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La valeur travail
Ce lundi est chômé parce que nos dirigeants ont jugé, dès samedi, que le mauvais temps ne permettra pas aux Mauriciens d?aller travailler ce matin. Si le gouvernement avait souhaité créer une société où domine le culte de la paresse, il n?aurait pas agi autrement. Cette décision intempestive donne en effet un mauvais signal à propos du respect de la valeur travail.
Le gouvernement a invoqué le mauvais temps pour justifier le congé. Mais ce prétexte est bien faible. Les pèlerins de la Maha Shivaratree qui ont été incommodés par les averses de la semaine dernière pouvaient, s?ils le désiraient, s?arranger pour obtenir un jour de congé ?local? aujourd?hui. Quant aux autres, ils n?en demandaient pas tant : ils délaisseront bureaux, usines et champs pour la plage.
Tandis que l?économie du pays sera paralysée en ce début de semaine, nos compétiteurs, eux, redoublent d?effort au travail et s?investissent à fond pour être parmi les meilleurs. Il aurait fallu une catastrophe de l?ampleur d?un tsunami pour que des pays comme la Chine ou l?Inde décrètent à l?improviste, comme nous, un jour férié.
La conjoncture internationale actuelle expose notre pays aux plus grandes incertitudes susceptibles de le fragiliser considérablement. Pour relever le défi, il n?y pas d?autre alternative que d?améliorer constamment la productivité. Le gouvernement doit inculquer des valeurs positives encourageant au travail, exiger un effort supplémentaire, proposer un plan Marshall pour nous sortir de ?l?état d?urgence économique.? Au lieu de cela, il vient de faire peser une nouvelle contrainte sur la vie économique.
Ce congé imprévu perturbera la planification dans les secteurs de production et des services. Il rejaillira négativement sur l?image de Maurice comme un centre sérieux pour affaires. Déjà, on accusait le tigre mauricien de s?endormir à 16 heures. Maintenant, on sait combien il peine à se relever après des pluies.
Il est paradoxal que ce soit un gouvernement élu pour ?redresser? le pays qui prend la décision d?accorder un congé spécial au motif que le mauvais temps n?a pas permis au pèlerinage de se dérouler dans de bonnes conditions. En février 1998, le Premier ministre d?alors, Navin Ramgoolam, avait octroyé un jour de congé additionnel aux hindous pour la Maha Shivaratree, parce qu?il avait été ?personnellement témoin de l?embouteillage monstre qui a empêché plusieurs centaines de pèlerins de se rendre à Grand Bassin?. On en avait ri parce que l?on avait pris l?habitude d?accueillir avec humour les pulsions monarchiques du chef de gouvernement qui venait de s?installer. Aujourd?hui, la situation est différente. Nous avons affaire à un gouvernement qui s?est engagé à gérer avec rigueur l?économie du pays. Ses erreurs sont d?autant plus impardonnables.
Pour mettre le pays sur les rails du changement et pour construire des industries compétitives, des sacrifices sont nécessaires. Chaque Mauricien est capable d?accepter cela ? et, à plus forte raison, les pèlerins dont le sens d?abnégation est visible tout le long de ce difficile parcours vers le lac sacré.
Il est intéressant de relever que le gouvernement travailliste décida, en 1998, d?octroyer un jour de congé additionnel à l?occasion de la Maha Shivaratree, au moment où il démarrait sa campagne pour la partielle de Flacq. L?histoire se répète alors que nous abordons la campagne pour les législatives. Les élections font-elles perdre le sens des responsabilités ?
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