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La vie de David Gale un suspense bien construit
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La vie de David Gale un suspense bien construit
?En tuant un être humain, vous spoliez sa famille ! Au-delà de l?être aimé, vous leur volez leur humanité ! Vous remplissez leur c?ur de haine ! Vous leur ôtez toute capacité à ressentir de la compassion ! Vous les condamnez, comme leur ennemi, à se repaître de sang !
Ce qui leur arrive est cruel, ce qu?ils ressentent est abominable (?) légitimer cette haine ne résout rien ! En aucun cas elle ne peut atténuer les dégâts et, une fois assouvi ce réel besoin de vengeance, on sort de la salle sur sa faim ! On laisse un cadavre derrière soi,en ruminant que cette injection qu?il a reçue était beaucoup trop douce encore pour lui.
En définitive, une société civilisée se doit de garder à l?esprit cette vérité première :Celui qui réclame vengeance creuse deux tombes !?
Ces paroles fortes de Constance Harraway (Laura Linney dans un grand second rôle), militante contre la peine capitale, expriment aussi le point de vue d?Alan Parker sur la question. Le réalisateur le dit lui-même dans un livret qui accompagne la sortie de ce film, mais cela ne fait pas pour autant de La vie de David Gale un film à thèse construit autour d?une argumentation contre la peine capitale.
Il en est beaucoup question, certes. David Gale (Kevin Spacey), un brillant professeur de philosophie à l?université d?Austin au Texas, a été condamné à mort pour le viol et le meurtre de Constance Harraway, une militante contre la peine capitale.
L?ironie veut que Gale, lui-même était lui aussi très célèbre en tant que militant de cette cause; la victime et le condamné étaient amis intimes et appartenaient à la même organisation. Enfermé dans le Couloir de la Mort d?un pénitencier texan, Gale décide de parler à la presse après avoir observé un mutisme total durant toutes les procédures judiciaires. C?est à Bitsey Bloom (Kate Winslett), une journaliste ambitieuse de New York qu?il fait appel pour un entretien exclusif contre paiement. Au début cynique, la journaliste finit par basculer, croyant à l?innocence de Gale et sympathisant avec sa cause.
Évidemment, c?est une histoire où il y a une échéance fatale : l?exécution de la sentence de mort est dans quatre jours. C?est aussi un film dans lequel chaque personnage dont le nom figure au générique a de manière directe ou indirecte, quelque chose à dire sur la peine capitale. On en parle et le sujet est omniprésent, mais les images, puisque nous sommes au cinéma ne viennent pas étayer ces propos. Par exemple, le film ne montre pas la machinerie judiciaire dans ses dysfonctionnements (on suppose qu?il a bien dû y avoir un procès) et ne nous montre pas non plus les conditions carcérales des détenus du Couloir de la Mort (ce qui aurait été l?occasion de quelques portraits). En plus, s?élever contre la peine de mort en avançant comme le fait le film, que des innocents sont parfois condamnés, équivaut à dire qu?autrement elle serait acceptable.
Partant de cette (fausse) perspective, certains ont trouvé que ce film ne s?intéressait que superficiellement à son sujet et finalement, desservait la cause qu?il prétendait défendre. En fait, Alan Parker le dit lui-même, La vie de David Gale ne prétend pas s?aligner contre la peine capitale, le cinéaste préférant laisser aux spectateurs le libre choix de leurs opinions sur ce sujet. Le film se veut avant tout un thriller construit autour d?une histoire de détective.
Manipulation
Qui dit thriller dit aussi suspense, bien entendu. Les tout premiers moments du film nous y projettent en plein lorsque nous voyons la voiture qui s?arrête visiblement en panne, sur une route déserte en rase campagne et Kate Winslettt qui en sort pour se mettre aussitôt à courir. Retour en arrière, au tout début de cette histoire, quelques jours auparavant (il devient alors évident que cette panne de voiture était programmée dans le scénario; en plus, on voit l?actrice courir plusieurs kilomètres, et il n?y a pas une goutte de sueur sur son visage) et lorsque nous arrivons finalement aux images vues au tout début, nous comprenons que le suspense n?était pas là où nous l?attendions. Celui-ci se trouve intégré au véritable sujet du film et donc à l?enjeu de l?histoire. Ce que nous ne révélerons pas dans ces colonnes.
