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La veille d?un anniversaire

8 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Nazim ESOOF</B>

Quelle semaine ! Le pharisaïsme porté à son paroxysme. Les trottoirs vidés de substance humaine. Le c?ur empli de dévotion. C?est le même esprit qui déferle à l?antenne de la télévision nationale. Le patriotisme, c?est bien lorsque c?est dans les limites du légitime. Mais le spectacle qu?on nous sert à la MBC flaire trop le nationalisme degré zéro pour qu?on y attache une quelconque crédibilité. Tout pays qui se respecte, tout humain qui a un tant soit peu d?humilité, toute histoire qui veut assumer sa grandeur, ne parle jamais à la première personne et ne se raconte pas avec des accents narcissiques.

Or, ces jours-ci, et cela dure depuis quelques semaines, il y a une spectacularisation de religiosité locale et d?ancestralité biharienne qui participe d?une nette volonté d?expropriation de l?espace mauricien. Ce pays sent mauvais la surethnicisation. Et le Premier ministre a été le premier à le connaître !

A trop vouloir exalter le «nous», on finit par provoquer un sentiment de rejet. A bien des titres, c?est ce à quoi on est en train d?assister. Certains diront que ce n?est qu?une stratégie de «build-up» communicationnel.

C?est vrai. Alors que les discussions pré-budgétaires sont menées à un rythme effréné, le ministre des Finances se voit dans l?obligation de vendre une politique économique qui ne fait plus l?unanimité, même dans ses propres rangs. Alors ciblage, économie libérale, rationalisme économique? ? Rama Sithanen répond : il n?agit que pour éliminer la pauvreté. Il ne faut surtout pas y voir un quelconque stratagème derrière ! Seulement un peu de communication politique.

En termes de communication, le Premier ministre a toujours le beau rôle. Il n?est pas contre le ciblage mais il lui faut une politique sociale courageuse. De la même manière, il ne s?accommode pas des logorrhées qui s?abreuvent à la source des bondieuseries mais, en même temps, il n?éprouve aucune gêne à prendre la posture du prêtre officiant. Devant les fidèles et les suiveurs, on dira qu?il n?y a que le «nous» qui compte. Au micro d?une radio, on fera remarquer que ce terme d?ethnie n?a plus tellement sa place au sein de la Constitution.

C?est cela l?île Maurice. Et on n?a pas fini de voir de toutes les couleurs. Couleurs arc-en-ciel pour masquer une hypocrisie de tolérance. Couleurs aux teints de l?unité nationale qui ne sont plus qu?une expression galvaudée. Couleurs de piété pour assouvir la gratuite bigoterie. Couleurs fades des théories vides qu?on ne cesse de nous ressasser? Peu importe la majorité qui occupe l?Hôtel du gouvernement.

Cet Hôtel du gouvernement justement, objet de toutes les convoitises. A Maurice, au sein d?une certaine classe d?individus, c?est le sens de toute leur vie, de leurs actions. Ils portent un insigne patronyme. Mercredi prochain, ils seront aux premiers rangs. Et leur légitimité, ils la tirent de la soumission d?une partie de la population aux symboles de prestige.

Quel amour de son pays en ces temps troubles ? Quarante ans, c?est peu dans l?histoire d?un pays. C?est, en même temps, plus de la moitié de la vie d?un individu. Un individu à qui on ne cesse de dire qu?il est avant tout un ethno-type. Un individu qui, malgré son agnosticisme voire son athéisme, est continuellement repoussé dans ses retranchements ethno-religieux.

C?est cela aussi l?île Maurice. Une grande fracture. Une incapacité à grandir. Une infinie dépendance aux fantasmes d?un peuple qui s?unit dans sa diversité. Nous avons été témoins d?une grande bêtise. Nous avons pu voir que la vie de ce pays est soumise à des volontés qui n?ont de fondement que l?exhibitionnisme d?une intelligence de maximale déficience.

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