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La science des partis

22 mai 2005, 00:00

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Fin cette semaine du mélodrame des partis à la recherche de candidats au bon profil. Rideau sur le psychodrame des nuits aux longs couteaux entre partenaires-adversaires dépeçant chacun sa part de chair fraîche?

Le compte est bon, les leaders politiques sont contents d?eux-mêmes, la mise en scène est réglée, la comédie de l?unité retrouvée peut commencer. Chacun croit avoir trouvé la formule attrape-électeurs. Comme attrape-nigauds. Il suffit apparemment d?un dosage exquis pour coucher l?électeur dans le grand lit de ses fantasmes identitaires. Vaine quête. Illusion.

J?ai lu, dans la presse étrangère cette semaine, un article qui rend ridicule l?exercice auquel nos leaders politiques ont consacré l?essentiel de leur temps en avant-première du spectacle électoral. Outre le partage des investitures entre partenaires, les états-majors politiques ont surtout planché sur la bonne combinaison ethnique et castéiste censée refléter la composition démographique des circonscriptions.

Cet exercice est jugé indispensable car les électeurs seraient apparemment enclins à manifester de la sympathie pour ceux qui appartiennent à la même tribu qu?eux. Mais voilà que la science se moque. Le célèbre généticien Spencer Wells annonce un projet de recherche qui vise à ce que « chacun puisse comprendre ses liens avec les hommes du monde entier, savoir que nous sommes tous liés les uns aux autres par un fil génétique et que nos fils se sont entrelacés à travers les migrations de nos ancêtres ».

Quoi ! Tout ce mal pour rien ? Le « communalisme » ne serait donc pas scientifique ? Mais pas du tout, affirme Wells qui déclare que sa recherche, qui consiste à reconstituer la manière dont les groupes humains se sont mélangés « depuis que l?homo sapiens est sorti d?Afrique », devrait « aider les gens à revenir sur certains de leurs préjugés ».

Vaste programme, et il n?est pas à l?ordre du jour des partis politiques mauriciens. Plus que jamais , ils cultivent le sectarisme et les préjugés alors que le savoir scientifique démontre « à quel point tous les hommes sont proches » et que « nous avons tous les mêmes ancêtres ».

Quel est l?homme politique qui tiendra ce discours alors même que, dans les deux alliances, on vient de sacrifier quelques hommes et femmes d?expérience et de talents sur l?autel du racisme ? Il ne fait pas de doute, les prochaines élections, parce qu?elles sont perçues comme serrées au décompte final, ont poussé les partis dans un communalisme outrancier qui marque un recul.

Est-ce à dire que la représentation populaire pourrait se permettre de faire totalement fi des appartenances et des affinités identitaires ? Probablement pas ! Malgré leur généalogie commune, les hommes sont attachés à ce qui sont leurs marques distinctives. Leur refuser l?affirmation des différences expose au plus grand désordre. Mais entre la reconnaissance des identités et l?exploitation des différences, il a une fine ligne de démarcation que les partis politiques ont malheureusement franchi. Et c?est l?explication à la médiocrité globale des listes de candidats.

Cette situation est d?autant plus déplorable que les gens de qualité ne se bousculent pas aux portillons. La politique a si mauvaise réputation que beaucoup de citoyens qui auraient eu envie de servir le pays hésitent à se lancer. L?abandon de la réforme électorale a privé les partis de quelques talents qui auraient été tentés par l?opportunité des listes nationales. Et si de plus les dosages stricts de répartition ethnique, compliqués par le partage aux alliés, s?en mêlent, il en résulte un méli-mélo d?aspirants parlementaires mal adaptés aux tâches à exécuter. C?est exactement ce qui nous a amenés aux listes molles que l?on nous présente, dans un camp comme dans l?autre, même s?il convient d?attendre la liste finale de l?opposition.

Maigre consolation, il y a quand même un certain renouvellement de la classe politique. Les deux blocs confondus présentent des listes avec pratiquement un tiers de nouvelles têtes. Et quelques rares professionnels de haut niveau. Ce n?est pas mal mais il faut rester sur ses gardes car les nouveaux pourraient parfois se révéler pires que les anciens. On peut se poser des questions sur le processus de sélection des partis au vu de la mésaventure du MSM qui s?apprêtait à présenter un candidat qui fait l?objet d?une enquête de l?Icac, encore qu?il vaut mieux attendre les juges pour mesurer le bien-fondé des gesticulations de cet organisme contesté.

Et en ce qui concerne la représentation des femmes, les actes n?ont pas suivi les discours. La liste MSM-MMM est loin des promesses faites. Même Françoise Labelle, apparemment promise à la plus haute considération, a failli devenir la victime des calculs partisans de son allié. Elle ne doit son investiture qu?à la fausse galanterie d?un Ivan Collendavelloo trop heureux d?échapper aux corvées des circonscriptions, lui qui ne peut en garder une?

Le Parti travailliste attend de finaliser sa liste vraisemblablement pour déterminer sa stratégie en fonction du placement des candidats MSM-MMM, toujours selon les mêmes critères ethniques.

Cette obsession satisfaite, il va falloir revenir à l?essentiel. Les deux blocs ayant constitué des listes conformes au plan ethnique, ils se neutralisent et aucun n?en tire un avantage conséquent à ce niveau. Tout est à faire, le vrai débat peut commencer.

Il débute d?abord par un refus de débattre. Bien protégé sur l?audiovisuel d?Etat, celui que financent les électeurs, l?alliance gouvernementale refuse pour l?instant les offres de débats démocratiques proposées par les radios privées. C?est un comble pour un gouvernement qui se targue d?avoir contribué à la libéralisation des ondes. Si l?alliance maintient cette posture, elle ne pourra éviter que l?opinion publique en vienne à penser qu?elle refuse de croiser le fer parce qu?elle se sent en état d?infériorité. C?est très largement la perception publique, et quand Labelle refuse Mahébourg, par exemple, ce n?est pas pour convaincre qu?elle estime Gayan en position de remporter la circonscription.

L?alliance démarre donc sa campagne avec un handicap psychologique aggravé par les bookmakers? Mais elle a des moyens. Le seul risque est qu?elle en fasse trop.

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