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La soif et la faim

25 mars 2012, 08:00

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Malgré quelques pluies salvatrices, nos réservoirs font encore grise mine. Malgré les discours et la volonté affichée d’assurer une meilleure sécurité alimentaire, la surface agricole utile diminue et les pratiques changent peu. La journée mondiale de l’eau, jeudi, a rappelé à quel point la sécurité alimentaire est tributaire d’une gestion raisonnée et durable des ressources en eau.


La thématique a de quoi retenir notre attention à plus d’un titre. Comment faire pour nourrir 9 milliards d’humains en 2050 alors que l’eau, pompée à 70% par l’agriculture, est inégalement répartie et qu’elle manque ou est mal gérée justement dans les zones où la démographie est galopante ?


C’est un enjeu majeur. Et notre nombrilisme insulaire ne doit pas nous détourner de cette question. Car nous aussi, nous sommes à un tournant : avec une consommation de 170 litres d’eau par jour et par personne, soit plus que le Royaume-Uni par exemple avec 95 litres, nous péchons par inconscience. La parcimonie est un concept vite oublié dans notre société outrancièrement consommatrice.


Les solutions qui s’imposeront au niveau mondial sont celles que nous avons tout intérêt à adopter dès maintenant. Et les milieux insulaires, on le sait, sont souvent de bons laboratoires. D’ores et déjà, il y a de quoi s’inspirer et profiter d’un recul pour évaluer certaines bonnes pratiques. La sécurité alimentaire ne passe pas nécessairement par une intensification des systèmes de production à coups d’engrais et d’irrigation par aspertion dans un modèle extensif. Revenir à des techniques anciennes, notamment la jachère, le  compostage, les cultures alternées, est payant. Plus fondamentalement, c’est un nouveau
modèle de société qui s’impose. Le modèle de développement issu de la révolution industrielle a porté au pinacle le leitmotiv « plus, toujours plus ». Or, les limites sont aujourd’hui clairement palpables.


Un exemple connu : manger de la viande au moins une fois par jour est presque devenu une norme dans les pays développés et un fantasme dans ceux en développement. Maurice appartient à la première catégorie : les carnassiers boudent à l’idée d’un cari sans chair. Or, produire un kilo de viande de bœuf nécessite virtuellement 15 000 litres d’eau et un kilo de poulet 3800 litres.


Parallèle édifi ant : nous engloutissons des quantités astronomiques d’eau pour nous nourrir, il en est de même pour le pétrole brut si bien que « nous mangeons du pétrole », pour reprendre le titre du livre Eating Fossil Fuels de D.A. Pfeiffer (2006), cité par le géologue français Adolphe Nicolas dans son livre Energie : une pénurie au secours du climat ? (2011). Et le géologue de rappeler que l’avocat californien Matthew Savinar (Life after the oil crash, 2004) « a calculé qu’une famille américaine de 4 personnes consomme pour son alimentation presque autant que pour ses déplacements en voiture, soit 4 tonnes de pétrole par an. Ce bilan surprenant s’explique par le fait que l’intervention du pétrole est autant prégnante que discrète dans notre alimentation : engrais, mécanisation des cultures, pesticides, irrigation, industrie alimentaire, transports ». Pour le coup, faire ce calcul pour Maurice qui dépend des importations devrait ouvrir les yeux sur l’hérésie de notre mode de vie et de consommation bref, de notre modèle de développement.


Le confort ou plutôt le luxe d’hier s’est aujourd’hui banalisé au point de raidir la corde dangereusement. Le slogan de la FAO, « La planète a soif car le monde a faim » illustre bien le défi qui se pose. On ne peut décemment pas remettre en cause les aspirations à une nourriture « plus riche » et plus variée des populations des pays en développement, mais ces dernières peuvent éviter les écueils du Nord. Car on peut, en effet, questionner la pertinence dans les pays développés de s’entêter dans un modèle majoritairement surconsommateur impactant sur l’eau et reposant dangereusement sur les ressources fossiles. Et notre île en est clairement à ce stade. Là est-le danger : le sevrage est difficile.

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