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La violence institutionnelle

4 mai 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Shirin AUMEERUDDY-CZIFFRA

Il n?y a pas que des violences entre individus. Il existe aussi une violence dite institutionnelle. Elle ne vient pas seulement des représentants de certaines institutions, mais surtout du système lui-même.

Dans les établissements qui hébergent des enfants ou des personnes âgées, par exemple, il faut un règlement qui impose des normes minimales pour assurer le bien-être des pensionnaires. De plus, il faut prévoir une procédure qui permette de prendre en compte tous les problèmes qui peuvent se poser. Notamment les abus et l?indiscipline du personnel ou le comportement inacceptable des pensionnaires eux-mêmes.

Ce règlement doit être juste et respecter les droits fondamentaux de tous ceux qui sont dans ces institutions, quelles que soient les raisons de leur présence. Quant il s?agit d?enfants, il faut respecter leur intérêt primordial et reconnaître qu?ils sont vulnérables à cause de leur âge et de leur situation. S?ils ne vivent pas dans leur famille, ils souffrent déjà de manque d?amour. Ils ont peut-être été victimes de violence physique, sexuelle ou psychologique.

L?institution ne remplacera jamais une famille aimante. Elle se doit donc de compenser au maximum cette carence affective. Mais il n?est pas question d?être laxiste et de pourrir ces jeunes. Il faut leur apprendre à respecter les autres et à vivre ensemble d?une manière saine et épanouissante pour tous.

Le ministère de la Sécurité sociale a établi un règlement général qui s?applique à toutes les institutions depuis janvier de cette année, mais il faudra certainement l?adapter pour les enfants qui sont en placement.

Quant on parle d?institutions, on pense aussi au centres d?éducation surveillée réservés aux jeunes : le Rehabilitation Youth Centre et le Correctional Youth Centre. A Maurice, les enfants qui sont déclarés ?beyond control? sont malheureusement envoyés dans le premier et le second est une prison pour jeunes. On a souvent du mal à faire la différence entre les deux. De toute façon, les jeunes y sont enfermés. Il est vrai que certains enfants qui commettent des délits mineurs peuvent éviter la prison et faire du ?community service? ou sont placés sous la responsabilité d?un ?Probation Officer?. Mais il est clair qu?il y a beaucoup trop de jeunes garçons et filles dans ces deux centres.

Il est donc important de veiller à la réinsertion de ces jeunes afin qu?ils puissent sortir dans de bonnes conditions de ce milieu carcéral. Car ils ne peuvent y rester trop longtemps, et en tous cas pas au-delà de leur majorité. Autrement, ce ne serait rien d?autre qu?une école de la délinquance. Pour réussir la réinsertion il faut des méthodes modernes et une approche moins répressive. La répression n?a jamais donné de meilleurs résultats que l?éducation, en particulier quand il s?agit de la préparation à la vie adulte.

La violence institutionnelle est plus fréquente qu?on ne le pense. Elle est souvent ignorée parce que les victimes sont sans défense contre leurs ?bourreaux?. En outre, les sévices ont souvent lieu dans la plus grande discrétion et avec la complicité d?autres personnes. Les victimes ont peur de parler, craignant des représailles. Elles se tairont d?autant plus qu?elles ont le sentiment que les coupables resteront impunis. Dans ces centres, les jeunes ont besoin de protection. Par exemple, s?il y a abus d?autorité de la part d?un responsable, il faut créer des mécanismes appropriés pour le sanctionner. Cela suppose une enquête indépendante.

Le refus des autorités d?appliquer une politique qui respecte les droits humains peut aussi être considéré comme une forme de violence institutionnelle. L?omission est aussi condamnable que l?acte. Il existe des normes internationales et nationales à respecter pour tous ces types d?institutions. Les enfants qui vivent en milieu carcéral doivent pouvoir rencontrer régulièrement des travailleurs sociaux, des magistrats, ou d?autres personnes qualifiées et indépendantes qui peuvent entendre ce qu?ils ont à dire. Heureusement, des ONG comme KINOUETE et ELAN font cet effort à Maurice. Les animateurs de ces associations donnent des cours de peinture, de cuisine, etc. et certains font le lien entre ces enfants et leurs parents, même si ces derniers sont aussi en prison. Il faut les saluer bien bas.

Le personnel des institutions doit être formé pour gérer la vie en communauté. Mais il doit surtout être composé de gens motivés pour ce travail qui demande beaucoup d?abnégation et de compassion. Lorsqu?il s?agit de foyers, on voit facilement la différence entre ceux qui le font avec conviction et les autres. Certains ont une parfaite maîtrise de leur établissement alors que d?autres pourraient se contenter de ne faire que du gardiennage. Si l?on veut aider les enfants à risque en les retirant de leur famille, il ne sert à rien de les mettre sous les verrous et d?appliquer une discipline de fer. De même, les agresser verbalement ou physiquement, c?est leur faire vivre un deuxième rejet, c?est-à-dire un tort immense.

Ce problème peut aussi se rencontrer dans des établissements scolaires, des centres hospitaliers ou de santé, bref tous les services publics. Une école, sans mécanisme de protection des élèves qui subissent la violence d?un enseignant ou d?autres élèves est un foyer potentiel de violence institutionnelle. Protéger par corporatisme un collègue coupable de maltraitance en est une autre forme.

En somme toute institution publique ou privée a le devoir de respecter les droits humains de ceux qui ont besoin de leur aide ou de leurs services. Toute attitude négative est une forme de violence. La faute est non seulement celle du préposé qui abuse de son autorité, mais aussi celle de l?institution elle-même.

Une véritable démocratie veille non seulement à mettre en place des institutions au service du public, mais elle crée aussi des mécanismes pour mieux protéger les droits des citoyens. Maurice est un Etat de droit avec un système judiciaire et une presse de plus en plus libres. Il existe aussi des organismes de surveillance. Le bureau de l?Ombudsperson pour les enfants est le dernier-né de ceux qui protègent les droits humains, en l?occurrence ceux des enfants, âgés de zéro à 18 ans. Il a pour mission d?enquêter sur toute violation des droits d?un enfant, y compris celle qui constitue une violence institutionnelle, et de recommander ensuite aux autorités les mesures appropriées.

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