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La vie privée des dauphins de l?île Maurice (III)
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La vie privée des dauphins de l?île Maurice (III)
Dans le troisième et ultime volet de sa saga sur les dauphins, Yvon Godefroid parle de la propension de ces cétacés à s?offrir du bon temps avant de se pencher sur un thème plus sombre : l?automne de leur vie. Il conclut que c?est à nous tous de mettre toutes les chances du côté de «ces êtres sympathiques».
● <B>Jeux : </B>Les dauphins aiment jouer à tout âge et l?un de leurs sports favoris est le fameux Jeu de l?algue que nombre de dolphin-watchers ont pu observer. L?objectif n?est pas de mettre le fragment d?algue ou l?objet rigolo (tee-shirt volé à un plongeur, emballage plastique, poisson vivant, parfois) à l?intérieur d?un but quelconque ou de gagner quelque partie que ce soit. Tout au contraire, le jeu est coopératif et consiste essentiellement à réaliser les plus extraordinaires figures possibles avec l?objet choisi. On a pu voir ainsi de véritables champions lancer l?algue par-dessus leur aileron, la rattraper avec la caudale, l?envoyer vers l?une de leurs nageoires et la passer à leur voisin. Le jeu continue ainsi jusqu?à épuisement des joueurs et les humains seraient sans doute les bienvenus s?ils étaient capables de suivre le rythme !
● <B>Menace :</B> L?océan est un monde dangereux, comparable à une jungle en trois dimensions, sans bosquets, sans taillis, sans lieu où se cacher des regards. Non seulement des guetteurs en assurent la sécurité mais le seul fait de se déplacer en vastes ensembles d?individus présentant une apparence physique extrêmement similaire produit chez le prédateur un effet de brouillage. Les cétacés, ces anciens ruminants retournés à la mer il y a 30 millions d?années, ont adopté l?une des stratégies de survie efficace inspirées de leurs nouveaux voisins, les poissons : le banc ! Les grands requins sont la principale menace qui pèse sur les enfants en bas âge et même sur les adultes aux corps souvent marqués de leurs féroces morsures.
● <B>Vieillesse et mort : </B>Lorsqu?un dauphin vieillit, il s?assagit peu à peu et tend à moins voyager, à rester près d?une amie de longue date. Les femelles, quant à elles, gagnent en autorité, au fur et à mesure qu?elles avancent en âge et que leurs connaissances augmentent. Une vieille delphine de soixante ans dispose à l?évidence d?une mémoire très riche, incluant de multiples itinéraires et cartographies de territoires de chasse, ainsi que la prévision fine des cycles saisonniers : à quel moment tel poisson se reproduit-il ? Où trouve-t-on les meilleurs calamars ? Quelles conclusions tirer de la position du soleil dans le ciel, à tel moment de l?année ou d?un certain type d?amoncellement de nuages annonçant ou non l?arrivée d?un cyclone ?
Ce savoir est précieux pour les dauphins et c?est pourquoi, loin de les exclure du clan, on entoure au contraire les anciens de respect et d?attention. Chose extraordinaire, ces grands-mères, si nombreuses dans les tribus saines et actives, allaitent encore à l?occasion lorsque l?un de leurs petits enfants leur rend visite. Quant aux mâles les plus anciens, deux ou trois jeunes les accompagnent souvent jusqu?à la fin de leur vie. Lorsque l?heure est venue, on soutient le mourant et on le soulève pour qu?il respire. Le cadavre tombera plus tard vers les abysses comme une feuille morte ou s?échouera sur la grève. Les dauphins prennent soin de leurs blessés et de leurs mourants, ce qui est exceptionnel dans le monde animal.
● <B>Le peuple de la mer </B>: A lire ce qui précède, on ne peut s?empêcher de penser que les dauphins sont une sorte de Peuple premier de l?océan, doté pour son malheur de nageoires et d?ailerons plutôt que de mains et de pieds. Leur vie est la même, leurs liens sont les mêmes et leur répertoire culturel sans doute identique, lui aussi, à celui de certains peuples humains sans écriture presque privés d?outils, tels les Aborigènes d?Australie ou les Indiens d?Amazonie, c?est-à-dire constitué de mythes, de prières rituelles ou de longs récits généalogiques, mais non moins intelligents que n?importe quels humains.
Les Tursiops sont présents partout. Ils n?ont nul besoin de feu, ils ne construisent rien, ils ne détruisent rien, ils préservent leur environnement depuis des millions d?années. À cet égard, ils constituent un évident succès de l?évolution puisqu?ils occupent, comme l?Homme occupe toutes les terres sèches, toutes les mers disponibles, tropicales ou tempérées, à l?exception des zones polaires. Y aura-t-il un avenir pour eux en ces mers polluées et mortellement bruyantes ? Survivront-ils aux pétroliers géants qui souillent leurs terrains de chasse, aux thoniers qui les noient par millions chaque année dans leurs filets dérivants, à la famine dont la surpêche les menace ? Rien n?est moins sûr.
Aux citoyens responsables de l?île Maurice de mettre aujourd?hui tout en ?uvre pour protéger et garder auprès d?eux ces êtres sympathiques qui pourraient être nos meilleurs alliés !
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