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La télé alitée

8 avril 2006, 00:00

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«C?est avec cette télé-là que grandissent nos enfants !» La remarque vient d?un parent. Elle est cinglante. Mais elle en dit long sur l?opinion qui se fait de la télévision nationale. Il est surtout question de la médiocrité d?un JT qui devient de plus en plus indigeste. Les parents ont de quoi s?alarmer. Car il n?est pas seulement question d?information spectacle. Il s?agit du savoir visuel que les enfants emmagasinent pour se construire une certaine perception du monde. Jusqu?ici, la télévision s?est plus mise au service des occupants du pouvoir, quels qu?ils soient, qu?elle n?a rempli sa mission de service public. Et ce n?est certainement pas de cette manière qu?on encourage un savoir visuel.

Lorsqu?on sait que les enfants sont les plus manipulables consommateurs d?images, on mesure le drame qui nous guette. La hiérarchisation de l?information ou de l?image tout court est un processus crucial dans la manière de développer son appréciation du monde, de se fabriquer une opinion et de faire des choix. A ce chapitre, l?information à la radiotélévision nationale, une déferlante de la propagande pro-gouvernementale, pousse l?enfant à une préculture de l?abêtissement. Si nous acceptons que la télévision reflète l?organisation d?une société, nous nous verrons contraints d?admettre que la télévision mauricienne est bien à l?image d?une certaine bêtise ambiante.

Ce que nous finissons par enseigner à nos enfants est encore pire. Le règne de la médiocrité. L?esprit partisan avant l?attitude professionnelle. La négation de la télévision comme un instrument pédagogique. Et enfin, l?organisation d?une société qui s?articule autour de la vénération du seigneur du jour. C?est cette soumission au pouvoir, cette pieuse servilité aux petits princes de la politique qui interpelle. Serions-nous une société d?arrivistes ? L?exemple ne viendra pas non plus des politiques. Il suffit de regarder du côté du PMSD de Maurice Allet pour s?en convaincre. C?est le même réflexe d?opportunistes. C?est également la même image de la société que renvoie la MBC.

Cette perte de crédibilité ne semble inquiéter ni les politiques ni les chefs de la corporation nationale. On pourrait presque croire qu?il y a un effort calculé pour réaliser l?aliénation culturelle. Les émissions dites éducatives sont à peine regardées. Les productions locales sont encore à l?ère de l?Afrique coloniale. Un personnel divisé. Des guerres intestines. La télévision numérique ? Faudra attendre pour voir ce que cela donnera. «Hum Bhi» ? L?exception qui confirme la règle. Bref, rien de très réjouissant.

Le problème est bien culturel. La tutelle politique est perçue comme quelque chose de naturel. Des ministres qui appellent des journalistes comme s?ils appelaient de simples fonctionnaires. Le moindre propos critique du Premier ministre, vénérable souverain, suffisant à déclencher un psychodrame. On aurait presque la sensation qu?un troc a été réalisé. Le contrôle de l?information par les politiques contre des protectorats corporatistes.

Au nom du bon sens, les politiques aussi bien que les décideurs à la rue Pasteur doivent revoir le fonctionnement de la télévision nationale. Il y va de l?image de tout un pays. Ce n?est pas avec une telle télévision qu?on aura une génération d?enfants A+. Ce pays a besoin de grandir et non de s?infantiliser continuellement.

Nous sommes aujourd?hui tous responsables de cet état de choses. La radiotélévision nationale d?un pays est une institution importante. Sa banalisation et son instrumentalisation témoignent d?un mal profond : notre incapacité à proposer à nos enfants une image réfléchie et la réalité objective de la société.

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