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La transparence opaque

10 juillet 2006, 20:00

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La transparence, quand elle n?est pas complète et totale, est assurément opaque. C?est pour cela qu?il faut reconsidérer le refus des dirigeants de répondre aux questions parlementaires sur les compagnies dans lesquelles est investi l?argent des contribuables. Certes, il ne revient pas à un ministre de répondre à des questions sur la gestion au quotidien des départements sous sa tutelle, mais celles touchant à la gouvernance d?entreprise ne peuvent être balayées d?un revers de main.

Or, c?est justement ce qu?a fait le ministre du Tourisme au parlement à la suite d?une question du député Ram Mardemootoo, le 27 juin dernier. Celui-ci avait axé son interpellation sur des cas allégués de conflit d?intérêts à Air Mauritius. Xavier Duval lui a opposé une fin de non-recevoir : ?Mr Speaker, Sir, the nature of the present question being put today relates to the day-to-day management of Air Mauritius Ltd and I do not consider it appropriate to deal with such matters in this House, the more so as Air Mauritius Ltd is a public company listed on the Port Louis Stock Exchange.? Evidemment, si la question portait sur la couleur des jupes des hôtesses de la compagnie, Xavier Duval aurait eu raison. Mais il s?agissait d?une question relevant de l?éthique des grands commis de l?Etat.

Ram Mardemootoo a tenté d?insister : ?Mr Speaker, Sir, may we know from the proposed overall projects set up by the Steering Committee??. Le president de l?Assemblée l?a interrompu, volant au secours du ministre qui avait choisi de rester muet.

Suren Dayal revient à la charge ce matin au parlement avec une nouvelle interpellation sur le même thème. Il cherche également à savoir si le directeur général d?Air Mauritius a un intérêt personnel dans un contrat spécifique que vient d?allouer sa compagnie. Il est probable que le gouvernement décidera, une fois de plus, que sa question n?est pas recevable.

Personne ne sait si le directeur général d?Air Mauritius, Nirvan Verasamy, est effectivement coupable d?un quelconque manquement à l?éthique ou s?il n?est que la victime d?une campagne menée par des individus qui veulent sa peau. Et on ne le saura jamais si le gouvernement continue à se murer dans le silence.

Il est clair que le Premier ministre n?est pas prêt à céder aux pourfendeurs de Nirvan Veerasamy et qu?il le protège contre les attaques de la bande à Suren Dayal. En revanche, l?objectif que cherchent à atteindre ces backbenchers très remontés est moins clair. Sont-ils les ?déstabilisateurs? auxquels Navin Ramgoolam a souvent fait référence ces derniers jours ?

Du coup, on voit mal pourquoi le Premier ministre refuse de nous éclairer sur les trois questions précises qui sont posées dans le cadre de cette affaire. 1.Quelles sont les implications de l?amendement apporté le 6 janvier dernier à l?accord signé en avril 2005 entre Air Mauritius et Air Seychelles, dont le p.-d.g David Savy aurait des relations d?affaires avec Nirvan Veerasamy ? 2. Le consultant allemand, Hans Wagner, à qui Air Mauritius a demandé de mettre en ?uvre un rapport sur sa restructuration est-il un partenaire de Nirvan Veerasamy au sein de la société General Aviation? 3. Qui a recruté Jim Veerasamy comme conseil légal de la compagnie nationale d?aviation et quels sont ses honoraires ?

Sachant que dans ce pays l?on traque et l?on chasse des talents du calibre de Philip Cash et Bill Duff, cela n?étonnerait personne que la réponse à ces questions pourrait en fait tuer dans l?oeuf un nouveau complot contre un cadre compétent. Encore faut-il que le gouvernement ait l?intelligence de le comprendre.

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