On se contentera de dire que tout cela fonctionne à merveille et qu?à la fin, le spectateur se surprend à prendre un parti des plus inattendus. Il faut cependant que le spectateur soit mis plus ou moins sur la voie, si ce genre d?histoire doit fonctionner. En cela, le choix de Kevin Spacey dans le rôle est des plus judicieux.
D?abord, parce que beaucoup se souviendront encore de lui, il y a quelques années, jouant un des plus grands manipulateurs de toute l?histoire du cinéma : Keyser Soze. Il a encore une fois cette même tête d?innocent tout désigné et ce n?est rien dévoiler que de dire qu?il l?est, réellement. Son personnage de professeur d?université qui a, en quelque sorte, découvert les clés de l?existence dégage un certain charisme. Si bien que lorsqu?il lui arrive la mésaventure du coup monté par l?étudiante (l?accusation mensongère de viol) et qu?il voit en conséquence, s?écrouler tout son univers, on comprend son amertume ainsi que son dégoût pour ?le système?. Le spectateur sympathise et finit par s?attendre à un acte désespéré ? qui sera révélé vers la fin du film.
Face à lui, Kate Winslett sert un peu d?intermédiaire entre le film et le public : c?est elle qui pose les questions et qui arrive aux déductions ? parfois aberrantes ? qui nous mettent sur la voie. Il faut dire que son personnage de journaliste cynique qui finit par se découvrir des principes (autres que la simple déontologie professionnelle) et des émotions devient vite agaçant, même si la prestation de l?actrice elle-même n?y est pour rien. C?est le script qui le veut et malheureusement, le script veut aussi que ce soit autour de ses apparitions (en fait, quelques-unes seulement) que le film devient bavard ou qu?il s?agite inutilement. ) Mais la meilleure prestation est sans doute celle de Laura Linney.
Comme le remarque Alan Parker lui-même, son personnage de Constance Harraway, militante engagée et passionnée qui sait néanmoins garder la tête froide, vole souvent la vedette aux personnages principaux bien que n?étant qu?un second rôle. Sa prestation, discrète et effacée, est d?autant plus appréciable d?efficacité que c?est en grande partie autour d?elle que se construit notre intérêt pour l?issue réelle de cette histoire. Elle aurait fait une bonne candidate à l?Oscar du meilleur second rôle si ce film était sorti quelques mois plus tôt dans son pays d?origine.
La vie de David Gale est un film bien fait, malgré ses quelques défauts. Pas vraiment un film difficile d?accès mais un film qui demande un certain engagement de la part du spectateur. Ce qui n?est malheureusement pas ce que réclame le grand public de nos jours, raison pour laquelle il n?est pas resté plus d?une semaine au cinéma Star. Si cela vous désole, il paraît que l?ABC le reprendra prochainement. Mais il ne faudra pas tarder à aller le voir.
Pour ou contre la peine de mort ?
?La vie de David Gale? se veut avant tout un thriller, comme l?affirme le réalisateur, Alan Parker. Il n?en est pas moins intéressant en tant que réflexion sur la peine de mort, destinée à un public (américain, surtout) convaincu que punir de cette façon les criminels est ?un mal nécessaire?.
