour expliquer le succès de Haeftling. Notre marque a sa propre histoire et elle est vraie. »

De l?autre côté de l?Atlantique, le musée d?art contemporain de l?État du Massachusetts a décidé d?exposer une série d?objets de première nécessité confectionnés avec les moyens du bord par des détenus afin de tenter d?améliorer leur quotidien.

Un « hymne à la créativité »

Comment fabriquer un briquet d?une pile, un poivrier d?un stylo, un jeu d?échecs de papier toilette, comment transformer une canette de Coca en bouilloire ? Loin des sirènes du marketing, ces « inventions » élevées au rang d?objet d?art racontent elles aussi une histoire, celle faite de privations et de brimades de la vie de tous les jours des détenus. « Chaque objet est le fruit d?une situation précise de leur quotidien, explique Nato Thompson, un des conservateurs du musée. De la sorte, il redonne un peu d?humanité à ces gens. » Une exposition qui se transforme ainsi, selon Mark Fisher, un des promoteurs du projet Prisoners' Inventions, en véritable « hymne à la créativité par laquelle les prisonniers répondent aux restrictions imposées par leur vie en prison ». Pour donner un maximum d?impact à l?exposition, le musée a décidé de reproduire à l?identique une cellule de prison, en suivant à la lettre les indications fournies par Angelo, le pseudonyme du détenu qui a le plus contribué à recueillir les éléments de cette étonnante collection.

2003 Le Monde ? Alexandre Lévy

Distribué par The New York Times Syndicate

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