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La vie dévastée des enfants Virahsawmy
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La vie dévastée des enfants Virahsawmy
L?odeur âcre qui imprègne la maison, ainsi que les murs noircis, témoignent du drame qui s?est joué la veille dans ses murs. Des meubles soigneusement disposés dans la pièce, il ne reste qu?un amas de bois calciné. On accède au premier étage par un escalier étroit, plongé dans la pénombre.
« Pa ti kapav monte pu sov sa de piti la akoz sa kantite lafime la », laisse échapper Rajoo Virahsawmy, le grand-père de Jayen (14 mois) et Nundini (4 ans). Ces deux enfants ont péri, dans la nuit de jeudi à vendredi dans l?incendie qui a ravagé leur maison située à Circonstance, Saint-Pierre. Trois autres fillettes, Benita (8 ans), Darshinee (7 ans) et Shiwashnee (2 ans) se trouvent quant à elles à l?hôpital dans un état grave.
Leur père, Jaganaden, interrogé en début de soirée hier par les enquêteurs de la Major Crimes Investigation Team (MCIT), a avoué être l?auteur de l?incendie. Il aurait expliqué aux enquêteurs avoir commis cet acte parce qu?il ne supportait plus sa « grande pauvreté ».
<B>Les regards médusés des proches</B>
Sans emploi, Jaganaden éprouvait, selon ses dires, toutes les peines du monde à joindre les deux bouts. « Bann zanfan la ti pe viv dan la miser, mo pa ti kapav donn zot narnien », aurait-il déclaré aux policiers. Le suspect a participé à une reconstitution des faits aux alentours de 20 heures, hier, à Circonstance. Plusieurs unités de police avaient été dépêchées sur les lieux pour éviter tout dérapage. Sur place, le suspect a expliqué le fil des événements de cette nuit tragique. Il aurait imbibé le matelas du lit où dormaient ses enfants avant d?y mettre le feu alors que tous dormaient.
« Personne pa ti doute ki li ti kapav fair enn zafer parey », laisse entendre un membre de la famille, encore sous le choc. Cet exercice s?est déroulé sous les regards médusés des proches qui ont appris la nouvelle moins d?une heure auparavant. Le grand-père des enfants, Rajoo, explique que les petits descendaient régulièrement chez lui pour regarder la télévision et parfois prendre une douche chaude en hiver. Le domicile de Jaganaden était privé d?électricité parce qu?il ne pouvait pas s?acquitter des factures. « Avek sa ti kas ki li gagner la, mo garçon pa ti kapav nouri sink zanfan fasilman », nous expliquait Rajoo le jour du drame.
Il est aux alentours de 21 heures ce jeudi fatidique quand l?incendie éclate au premier étage. « Je regardais la télévision quand j?ai entendu des cris provenant », relate Rajoo, visiblement perturbé. Il aperçoit aussitôt Benita (8 ans), Darshinee (7 ans) et Shiwashnee (2 ans), qui descendent l?escalier en pleurs, le visage recouvert d?une poussière noirâtre. Derrière eux apparaissent leurs parents, Jaganaden et sa concubine Sushila, hurlant à tue-tête qu?un incendie s?est déclaré à l?étage et que Jayen et Nundini sont restés dans leur chambre.
Alertés par les cris, des voisins accourent au domicile des Virahsawmy et tentent de porter secours aux deux enfants restés prisonniers des flammes. « Nou finn fer nou posib me pa ti kapav rant dan lakaz la a koz ti ena tro bokou lafime », explique un des voisins présents lors du drame. Les trois rescapés, qui ont subi de graves brûlures sur tout le corps, ainsi que leurs parents, sont peu après transportés à l?hôpital par les policiers pour y recevoir des soins. L?état de santé de ces trois fillettes est jugé « très sérieux ».
<B>Résidus de pétrole sur les vêtements</B>
Les sapeurs-pompiers, qui arrivent peu après ne peuvent pas grand-chose contre le violent incendie qui a ravagé tout le premier étage. Ils découvrent, lors de leur progression dans les ruines, les corps méconnaissables des deux enfants.
L?autopsie, pratiquée par le docteur Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste, a attribué la cause du décès de Nundini à de graves brûlures. Son jeune frère est, quant à lui, mort asphyxié par la fumée. L?examen post-mortem a par ailleurs révélé que les vêtements des deux victimes contenaient des résidus de pétrole. Ce détail troublant a mis aussitôt la puce à l?oreille des enquêteurs de la MCIT, placés sous la supervision du surintendant de police Prem Raddhoa.
Les enquêteurs ont commencé à interroger tous ceux qui étaient présents le soir du drame. « Nous voulions une explication quant à la présence d?un produit inflammable sur les vêtements des deux victimes », laisse entendre un enquêteur proche du dossier.
Après avoir interrogé une première fois les parents des deux jeunes victimes le lendemain de l?incendie, les enquêteurs ont décidé de convoquer à nouveau le père hier. « Sa version des faits comportait des incohérences. Nous l?avons donc interrogé de nouveau pour éclaircir certains points », explique un enquêteur de la MCIT. Confronté à sa première déposition, Jaganaden n?aurait pu fournir des explications satisfaisantes et a avoué avoir lui-même mis le feu à sa maison.
