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La science au féminin pluriel
Pour ceux que la campagne électorale commence à lasser, voici un livre qui permet de prendre du recul sans quitter tout à fait les thèmes qui ont fait débat ces derniers temps. Par exemple : démêler l?inné de l?acquis. Ce n?est pas une mince affaire, et les amateurs comme Nicolas Sarkozy ont tort de s?aventurer sur ce terrain sans munitions.
Olivier Postel-Vinay, lui, est branché en permanence sur les laboratoires de recherche les plus avancés, et il nous montre que d?innombrables scientifiques dans le monde entier passent leur temps à explorer justement ce sujet-là, que leurs études portent sur des bactéries, des drosophiles, des poissons, des mammifères ou bien sur l?homme.
Deuxième thème tout à fait actuel : le masculin et le féminin. Ségolène Royal, Marie-George Buffet, Dominique Voynet et Arlette Laguiller, porteuses comme toutes les femmes de deux chromosomes X, sont en concurrence avec huit candidats mâles, et donc porteurs d?un chromosome X et d?un chromosome Y. Simple constat.
Ce qui est moins simple, c?est de savoir ce que la différence de sexe induit éventuellement comme différences de comportement et d?aptitudes entre ces deux groupes de personnes. S?écrier d?emblée : aucune ! est acceptable sur le plan politique. Ce sont des citoyens qui s?affrontent à égalité dans une compétition où la force musculaire (très en faveur des hommes) compte peu. Mais, sur le plan scientifique, il n?est pas sérieux d?évacuer la différence sexuelle en la déclarant négligeable. À moins de croire, et de prouver, que l?humain est distinct de toute la lignée du vivant, depuis les algues vertes jusqu?aux bonobos.
Tout l?objet du livre d?Olivier Postel-Vinay est de faire le point sur l?état des connaissances sur les caractéristiques et le rôle, dans la nature, du féminin et du masculin ? dans cet ordre, car il s?avère que le sexe de base, le sexe par défaut, est le féminin.
Pas fou, l?auteur sait que le sujet est chargé d?idéologie et il s?entoure d?une armée de savantes ? dénichées dans l?histoire de la biologie ? dont il espère qu?elles le préserveront des attaques. Il nous offre une galerie de portraits de scientifiques femmes, depuis la pionnière Nettie Stevens, qui découvrit le chromosome Y en 1905 en étudiant différentes espèces de scarabées, jusqu?aux neurophysiologistes américaines d?aujourd?hui Melissa Hines ou Hanna Damasio, qui calculent le poids, la composition et les fonctionnements variés des cerveaux des hommes et des femmes.
Et quand il avance en terrain miné, par exemple sur la controverse qui coûta à Larry Summers sa place de président de Harvard en 2006, pour avoir tenté d?expliquer pourquoi il était normal que les femmes soient moins nombreuses que les hommes dans les sciences dures, il reprend les arguments pour et contre de grandes scientifiques américaines.
On ne ferait pas justice à ce livre important en tentant d?en résumer en quelques phrases les 400 et quelques pages où chaque paragraphe contient une information surprenante et significative. Olivier Postel-Vinay, qui a longtemps dirigé La Recherche, se révèle un vulgarisateur hors pair. Il met à la portée des lecteurs les découvertes les plus récentes de la génétique, de la biologie, de l?éthologie et de la neurophysiologie, sans renoncer à les divertir avec des anecdotes, des petits dessins, des résumés ironiques de chaque chapitre.
De quoi dissiper l?angoisse de mauvaises nouvelles telles que le dépérissement des spermatozoïdes, la puissance criminogène de la testostérone, ou, à l?inverse, la montée du taux de prolactine (hormone femelle) chez les papas poules...
© Le Monde 2007. Distribué par The New York Times Syndicate
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