Pour ceux que la question intéresse, deux sites Internet (www.prodeathpenalty.com/articles.htm et www. amnesty.usa.
org/abolish) sont proposés dans un document distribué par la production, dont nous citons quelques extraits. Les propos sont de Alan Parker : ?Aux États-Unis, la popularité de la peine de mort est liée à la multiplication des crimes violents. Elle a peu à voir avec le pouvoir dissuasif du châtiment suprême (?) En 2001, la criminalité a augmenté de 4 % au Texas (soit près de cinq fois la moyenne nationale) avec une augmentation de 7 % du nombre des homicides. Or, à la même époque, le Texas pratiquait trois fois plus d?exécutions que tout autre état américain. A contrario, le Nord-Est, où le pourcentage d?homicides est le plus bas, n?a pratiqué aucune exécution en 2001 (?)
?La peine de mort existe théoriquement dans 38 États et les Couloirs de la mort regroupent 3 697 condamnés (contre 691 en 1980). Cependant, à l?exception des etats du Sud (avec en tête de peloton le Texas : 285 exécutions) ? de nombreux États répugnent à l?administrer??
L?un des grands défenseurs de la peine capitale aux États-Unis, selon ce texte d?Alan Parker, est le Juge de la Cour Suprême, Antonin Scalia : ?Pour Scalia, le but n?est pas la vengeance, mais la rétribution au sens biblique (?Évangile selon Saint Matthieu verset 7?). Bien que d?obédience catholique, il refuse de ?tendre l?autre joue?, un commandement réitéré dans une cinquantaine de versets? De fait les évêques catholiques américains ont cherché à influencer la justice en lui rappelant les paroles d?Ézekiel : ?Et le Seigneur dit : ?Je jure que je n?ai aucun plaisir à prendre la vie du méchant homme?. C?est en vain que Jean-Paul II demanda aux Etats-Unis de stopper ce ?cycle de la violence?. Scalia ignora ses objurgations au nom de la démocratie américaine.
?En avril 2001, les Nations unies ont adopté une résolution exigeant de tous les pays membres qu?ils abolissent la peine de mort (à ce jour 110 pays l?ont déjà fait). Par voie de conséquence, les Etats-Unis ont été exclus du Comité des Droits de l?Homme des Nations unies pour la première fois depuis 1947, date de la formation des Nations unies. Les Etats-Unis se trouvaient soudain d?étranges fréquentations au hit parade des exécutions les plus nombreuses de 1999 : 1. La Chine, 2. l?Irak, 3. le Congo, 4. les U.S.A., 5. l?Iran (?) Sujet à l?opprobre, Bush est très souvent décrit par les hommes politiques de gauche comme un ?assassin en série? (lui qui a autorisé 146 exécutions lors de son mandat de gouverneur du Texas).
Une idée très répandue en Europe est que le penchant des Etats-Unis pour les exécutions n?est que le reflet d?une société brutale (?) mais en réalité, l?opinion populaire en Europe ne reflète pas toujours les idées de ses hommes politiques et de ses représentants. Dans les sondages, le point de vue des Européens est remarquablement proche de celui des Américains (?)
?Ce qui fait la différence en Europe, c?est que les gouvernements ont décidé d?abolir la peine de mort pour des raisons intellectuelles et morales, en dépit de la volonté du peuple. Ceci serait impossible aux États-Unis. Il est difficile de l?expliquer en tenant simplement compte du pacte Faustien que font les politiciens ? les voix étant plus importantes que les principes (?). On pourrait avancer que les Etats-Unis sont plus, comment dire?démocratiques. Après tout, aucun homme politique américain ne ferait campagne pour une cause donnée si les sondages affirmaient que l?électorat y est défavorable. (?) Le gouvernement et la justice deviennent ainsi l?expression la plus directe du peuple.
?(?) Trop de ceux qu?on a envoyés mourir sur la chaise électrique sont noirs, hispaniques, illettrés et pauvres? Un système judiciaire manifestement défectueux et faillible continue à envoyer des innocents à la mort (?) Mais la peur du crime ? de tout crime ? touche chacun d?entre nous et ce problème réel continue à inciter les gens à exiger le châtiment suprême.?
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