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La symbolique du feu
De petites flammes ardentes, jaunâtres et bleutées, qui crépitent et dégagent de la chaleur, une odeur de brûlé et de la fumée qui se répandent : voilà l?image qui défile en évoquant le mot « feu ». Mais qu?en est-il de sa véritable définition ? Selon Le Robert, il s?agit d?un dégagement d?énergie calorifique et de lumière accompagnant la combustion vive. Scientifiquement, on qualifie le feu de chaleur et de lumière générées à partir de matières brûlées.
Au XVIIIe siècle, Antoine Laurent de Lavoisier, un chimiste français, a prouvé que la combustion était le résultat d?une association d?oxygène à d?autres substances. Plusieurs thèses tentent d?expliquer l?origine du feu. Certaines ont un caractère historique et d?autres, mythologique. Empédocle, scientifique et philosophe grec vivant en Sicile au Ve siècle avant JC, considérait que toutes les choses étaient créées à partir de multiples combinaisons des quatre éléments que sont le feu, l?air, l?eau et le vent. Reprise par Platon et Aristote, cette théorie a été acceptée par la majorité des Européens au XVIIe siècle.
Cela se reflète également avec la théorie du big bang. « L?univers a commencé avec un big bang il y a 13,7 milliards d?années.
À l?époque, les quatre éléments n?existaient pas. L?air, l?eau et la terre ont pris forme par la suite. Le feu et l?air sont actifs, positifs et créatifs.
Le feu est plus particulièrement associé à l?énergie, à la transformation, à la passion et à l?inspiration », explique Pavitranand Ramhota, anthropologue et Lecturer au Mahatma Gandhi Institute (MGI).
Dans le monde, les vestiges du feu sont omniprésents. En Europe, la grotte de l?Escale, dans la vallée de la Durance, a fourni des lentilles cendreuses, témoins possibles, il y a 600 000 ans, d?anciens feux allumés. À Nice, les silex brûlés de Terra Amata ont été datés de 380 000 ans. Les foyers comportaient charbons et cercles de galets. En fait, plusieurs civilisations l?avaient incorporé à leurs croyances. Ainsi, on attribuait un dieu à un feu spécifique.
« Chaque société a projeté sa propre conception du feu. Pour les Mongols par exemple, la déesse du feu était la mère Ut, alors que pour beaucoup d?Indiens d?Amérique du Nord, il était le symbole du soleil sur la terre.
Ainsi, les tribus des grands lacs vénéraient le ?Grand-père du feu? par un culte spécial », ajoute l?anthropologue.
Les Parsis étaient si dévoués au feu qu?ils se refusaient à incinérer les morts et les exposaient sur les Tours du silence. Les Finlandais percevaient cet élément comme l?enfant du soleil, venu du paradis. Aux États-Unis, la torche enflammée est symbole de liberté, représentée par la statue de la Liberté à New York.
Quels étaient les usages du feu autrefois ? Les premières sociétés l?utilisaient pour se réchauffer, cuire le gibier qu?elles consommaient, défricher les terres pour l?agriculture, faire de la fumée pour pouvoir communiquer. Puis, avec la révolution industrielle, le feu a été domestiqué pour alimenter des moteurs et fabriquer d?autres objets pour l?attiser, le briquet ou la cheminée par exemple.
<B>L?image vivante de la vie spirituelle</B>
Dans l?histoire de Maurice, le feu a également une signification . « Pendant le passage des Hollandais à Maurice, il existait beaucoup de bâtiments en bois. Des esclaves ourdissaient alors des complots pour y mettre le feu. Ainsi, en 1690, les esclaves ont incendié la loge et le fort qui servait de quartier général. En 1704, un deuxième incendie éclata au fort de Nortwiyk. Les esclaves utilisaient ainsi le feu comme arme contre leurs exploiteurs », raconte l?historien Jocelyn Chan Low.
