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La trahison
C?est encore une belle réforme sacrifiée sur l?autel des intérêts politiciens. Sous l?influence tenace de son partenaire du MSM, Paul Bérenger vient d?abandonner une ancienne et juste proposition de réforme électorale. L?idée MMM d?un mode de scrutin plus respectueux du choix des électeurs est enterrée. Le MMM reconnaît lui-même que c?est une « concession majeure », un autre nom pour masquer sa trahison. Étrange destin que celui du leader du MMM. Quand il est numéro deux et partenaire secondaire d?une alliance gouvernementale, Bérenger fulmine, accumule les reproches, s?impatiente et se morfond de ne pouvoir mettre en avant ses propres projets. Quand il est numéro un, il pactise et se trouve obligé d?appliquer les mauvaises idées de ses seconds.
Si l?objectif initial visé par le vieux projet de réforme électorale était bien de corriger l?injustice de l?actuel système de « First Past The Post », alors il ne fait pas de doute que la recommandation du comité Collendavelloo est bien celle qui convient au pays. Elle reprend d?ailleurs pour l?essentiel la proposition étudiée et documentée de la Commission Sachs.
La réforme proposée permettait de corriger les flagrantes anomalies et l?injustice souvent démontrée du système actuel sans mettre en péril la nécessité d?assurer en toutes circonstances la constitution de gouvernements théoriquement stables.
Pour atteindre l?objectif déclaré de justice et d?équité, la Commission Sachs a établi que la dose de représentation proportionnelle injectée dans le système doit être suffisamment significative. Faute de quoi, elle corrige très peu ou pas du tout les anomalies et reste de l?ordre du symbole.
Compte tenu de la composition actuelle de l?Assemblée nationale ? les 62 élus dans les circonscriptions et les huit meilleurs perdants ?, la Commission Sachs avait établi qu?un minimum de 30 sièges supplémentaires de liste alloués selon la formule de représentation proportionnelle était indispensable. En se proposant de ramener cette liste à 10 ou 12 seulement, le gouvernement vide la réforme de sa substance. Le but principal, qui est de s?assurer que le nombre de sièges obtenus par les partis soit le plus proche possible de la proportion des suffrages exprimés, n?est plus atteint. Le système reste fondamentalement injuste.
Les travaux de la Commission Sachs ainsi que les débats d?experts qui ont suivi la publication des recommandations avaient amplement montré que le système resterait injuste dans une proportion de près d?un tiers (32 %) si le nombre de sièges de représentation proportionnelle était limité à dix. C?est le cas même si la formule compensatoire est appliquée. Si le mode parallèle est retenu, l?injustice est encore plus marquée.
Ainsi donc la dose de représentation proportionnelle prescrite est si faible qu?il est présomptueux de continuer à prétendre que l?on réforme le système. Mais plus grave encore, la formule retenue introduit dans notre mode électoral un jeu de positionnement malsain et pervers que la Commission Sachs avait fermement rejeté. Ce système, un « Fourth Past The Post », qui permet de repêcher le quatrième candidat, peut-être même le cinquième et le sixième, les meilleurs perdants, est de nature à provoquer des tensions internes entre candidats. Des conflits pourraient devenir « unmanageable », dit la Commission Sachs, si chacun des perdants potentiels cherchait à conforter sa position afin d?occuper le siège du meilleur perdant. Quand on ajoute la complexité des « profils » chers aux partis politiques, l?on voit ce à quoi se résumera la course électorale.
Voilà où nous en sommes. Au départ, le pays avait souhaité un nouveau système électoral qui nous épargne les 60-0 tyranniques et la sous-représentation injuste des forces de l?opposition. Il avait semblé souhaitable de moderniser le système électif en introduisant le principe d?une liste nationale de parti ouverte sur la société civile, même si elle n?excluait nullement les apparatchiks. La réforme devait promouvoir également une meilleure représentation des femmes.
À l?arrivée, en raison de peurs irraisonnées, d?intérêts particuliers et partisans, de marchandages inexprimés, nous aboutissons à la formulation d?un modèle non testé, improvisé dans des officines de partis et faisant si peur au secrétaire général du MMM lui-même qu?il n?hésite pas à proclamer publiquement sa totale désapprobation en exprimant le souhait que la formule « n?existe jamais ».
Il y a de quoi provoquer le courroux de Collendavelloo qui va finir par voler la vedette à Bérenger au championnat mondial des avaleurs de couleuvres. Il faut cesser de faire le pitre ! À quoi aura servi en effet tout le travail soigné de la Commission Sachs, puisant les clés d?une réforme réussie dans la riche expérience complémentaire et experte de ses membres ? À quoi sert le rapport du président du « Select Committee » qui était chargé d?assurer la mise en application des recommandations de la Commission Sachs ? Collendavelloo avait affirmé solennellement que Maurice doit enfin décider si elle veut un gouvernement stable avec une juste représentation électorale ou si elle entend perpétuer l?actuel système « with just a token representation ».
En fait, le président Collendavelloo avait été on ne plus clair sur les désavantages de la formule MSM. Son rapport énumère sept raisons de rejeter cette proposition. Il souligne notamment l?aberration d?une extension du système de « best loser ». « Candidates who have been rejected by the electoral body will be guaranteed a seat in Parliament. » Comme Sachs, il met en garde contre « le danger de perpétuer des stratégies communales ».
En dépit de tout, la raison politicienne a prévalu. Le gouvernement s?est rangé à l?opinion frileuse et calculatrice d?un MSM craignant les mauvaises surprises électorales et cherchant à se protéger par avance. Ce n?est pas très glorieux mais c?est ce qu?on nomme la realpolitik.
Quant à Bérenger, quel choix a-t-il ? Il est aussi dépendant de son partenaire que le MSM l?est à son endroit. Tant et si bien que Bérenger est déjà prêt à l?ultime concession : son propre effacement.
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