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La vente des scoops connaît de beaux jours en Grande-Bretagne avec l?affaire Beckham

16 avril 2004, 20:00

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La révélation d?une relation supposée entre le footballeur et sa secrétaire et la défense de son épouse ont été orchestrées par un agent de relations publiques et par un paparazzi, moyennant finances.

Ce pourrait être une banale histoire de m?urs entre un patron et sa secrétaire. Mais la prétendue relation entre le footballeur anglais David Beckham, marié à la chanteuse Victoria Adams ? connue dans son ancien groupe des Spice Girls sous le nom de Posh ? et son assistance Rebecca Loos est devenue une affaire médiatique qui fait les gros titres de la presse populaire britannique. Et qui enrichit leurs maîtres d??uvre.

Derrière les révélations distillées jour après jour par les tabloïds déchaînés se trouvent en effet deux fauves du journalisme de chéquier : l?agent de relations publiques Max Clifford et le paparazzi Jason Fraser.

Dans cette controverse, M. Clifford, agent de Rebecca Loos, a donné toute la mesure d?un don singulier : la manipulation médiatique. Des talents de négociateur hors pair avec les dirigeants de la presse à sensation, un moral d?acier et un nez pour les histoires juteuses sont les armes de cet ancien reporter d?un journal local du sud de Londres qui fit ses premières armes de conseiller en communication au service des Beatles.

Ses scoops les plus réputés ? Les photos de Diana s?adonnant au body-building, une jeune Anglaise enceinte de huit enfants essayant de mener sa grossesse au risque de sa vie ou, plus récemment, les révélations des prisonniers libérés de Guantanamo. Il a monnayé pour 400 000 livres les révélations de Mme Loos sur les détails d?une relation qu?elle aurait eue entre septembre et novembre 2003 avec le capitaine de l?équipe de football d?Angleterre, qui évolue aujourd?hui comme milieu de terrain au Real Madrid.

Pour M. Clifford, le marché conclu avec cette fille d?un diplomate néerlandais et d?une Britannique, fréquentant le beau monde madrilène, est du pain bénit. Il a en effet fait de la vengeance d?amants floués son fonds de commerce. Aux yeux de Mme Loos, David Beckham, poussé par son épouse jalouse, est à l?origine de son licenciement de SFX, la société de conseil sportif dans laquelle elle s?occupait des relations publiques.

Moyennant espèces, les confidences de Mme Loss, vendues en exclusivité à l?hebdomadaire News of the World, ont aussi été cédées à la presse quotidienne. A l?instar du Daily Star, qui a publié la première large photo de Rebecca Loos sous le titre «J?ai couché avec David Beckham». Ou du Daily Mail, qui a reproduit le contenu des mini-messages échangés entre la star et la jeune femme.

Depuis les premières révélations, dimanche 4 avril, de News of the World, Mme Beckham a lancé la contre-offensive. Après un démenti cinglant de son mari («J?ai une femme formidable et deux enfants que j?adore. Cette accusation est risible»), la chanteuse a appelé à la rescousse M. Fraser, le plus célèbre des paparazzi britanniques.

Mme Beckham a sauvé la carrière de ce traqueur devenu millionnaire grâce à ses clichés chocs, dont il exploite les droits mondiaux. Après son échec au poste de directeur exécutif du Daily Express et du magazine de célébrités OK, M. Fraser était en effet sur la touche. Ce fils et petit-fils de journaliste est donc devenu le photographe officiel de la saga «Posh and Becks».

Pour contrecarrer Mme Loos, le couple a posé en exclusivité pour M. Fraser main dans la main lors de vacances aux sports d?hiver à Courchevel. Le photographe a vendu les clichés au plus offrant par Fraser au prix de 20 000 livres chacun. Le Sun a remporté les enchères. La publication des photos est accompagnée d?un texte laudatif : «Posh représente ce qu?il y a de meilleur en Grande-Bretagne, le modèle de la mère affectueuse qui travaille dur.»

Il y avait en effet urgence à réagir : le footballeur est au c?ur d?une véritable entreprise chargée de développer et de commercialiser son image. Comme l?attestent les contrats de promotion avec l?opérateur téléphonique Vodafone, le chausseur Adidas ou le limonadier Pepsi, David Beckham est en effet devenu une icône marketing sans pareil.

«Il a construit une image très rentable de père attentionné et de mari, estime Xavier Rivoire, journaliste de sport basé à Londres, auteur de l?ouvrage Beckham System. Cette controverse risque de porter un coup à ce produit d?appel, particulièrement en Asie, au Proche-Orient, voire aux Etats-Unis. Dans ces marchés, la commercialisation de son image est basée non seulement sur son look et son physique, mais sur le côté clean.»

<B>Marc Roche

Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>

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