Pour Vijaya Teelock, qui est aussi historienne, c?est surtout dans l?industrie sucrière que l?on retrouve la présence du feu : « À l?époque de l?esclavage et de l?engagisme, les esclaves mettaient le feu aux champs de cannes en guise de protestation. Il y a eu aussi de grands incendies qui ont ravagé la capitale, où il y avait surtout des maisons en bois. Mais on ne pouvait dire, à l?époque, si ces incendies étaient criminels. Pierre Poivre avait alors recommandé la construction d?habitations en pierres. »
Dans la religion, le feu est chargé de sens. Pierre Manoury, psychothérapeute et expert en tarot de Marseille , estime que le feu est le symbole même de l?esprit : « dans le christianisme, par exemple, Saint Jean baptise Jésus dans l?eau, mais il dit aussi ceci : ?Tu baptiseras par le feu?, ce qui implique l?esprit. Cette notion évoquée dans l?Évangile est représentée lors de la Pentecôte, quand l?Esprit Saint apparaît aux disciples sous forme de flammes. » C?est sans doute depuis ce temps que les moines dorment avec une bougie allumée qui veille sur eux toute la nuit et les assurent du secours de la Providence. En Europe, on allume aussi les feux de la Saint-Jean, l?été, puis l?hiver avant Noël.
Ainsi, on continue à regarder les flammes comme l?image vivante de la vie spirituelle et de l?âme éternelle. Cette clarté, qui illumine la nuit, donne la véritable nature des dieux du monde. Dans l?hindouisme, le feu permet de lutter contre l?avidité, ou encore la possession . « C?est d?ailleurs pour cela que l?on fait tourner des mariés autour du feu lors de la cérémonie. Quand le feu se manifeste, c?est une volonté divine qui s?exprime pour une purification. À la mort, on brûle le corps pour ôter toute possibilité aux éléments génétiques de se recycler », ajoute notre interlocuteur.
Ses propos sont repris par Raymond Zimmermann, prêtre et anthropologue : « Agni, Indra et Sûrya sont en quelque sorte les ?feux? des mondes terrestres, intermédiaires et célestes (comprenez ; le feu, la foudre et le soleil). D?après l?Atharva Véda, le dieu Agni a gravi les cimes du ciel, et, en s?affranchissant du péché, il nous a délivrés de la malédiction. Nous percevons là, la relation entre le feu et les passions (amour, colère). Et dans ce même enchaînement, le feu symbolise aussi la connaissance intuitive dont parle déjà le Gîta ».
Selon ce livre sacré, le feu est associé à une connaissance intuitive et purifie l?âme humaine. Les Védas et Bouddha évoquent le feu intérieur comme étant la connaissance profonde et la nécessité d?un développement spirituel. Il est aussi le symbole des centres d?énergie que l?on appelle chakras. Grâce à cette force intérieure, de nombreux dévots effectuent la marche sur le feu sans se brûler.
<B>Une interprétation mystique et protectrice</B>
Dans la mythologie chinoise, le feu fait partie des cinq éléments qui sont le bois, la terre, le feu, le métal et l?eau. D?après Charles Ng, secrétaire à la retraite du Mauritius Shool Economics Trust Fund, et passionné par la mythologie chinoise, ces éléments sont actifs. Dans la philosophie chinoise, il faut ces cinq éléments pour atteindre l?harmonie. De même, le feu a plusieurs attributs. Il est présent dans les saisons, les directions, les couleurs et représente la chaleur, l?été, le sud et sa couleur est le rouge. Le feu est aussi un moyen de communiquer avec l?au-delà. Ainsi, au moment d?honorer les ancêtres, les Chinois brûlent du papier pour l?offrir à la personne disparue.
Mais attention, s?il n?est pas maîtrisé, cet élément peut s?avérer destructeur.
« Le feu, par ses flammes, symbolise l?action fécondante, purificatrice et illuminatrice. Mais il a aussi une dimension négative : il obscurcit, brûle, dévore, détruit. C?est aussi le feu des passions, du châtiment et de la guerre », souligne Raymond Zimmermann. On se souviendra que le feu a longtemps été utilisé comme un châtiment pour brûler les sorcières sur le bûcher et les hérétiques. Les civilisations antiques en ont également fait usage pour vaincre leurs ennemis en incendiant des villages. L?Apocalypse mentionne un feu destructeur, celui de l?enfer.