L?une des jeunes victimes, Nundini n?avait pas été déclarée à l?état civil à la naissance. Ce qui n?a pas été sans causer quelques soucis administratifs à ses parents lorsque ceux-ci ont souhaité récupérer le corps de leur enfant pour organiser les obsèques. Mais tout a été réglé très vite. Les funérailles des deux jeunes victimes ont eu lieu dans l?après-midi de vendredi. Plusieurs centaines de personnes s?étaient déplacées à cette occasion pour témoigner de leur soutien aux Virahsawmy.
Les enquêteurs de la MCIT comptent de nouveau procéder à l?interrogatoire des membres de la famille Virahsawmy cette semaine. Le suspect devrait, quant à lui, être présenté en cour de Moka demain avant d?être reconduit en cellule policière.
Jayen et Nundini viennent hélas s?ajouter à une longue liste de jeunes victimes d?incendies. Des drames semblables à celui de Saint-Pierre, où des enfants trouvent la mort dans les flammes, ne peuvent que nous interpeller.
■ 29 septembre 2006. Jean-Claude Sandouce, âgé d?un an et demi, trouve la mort dans l?incendie qui ravage sa maison à Quartier-Militaire. Sa mère, Nadège, était entrée dans la demeure en feu pour venir en aide à son fils. L?enfant a malgré tout succombé à ses brûlures après avoir agonisé pendant deux heures sur son lit d?hôpital. C?est une bougie qui était à l?origine du sinistre.
■ 19 novembre 2004. La vie de la petite Sneha Ghoorah, sept mois, aura été trop courte. Le nourrisson succombe à ses brûlures quelques heures après avoir été sauvé des flammes par sa mère. Celle-ci, qui travaille comme infirmière, se trouve dans la salle de bains quand elle entend une explosion. Elle réalise aussitôt que sa maison est la proie des flammes. Elle se rue vers son bébé qui se trouve dans le berceau. La mère et l?enfant sont gravement brûlés. Les efforts des médecins n?y pourront rien, Sneha meurt peu de temps après. L?incendie a été provoqué par une lampe en terre cuite restée allumée dans la chambre de l?enfant.
■ 17 septembre 2004. Jason Choolaye, âgé de deux ans, périt dans les flammes alors qu?il se trouve chez lui. La mère du garçonnet, qui devait se rendre ce jour-là au dispensaire, l?avait confié à un proche. L?incendie a éclaté quelques heures plus tard, alors que Jason faisait une sieste dans la chambre de ses parents. Les flammes, d?une rare violence, n?avaient pas permis à la personne qui gardait l?enfant de l?évacuer. L?origine du sinistre n?a toujours pas été déterminée.
■ 30 août 2004. Le petit Jean Bill Clinton Plaignant, 15 mois, a, quant à lui, été victime de la négligence de sa s?ur aînée. Celle-ci, qui s?était vu confier la garde de l?enfant pour une journée, s?est, à un certain moment, rendue à la boutique du coin en laissant son jeune frère seul à la maison, à cité La Ferme, Bambous. Avant de s?en aller, elle avait mis de l?eau à bouillir sur une gazinière. C?est ce qui aurait caus l?incendie. Ce n?est qu?en retournant de la boutique qu?elle a aperçu une épaisse fumée qui se dégageait de la maison. Les secours arriveront trop tard.
■ 24 septembre 2003. Cette nuit-là, deux enfants d?une même famille, Julien, 2 ans, et Julio, 3 ans, meurent pendant leur sommeil. L?incendie qui fait rage ne leur laisse aucune chance. Les sapeurs-pompiers, prompts à intervenir pour tenter de circonscrire le sinistre, n?ont rien pu faire. De leur masure, située à Roche-Bois, il ne restera qu?un amas de tôles calcinées. Les seuls rescapés sont les parents des deux victimes, ainsi qu?un troisième enfant. Là encore, ce sont deux bougies laissées allumées durant la nuit qui ont été à l?origine de ce drame.
■ 25 janvier 2004. Diana Lalouette, 2 ans, et sa tante, Marie-Thérèse Martine, 34 ans, meurent dans leur maison. Toutes deux dorment dans leur petite chambre qui jouxte une maison en béton à Batterie-Cassée, Roche-Bois. Le compagnon de Marie-Thérèse, présent dans la chambre, a juste le temps de sortir de la pièce en portant la petite Diana dans ses bras. Grièvement brûlée, l?enfant rendra l?âme.
■ 5 août 2003. Camping meurtrier pour la famille Hawaldar. L?un des leurs, Antish, âgé de cinq ans, meurt en cette nuit d?hiver alors qu?il campe avec toute sa famille à Flic-en-Flac. Le sinistre a éclaté à cause d?une bougie restée allumée à l?intérieur de la tente. La matière en plastique a immédiatement pris feu, ne laissant pratiquement aucune chance au garçonnet. L?oncle de ce dernier, Dany Mahendra, se rue alors dans la tente en flammes pour tenter de l?en extraire. Antish a malgré tout rendu l?âme à l?hôpital peu de temps après.
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