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La science médico-légale infuse
Pathologiste médico-légal? Non. «Je suis plutôt scientifique médico-légal.» Bon, la dénomination de son métier peut être confuse. Ce qui ne laisse aucun doute par contre, c?est qu?Aadeel Toofany sait de quoi il parle. C?est un connaisseur. La preuve par ses travaux de recherches, dont deux ont déjà été publiés. L?un, sur l?eau de mer, l?a été dans le Proceedings of All India Forensic Science Conference 2007. Le deuxième, sur les empreintes, est, lui, publié dans le Proceedings of International symposium on advances in Fingerprint Identification 2008. On ne s?y attardera pas de crainte de se perdre dans les technicités?
Revenons à son métier plutôt. Contrairement à un pathologiste médico-légal, Aadeel ne travaille pas directement sur les cadavres, mais «sur tout ce qu?il y a autour du cadavre», explique-t-il patiemment. Comment débarque-t-on à pieds joints dans ce monde que certains qualifient de morbide ? Après son Higher School Certificate au Collège du St Joseph, Aadeel s?envole pour l?université de Putra, en Malaisie. Il y fait une licence en Sciences biomédicales.
Parce qu?il a «toujours voulu faire un travail où je pourrais faire des analyses dans un laboratoire. Communiquer avec des patients, ce n?était pas trop mon truc. C?est pour cela que je n?ai pas fait médecine.» Pour sa dissertation, il choisit d?étudier des personnes ayant succombé à des accidents de la route.
Sa chambre se trouve à côté de l?hôpital. Le soir, c?est rare qu?il rentre chez lui. Quelquefois, il passe la nuit à la morgue. «C?était très confortable. A aucun moment, je n?ai eu peur.» Ce passage aux côtés des corps morts lui donne le goût pour la science médico-légale. Sa licence complétée, il fait une maîtrise en science médico-légale à la Punjabi University, à Patiala, en Inde. D?où il sort avec une mention très bien.
Pendant un stage au Central Forensic Science Laboratory (CFSL) de Calcutta, on lui réfère un cas réel. Celui de la duplication frauduleuse de cartes SIM. Cette pratique consiste à copier une carte SIM qui existe déjà. Le second utilisateur peut profiter de tous les services que permet le téléphone. Mais au final, c?est le propriétaire initial de la carte SIM qui doit régler la facture. «C?est un des plus grands délits en Inde ces temps derniers. A cause de ça, certains opérateurs de téléphonie mobile en Inde ont perdu près de Rs 200 millions d?un coup !»
Le jeune homme se voit donc confier l?élaboration d?une recherche sur la question. «L?inde, c?est un très bon pays pour faire des études médico-légales. C?est inimaginable la diversité des crimes qui s?y produisent. Là-bas, avec un tuyau, un clou, un ressort et un bout de bois, on fait une arme», raconte-t-il, les yeux brillants. Bien malin celui qui peut identifier l?arme du crime après cela.
Mais il se dit prêt à laisser tomber ce challenge-là. Son intention : travailler à Maurice. Pourquoi ? «Je vois que le gouvernement veut développer le domaine médico-légal. C?est une grande révolution. Je veux en faire partie.» Il se dit, en effet, convaincu de pouvoir apporter quelque chose de nouveau à Maurice. «A l?extérieur, ils ont déjà leurs scientifiques. Au lieu de les aider, je pense que mon pays a plus besoin de moi.»
«Le problème avec les criminels, c?est que ce sont ceux qui réfléchissent. Nous, nous sommes toujours en train d?essayer de les rattraper. Ca doit changer. Il y a maintenant ce qu?on appelle l??incident response? pour inverser les choses...»
Ayant fait de nombreuses recherches sur l?ADN en Inde, sa contribution, dit-il, commencerait par l?introduction d?une base de données, soit un fichier d?échantillons ADN servant à des agences des forces de l?ordre à identifier un suspect par son ADN. «Bien sûr, il y aura des lois à amender d?abord.»
«Le problème avec les criminels, c?est que ce sont ceux qui réfléchissent. Nous, nous sommes toujours en train d?essayer de les rattraper. Ca doit changer. Il y a maintenant ce qu?on appelle l?incident response pour inverser les choses? C?est un métier qui change tellement. Il y a dix ans, la science médico-légale était bien différente.»
Aadeel nous cite le cas de l?Angleterre, où on ne met plus les échantillons pris sur les lieux du crime dans un sac en plastique, mais dans une enveloppe en papier. «Parce que la vapeur d?eau se dépose dans une enveloppe en plastique, ce qui cause l?apparition de champignons, altérant la qualité des échantillons.»
Pour disserter ainsi, sans prendre le temps ne serait-ce que de reprendre son souffle, c?est qu?il doit être dingue de son métier. «Ah oui, je peux en parler pendant des heures.» Il s?est engoué de son métier, oui. Il prend le temps de s?amuser aussi. Il n?a que 27 ans après tout. Jovial, drôle, il a toujours été l?un des étudiants les plus populaires du campus. Du genre à déclencher les «Ah, Aadeel in vini, weh la faya!» Eh oui, Aadeel in vini ! Gageons qu?on entendra parler de lui de nouveau avant longtemps.
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