Dans l?islam traditionnel, il n?existe pas beaucoup de symbolisme autour du feu, à part celui de l?enfer. Mais les soufis, qui ont une interprétation plus mystique du Coran, ont tendance à considérer le feu comme quelque chose de positif, de purificateur. Cette philosophie venue du Moyen-Orient se fonde sur le paradoxe de l?être, où toute ce qui est négatif peut devenir positif et vice-versa. Enfin, dans la tradition judéo-chrétienne, on retrouve cette interprétation mystique et positive du feu qui est protecteur.
<B>Tout feu, tout flamme</B>
■ <B>Dans la mythologie grecque</B>
Le symbolisme du feu chez les Grecs de l?Antiquité s?explique par le mythe de Prométhée. Le feu était une chose sacrée qui n?appartenait qu?aux dieux de l?Olympe. Le titan Prométhée a eu un jour pitié de voir les hommes mourir de froid. Il a alors dérobé le feu aux dieux pour l?offrir aux hommes, ce qui a entraîné la colère de Zeus, la plus puissante divinité, qui réserva à Prométhée un sort cruel. Le titan fut enchaîné à un rocher au sommet du mont Caucase et tous les jours, un aigle venait lui dévorer le foie qui se reformait pendant la nuit ! Le feu était donc pour les dieux, synonyme de pouvoir. La colère de Zeus était due au fait qu?il craignait que si les humains possédaient un jour le feu, ils seraient alors en mesure de le défier, voire de devenir plus fort que lui. D?ailleurs, l?emblème par excellence de Zeus est la foudre. Chez les Grecs, le feu est aussi personnifié par le dieu Héphaïstos, le forgeron qui fabriquait les armes et les armures des divinités. Enfin, la déesse du feu et du foyer, Hestia, était la protectrice de la famille et de la ville. Ainsi, chaque foyer grec possédait la flamme d?Hestia en gage de protection des siens.
■ <B>Les feux de brousse</B>
Ce sont des incendies allumés par l?homme sur de vastes étendues en Afrique ou en Amérique du Sud. Ce type de feu permet d?éliminer les arbustes et broussailles et favorise également la création de prairies sur lesquelles pourront paître des troupeaux. En général, les broussailles, les arbustes et les arbrisseaux rabougris périssent dans les flammes, alors que l?herbe repousse. Entre-temps, les cendres laissées par le feude brousse auront fertilisé le sol.
■ <B> Le feu follet</B>
C?est un phénomène lumineux fugitif provoqué par la combustion spontanée, au contact de l?air, de gaz à base de méthane. Les feux follets sont des petites lumières qu?on peut voir la nuit, dans les bois ou dans les marais. Souvent, les voyageurs, croyant que c?étaient les lumières d?un camp ou d?une maison, les suivaient et s?égaraient dans la forêt. Plus ils se rapprochaient, plus les feux follets s?éloignaient. D?autres fois, ils suivaient les gens, voltigeant autour d?eux comme des moustiques, les étourdissant jusqu?à ce qu?ils perdent la route et s?enfoncent dans les eaux marécageuses. Pour se débarrasser d?un feu follet, il fallait planter un couteau dans un poteau et plier la lame ; le feu follet, attiré par le fer, essayait de passer entre la lame et le poteau et restait pris. Aujourd?hui, on estime que les feux follets sont des gaz combustibles dégagés par la végétation en train de se décomposer.
■ <B>Les feux Saint-Elme</B>
Ce type de feu est produit par l?électricité atmosphérique : il se traduit par l?apparition d?aigrettes lumineuses au faîte des superstructures des navires en pleine mer. Le feu Saint-Elme était un excellent présage aux yeux des pêcheurs méditerranéens. La petite histoire veut que Saint Elme mourut en martyr au ive siècle, à l?époque où l?empereur Dioclétien voua les chrétiens aux pires supplices. Il ne se doutait certainement pas qu?il donnerait son nom à ce phénomène, et encore moins que les marins et les pêcheurs méditerranéens invoqueraient son nom pendant les tempêtes.
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