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?La vie de Joséphin le fou? la légende de l?homme-anguille
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?La vie de Joséphin le fou? la légende de l?homme-anguille
?JOSEPHIN LE FOU, c?est un roman autour du mythe de l?homme-poisson?, explique Ananda Devi lors de la présentation de ses deux derniers livres (dont Le Long Désir sur lequel nous reviendrons la semaine prochaine) à la Salle polyvalente du Centre Charles Baudelaire de Rose-Hill, mercredi dernier.
C?est une légende qui existe. Elle a donné naissance à un roman noir. C?est l?histoire d?un enfant bâtard, dit zozéfin-fouka, l?homme anguille, qui habite le village côtier de Case-Noyale avec sa mère célibataire qui, à force d?imiter Marilyn Monroe, l?a eu à quinze ans sans le vouloir et voit toute sa vie foutue en l?air depuis. C?est histoire d?un petit garçon qui grandit avec l?image d?une mère qui reçoit chaque nuit chez elle, dans un lit séparé d?un carton ondulé du sien, ?des tontons qui passent par là? ? des tontons qui souvent n?hésiteront pas à passer souvent leur rage sur son petit corps qui portera des plaies que seule la mer saura laver et cicatriser.
Joséphin est vilain et il le sait. Enfant, il lui était interdit de sortir le matin quand les enfants allaient à l?école pour ne pas les effrayer. Lui, il n?allait pas à l?école. Il passait alors son temps à jouer avec des vers de terre. Pour se nourrir, il allait apprendre à pêcher. Aujourd?hui, il est devenu ?le pêcheur fou, le pêcheur nu?. A force de se nourrir des anguilles, il a fini par en prendre l?apparence. Il est devenu ?pareil à une anguille, qui se transforme, coule, s?enfile, suinte dans les trous des rochers, à l?envers des cailloux, dans les trombes du soleil?? Et à la place des doigts, il a ?des crocs, des griffes, des ongles pareils comme les pinces des crabes?.
C?est un adolescent ?avec un grand corps d?homme, gaga qui ne comprend rien et qui ne sait rien?. Pour se distraire et se venger des indifférences des autres à son égard, et aussi pour protéger la mer, sa mère protectrice et nourricière, ?son lit et son corps?, il va couper les lignes des pêcheurs, crever leurs casiers le soir. En somme, il n?a personne d?autre que la mer dont il comprend et parle la langue. Petit déjà, lorsqu?il se jetait dans l?eau salée pour fuir la rage des autres, il avait compris que, contrairement aux autres et surtout à sa mère, la mer se séparait pour le recevoir. La mer ne rejette pas, ne gifle pas, n?assomme pas, ne fend pas le crâne. L?enfant avait alors pris ?l?habitude d?aller dans la mer chaque fois que le monde d?en haut criait trop fort?. Il a fini par sentir ?la mer et le large, le goémon et surtout l?anguille?. Si chacune de ses plaies racontait à sa mère son existence inutile et ses déboires, dorénavant c?est l?histoire de la mer qu?elles racontent.
C?est dans cet élément naturel qu?il a fini par trouver un jour un passage secret ?pour sortir du monde? ? un passage dont l?ouverture, qui se trouve sous la mer, remonte jusqu?au-dessus du niveau de l?eau et mène à des cavernes sèches. C?est là qu?il a commencé à vivre. A l?abri du monde. Là où règne le silence et l?ordre. Là où il n?y a ?pas des souffrances inutiles, pas de brutalité gratuite, ni de cruauté impensante, pas le plaisir de faire souffrir ou de voir souffrir, pas des moqueries, pas de mots?.
Mais, il va enlever et séquestrer dans sa cachette sous l?eau de mer, deux petites filles, Solange et Marlène, les deux filles rieuses de Case-Noyale, les deux s?urs presque jumelles qui venaient souvent jouer à côté de l?eau. Les cavernes deviennent paradis et les deux filles des anges qui éveillent en Joséphin un instinct paternel, trop précoce peut-être mais ô combien naturel et pathétique. Enfermé avec ses deux anges séquestrés dans cette grotte naturelle devenue paradis artificiel, Joséphin pourra-t-il enfin goûter le bonheur auquel a droit tout être humain.
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