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La violence à l?école

3 janvier 2006, 20:00

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<B>par Shirin AUMEERUDDY-CZIFFRA</B>

La violence existe malheureusement à l?école et parmi les élèves sous plusieurs formes : châtiment corporel, humiliation, isolation, violence verbale, sexuelle, bullying, dégradation de bâtiment et de matériels ?

L?école est pourtant, par excellence, destinée à contrer la violence. Elle doit faire partie de la solution et non du problème. Quelles sont les stratégies possibles?

Le ministre accorde son attention au problème de discipline dans les établissements scolaires et déclare qu?il consulte tous les partenaires pour préparer un manuel sur la discipline. On ne peut que lui rappeler de ne pas négliger de consulter les principaux intéressés: les enfants. N?oublions pas que ces derniers jouissent du droit à la participation. L?article 12 de la Convention relative aux droits de l?enfant demande aux Etats de garantir à ?l?enfant qui est capable de discernement, le droit d?exprimer librement son opinion sur toute question l?intéressant, les opinions de l?enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité?.

Heureusement, à Maurice, la situation n?a pas encore atteint des proportions aussi graves qu?en Grande-Bretagne, en France ou aux Etats-Unis. Mais il nous faut agir maintenant et prévoir plutôt que de se voir débordé. Dans cette démarche, il est évident qu?il faut dégager un consensus afin que tous les acteurs de la vie scolaire adhèrent au projet et qu?on assure sa réussite. Il faut bien sûr que le manuel annoncé soit soutenu par une loi.

Une littérature abondante existe sur le sujet et des expériences ont été menées dans plusieurs pays à différentes périodes, avec plus ou moins de succès. On peut retenir quelques principes. La discipline est liée à l?organisation même de l?établissement. L?environnement physique et psychologique a un impact considérable sur le comportement des enfants. Bien sûr, l?attitude du personnel est la clé de la réussite.

L?éducation est l?un des droits des enfants les plus reconnus et acceptés à Maurice. Ce qui fait débat, c?est plutôt la qualité de l?éducation et surtout son accès universel. Si l?on respecte les principes de la non-discrimination et de la protection des intérêts supérieurs de l?enfant, on est sur la bonne voie. Le fait, par exemple de mettre des enfants au fond de la classe et même à la porte de l?école, alors qu?ils sont visiblement des victimes, est inacceptable.

L?école doit intégrer les enfants. S?ils ont des problèmes, il ne s?agit pas de les ignorer ou de les rejeter, mais de les aider, quitte à faire appel à des spécialistes. La présence de psychologues scolaires est un must dans tout projet d?établir une bonne gouvernance de l?école.

D?autre part, la communauté doit être impliquée dans la vie de l?école, et pas seulement dans les ZEP. Plus que jamais, on sait qu?il faut que les parents suivent de près ce qui se fait à l?école. Il faut révolutionner les Parent-Teacher Associations, que chacun puisse y débattre des droits et responsabilités des uns et des autres. Les Students?Councils doivent jouer leur rôle auprès des parents ainsi que des enseignants et non fonctionner dans un vacuum.

Dès le primaire, il faut absolument encourager les jeunes à participer à la vie de l?école et à s?épanouir dans un système qui ne les étouffe pas, mais les valorise et les prépare à une citoyenneté responsable.

Quant aux enseignants, il faut aussi prendre en compte leurs doléances et mieux les équiper pour faire face aux nouveaux défis.

Les Education Regulations de 1957 interdisent le châtiment corporel sur les enfants à l?école. Mais il n?existe aucun mécanisme pour gérer ce problème bien présent dans beaucoup d?établissements. Notre rapport de 2005 a révélé que, dans la plupart des cas, les enquêtes du ministère ne débouchent sur rien de concret et que l?enfant qui dénonce est doublement victime. Pour éviter la perpétuation d?une telle forme de violence et de victimisation, la formation même des enseignants doit absolument être revue.

Il faut reconnaître que la majorité des enseignants ont en eux l?humanité nécessaire pour exercer leur profession de manière positive. Ils comprennent que leur rôle consiste à aider l?enfant à se développer et que toute punition, qu?elle soit corporelle ou qu?elle rabaisse l?enfant, ne fait que le détruire. Ils savent aussi que la violence, même verbale, peut aussi engendrer la violence chez l?enfant. C?est pour cela qu?ils sont patients et chaleureux.

Qui d?entre nous n?a pas gardé le souvenir de tel ou tel ?professeur? qui a marqué notre vie par les connaissances transmises avec amour et bonté? Il est vrai que dans des classes de 40 élèves, la tâche de l?enseignant est plus difficile.

Un manuel est donc important car il définira les droits et devoirs de chacun. Il faudra mettre l?accent sur les formes de disciplines constructives plutôt que celles qui détruisent la personnalité de l?enfant ou de l?enseignant. Nous savons que tout est dans la socialisation réussie.

Je propose une nouvelle réflexion sur quelques méthodes simples déjà évoquées de nombreuses fois :

● L?enseignement des droits humains, y compris des droits de l?enfant à l?école, et le développement d?un programme à ce sujet.

● La réintroduction de l?assemblée générale une fois par semaine, de préférence le lundi matin, pour parler des droits et des valeurs, pour chanter ensemble et promouvoir un esprit de corps.

● L?organisation de l?école en plusieurs groupes favoriserait le mentoring et une positive peer pressure entre grands et petits élèves par l?organisation d?activités intellectuelles et culturelles (débats, chant, musique et théâtre) et des compétitions, y compris sportives.

● La création d?un comité de médiation (plutôt que disciplinaire) où seront représentés les parents, les enseignants et les élèves. Ce comité se spécialiserait dans la bonne gestion des conflits.

● L?organisation d?échanges intercollèges dans des domaines précis.

● La formation continue du personnel aux droits humains, la psychologie de l?enfant et de l?adolescent et tous les sujets qui favoriseraient l?épanouissement de l?enfant et une meilleure entente entre jeunes.

● L?introduction d?un service de counselling pour élèves et enseignants.

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